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Cover of issue #215

Current Issue: #215 Indigenous Focus (Winter 2012)

Canadian Literature's Issue 215 (Winter 2012) is now available. The issue features articles by Renate Eigenbrod, K. J. Verwaayen, Paul Murphy, Sylvie Vranckx, Mareike Neuhaus, Angela Van Essen, and Anouk Lang, and new Canadian poetry & book reviews.

Book Review

À la recherche du poème

  • Laurent Mailhot (Editor) and Micheline Cambron (Editor)
    André Brochu, écrivain. Éditions Hurtubise HMH (purchase at Amazon.ca)

Reviewed by Stéphane Inkel

André Brochu, faut-il le rappeler, a d’abord marqué, et d’une façon indélébile, la littérature québécoise par sa parole critique. Cofondateur de la revue Parti pris, chargé d’enseignement à l’Université de Montréal en 1963 alors qu’il n’a que vingt-et-un ans, il est parmi les tout premiers à retourner à cette littérature que l’on appelle toujours « canadienne-française », un temps délaissée après les lectures nationalistes de Camille Roy et consorts. Ses lectures critiques de Gabrielle Roy et André Langevin, de Gérard Bessette et Yves Thériault, rassemblées en 1973 dans L’instance critique, font office de véritables classiques et participent à cette refondation d’une littérature « québécoise » qui rapidement va s’imposer. Or André Brochu, il le soulignera avec force dans le chapitre clef de La visée critique, « Autobiocritique », paru en 1988, rêvait « dès l’âge de dix ans » d’être poète. Après deux recueils confidentiels publiés aux cours des années 1960, toute l’œuvre se présente comme une lente réappropriation de cette parole créatrice qui chez Brochu plus qu’ailleurs est décrite comme « empêchée ». La contribution majeure du collectif André Brochu écrivain est de nous donner à voir pour ainsi dire en acte cette lente réappropriation.

Car si Brochu s’est souvent prononcé sur le « pis-aller » de sa parole critique avant ce 3 mars 1988 où il renoue avec le poème (« Autobiocritique »), Jacques Brault montre bien comment son dialogue ininterrompu avec cet « infini du sens », présent dans chaque œuvre, constituait bel et bien « une piste qui le mènera tôt ou tard à son écriture d’écrivain ». Brochu en conviendra d’ailleurs dans l’avant-propos de son Tableau du poème, recueil de ses chroniques sur la poésie québécoise des années 1980 pour la revue Voix et images, ce qui nous vaut ce mot de Gilles Marcotte qui réconcilie définitivement, me semble-t-il, la double modalité de son travail d’écrivain : « La critique, donc, pour se créer un pays poétique, s’y faire une place, pour reconnaître sa propre voix. » Essentiel, à ce titre, est le chapitre de Lucie Robert sur la place d’André Brochu dans l’institution littéraire qui illustre la double reconnaissance dont il est désormais l’objet. Est-ce à dire que les engagements passés du critique de Parti pris sont passés sous silence? Il s’agirait après tout d’un signe des temps que de se consacrer en priorité au travail intime du poème. Ce dont s’acquittent avec leur brio habituel Paul Chanel Malenfant et Pierre Nepveu, l’un en soulignant la nécessité de recourir à l’oxymore afin de rendre compte des tensions qui animent cette poésie, l’autre en exacerbant cette tension entre le poète et le « Verbe incarnée », véritable plongée « dans l’épaisseur du corps, dans la densité charnelle, boueuse, excrémentielle du monde » dont la finitude est l’enjeu. On saura gré à Réjean Beaudoin de rappeler que « toute la pensée d’André Brochu reste liée à la problématique qui part du sentiment d’un défaut d’existence de la littérature nationale ou, tout au moins, de l’inachèvement de son projet ». On le voit, les signatures sont prestigieuses—impossibles de les nommer toutes—et témoignent de la dette d’une institution envers l’un de ses plus brillants, quoique iconoclaste, représentants. On regrettera à cet égard l’absence de contributions de la jeune génération qui aurait pu souligner comment la « critique », par opposition à la tendance actuelle de la théorie ou de la « recherche » (soulignée par François Ricard), continue d’œuvrer face à « l’infini du sens » du texte littéraire.

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MLA: Inkel, Stéphane. À la recherche du poème. canlit.ca. Canadian Literature, 8 Dec. 2011. Web. 19 June 2013.

This review originally appeared in Canadian Literature #195 (Winter 2007), Context(e)s. (pg. 126 - 127)

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