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Jack Kerouac, écrivain canadien-français ?

November 18, 2015

Et c’est reparti pour un tour. La publication annoncée par les Éditions du Boréal de deux textes inédits de Jack Kerouac écrits en français devrait relancer le débat entourant les racines québécoises et françaises de l’écrivain emblématique de la Beat Generation. Jean-François Chassay, dans L’Ambiguïté américaine. Le roman québécois face aux États-Unis (1995), a déjà donné un aperçu d’un débat dont il situe plus ou moins l’origine à la fameuse entrevue en français accordée par Kerouac à l’émission Le sel de la semaine en 1967. Quelques années après cette entrevue, au cours de laquelle on voyait Fernand Seguin inviter Kerouac à parler de son enfance et de ses ancêtres bretons, on a vu quelques écrivains comme Victor-Lévy Beaulieu aller jusqu’à suggérer que l’auteur de On the Road devait peut-être, après tout, être considéré comme un écrivain canadien-français, voire québécois.

Né dans la communauté franco-américaine de Lowell, au Massachussets, Jack Kerouac a passé les toutes premières années de sa vie dans la langue transmise par ses parents, Gabrielle-Ange Lévesque et Leo Kerouac. Celui que son père surnommait Ti-Jean est pourtant devenu une icône de la contreculture américaine grâce à une œuvre dont on ne connaissait jusqu’ici que le versant publié en anglais. Une entente conclue avec les héritiers de l’écrivain permettra de mettre au jour des manuscrits inédits rédigés en français qui sont autant de témoignages des rapports que n’a cessé d’entretenir Kerouac avec sa langue maternelle.

Le recueil publié par Boréal aura pour titre La vie est d’hommage et comprendra divers textes dont, Sur le chemin, une version préliminaire de On the Road, et La nuit est ma femme, le long début d’un roman resté inachevé. Les lecteurs les plus familiers de Kerouac reconnaitront également quelques passages de Maggie Cassidy et de Satori in Paris, œuvres qu’il a d’abord choisi de travailler en français. Jean-Christophe Cloutier, professeur adjoint de littérature anglaise à l’Université de Pennsylvanie assurera la présentation de cet ouvrage, dont la parution est prévue au printemps 2016.

Ces textes donneront-ils lieu à de nouvelles velléités d’appropriation de l’œuvre de Jack Kerouac par la critique canadienne et québécoise, telles qu’on a pu en voir se manifester régulièrement ces trente ou quarante dernières années ? Une chose est sûre, la reconnaissance de la place occupée par la langue française dans le processus d’écriture de Jack Kerouac permettra de dépasser un débat qui jusque-là se limitait souvent à invoquer la question des origines et de l’identité nationale.


Appel à contributions: La critique canado-asiatique au-delà du prisme national

November 1, 2015

Éditeurs invités: Chris Lee, Christine Kim

Le paradigme nationaliste a longtemps dominé le champ de la critique canado-asiatique. Devant des faits historiques tels que la taxe d’entrée imposée aux immigrants chinois, les camps d’internements de Canadiens d’origine japonaise, l’incident du Komagata Maru, et face aux débats actuels suscités par le multiculturalisme et les mouvements migratoires internationaux, la critique canado-asiatique a souvent eu tendance à mettre l’accent sur le rôle de l’État-nation dans la marginalisation des populations d’origines étrangères. Cette approche a sans contredit été déterminante pour la constitution d’un discours pédagogique anti-raciste, et a été nourrie par ses liens étroits avec les communautés culturelles, le militantisme et les mouvements sociaux. Pourtant, le point de vue nationaliste de la critique canado-asiatique a également eu pour effet de réinscrire la citoyenneté et l’appartenance nationale parmi les principes fondamentaux de l’aspiration politique, renouant du même coup avec les anciens réflexes d’assimilation du multiculturalisme.

Ce numéro spécial se veut une invitation à repenser la critique canado-asiatique au-delà de l’imaginaire national(iste). En raison de l’attention qu’elle a longtemps accordée aux phénomènes de racialisation et de marginalisation à l’intérieur de l’État-nation, la critique canado-asiatique se trouve dans une position privilégiée pour questionner — plutôt que conforter — les épistémologies nationales. Historiquement, les communautés formées par les Canadiens d’origine asiatique sont issues des migrations produites dans la foulée des empires américains et britanniques; leurs aspirations nationalistes se sont ainsi manifestées à la fois avec et contre ces allégeances. Plus récemment, les Canadiens d’origine asiatique ont été diversement représentés dans l’imaginaire national, tantôt comme réfugiés ou migrants sans papiers, tantôt comme étudiant internationaux ou grands investisseurs. En inscrivant la critique canado-asiatique à l’intérieur d’une problématique transnationale, nous souhaitons faire contrepoids à la tendance consistant à se focaliser uniquement sur leCanada et à chercher à définir asiatique dans l’expression « canado-asiatique ». Ce numéro spécial est une invitation à interroger le terme asiatique à la fois en tant que catégorie, identité, représentation, objet d’une identification affective ou de son rejet.

Nous sollicitons des articles susceptibles de jeter un regard critique sur les traditions ayant contribué à l’essor de la critique canado-asiatique et plaidant pour un repositionnement de cette dernière à la lumière des travaux actuels dans le champ des études sur le Pacifique, de la critique des systèmes mondiaux, des études comparatives des impérialismes, des études culturelles inter-asiatiques, de l’indigénéité mondiale, du global south ou de tout autre paradigme. Nous sommes particulièrement intéressés par les articles remettant en question l’apparente uniformité de la critique canado-asiatique, ainsi que des objets qui lui ont traditionnellement été associés, à travers des approches comparatistes, plurilingues et transnationales susceptibles d’ébranler plutôt que renforcer les épistémologies nationales.

Canadian Literature ne publie que des articles originaux et inédits. Les articles — d’environ 6500 mots (notes et références bibliographiques comprises) — doivent respecter le style de citation MLA.

Prière de soumettre votre texte via le site de Canadian Literature avant le 1er janvier 2016.

Pour toute question concernant ce numéro spécial, veuillez contacter can.lit@ubc.ca.