Book Review
Autour d'André Paiement
- Micheline Fournier-Thibault (Author)
André Paiement (1950-1978): Avant tout un homme de son temps. Prise de Parole (purchase at Amazon.ca)
- Gaston Tremblay (Author)
L'écho de nos voix: Conférences. Prise de Parole (purchase at Amazon.ca)
Reviewed by Johanne Melançon
Les ouvrages de Gaston Tremblay et Micheline Fournier-Thibault se penchent tous deux sur l'effervescence culturelle sudburoise du début des années 1970, l'un pour y ancrer l'apparition d'une institution littéraire proprement franco-ontarienne, en partie autour d'André Paiement, l'autre pour tenter de comprendre l'importance de la figure, presque mythique, de Paiement. Mais là s'arrêtent les points communs.
L'Écho de nos voix est un recueil de quatre conférences déjà publiées et/ou prononcées en 2002 et 2003. Au coeur de la thèse de Tremblay, le concept de « littérature du vacuum », catégorie qu'il faut ajouter, selon lui, à celles de François Paré qui distinguait les « petites » et les « grandes » littératures dans Les littératures de l'exiguïté. Aussi, pour Tremblay, la littérature franco-ontarienne serait un « phénomène nouveau . . . qui date des années soixante-dix et dont nous ne pouvons retracer les origines au-delà de sa naissance, car elle se distingue de tout ce qui la précède. » Il pose que la littérature franco-ontarienne est née dans le vide institutionnel et idéologique, voire social du Nouvel-Ontario, créé par l'éclatement du Canada-Français (orthographe privilégié par G. Gervais) à la suite des états généraux de 1967-1969. De plus, cette littérature est identifiée au Nord, en particulier à Sudbury. Enfin, elle est devenue franco-ontarienne lorsque les autres régions, comme Ottawa, y ont adhéré. Cette mise en perspective de l'institution littéraire franco-ontarienne et de ses origines est l'objet de la première conférence. Les conférences subséquentes portent sur trois écrivains dont la trajectoire, selon Tremblay, illustre un aspect de cette littérature du vacuum : Jean Éthier-Blais, ou « L'homme qui venait du vacuum », qui aurait toujours été profondément un « Canadien-Français », toujours déchiré entre son appartenance à l'institution littéraire québécoise et ses origines franco-ontariennes, trop conscient du « vide » de l'Ontario français; André Paiement ou « Celui qui implose dans le vacuum », qui se serait épuisé à créer les nouvelles institutions franco-ontariennes, en particulier le TNO et Cano-musique; Robert Dickson, ou « Celui qui embrasse le vacuum », un anglophone qui s'est intégré à la communauté et à l'institution littéraire franco-ontariennes. Ce dernier exemple permet à Tremblay de s'interroger sur la définition du Franco-Ontarien et sur les limites du champ. Pour Tremblay, l'écrivain franco-ontarien est « une personne née en Ontario qui choisit d'écrire en français et dont les livres sont publiés par un éditeur quelconque ; une personne née ailleurs qui choisit de vivre et d'écrire en français en Ontario et dont les oeuvres sont publiées par une maison d'édition franco-ontarienne reconnue ».
Le concept de « littérature du vacuum », pour intéressant qu'il puisse être pour expliquer l'effervescence culturelle et créatrice sudburoise, doit certes être nuancé lorsqu'il s'agit de poser la « naissance » d'une institution littéraire franco-ontarienne. La thèse de l'historien Gaétan Gervais, l'éclatement du « Canada-Français » suite aux états généraux, est largement acceptée: il est évident que ce bouleversement entraîne des changements dans les institutions. De ce point de vue, au début des années soixante-dix, on peut certes parler de l'enclenchement, par la force des choses, d'une autonomisation de l'institution littéraire en Ontario français, qui ne sera plus canadienne-française mais franco-ontarienne; d'une institution qui doit se redéfinir, revoir, remodeler ou recréer ses instances. Mais peut-on véritablement parler d'une création ex-nihilo? L'espace est peut-être pauvre, mais est-il vide? Peut-on faire table rase, par exemple, des institutions d'enseignement ou même des lieux d'édition qui existent à ce moment en Ontario? Tremblay choisit d'étudier la littérature franco-ontarienne « dans un vacuum » qu'il crée « en isolant l'Ontario français du Canada-Français et surtout du Québec », et souligne la dynamique particulière où l'on doit créer les institutions tout en créant les oeuvres—André Paiement étant la figure exemplaire illustrant cela. Tremblay s'oppose ainsi à René Dionne (qu'il ne cite pas), dont les travaux sur l'institution littéraire franco-ontarienne font autorité.
Pour tenter de comprendre l'institution littéraire franco-ontarienne et sa naissance, Micheline Fournier-Thibault a choisi, suite à un constat de François Paré, de « retracer les grandes étapes de la vie d'André Paiement ». Elle ne veut pas confirmer le « mythe », mais « comprendre ce moment charnière de l'institution littéraire et de l'évolution de la vie culturelle franco-ontarienne ». Son ouvrage n'est cependant pas une biographie, mais il contribue à reconstituer une époque proposant entre autres une chronologie fouillée qui met en perspective la vie artistique, la vie personnelle et le travail administratif de Paiement. Près de la moitié de l'ouvrage est en fait constitué d'annexes: inventaire de la correspondance reçue, des documents de Gaston Tremblay, de la correspondance d'affaires envoyée, photographies et chronologie. Contrairement à Tremblay, Fournier-Thibault affirme que « les résidants de l'Ontario français ne vivaient nullement dans les limbes culturelles » en 1970. Cependant, Paiement était un « meneur naturel »—mais pas le seul—et le moment était propice à la création de nouvelles institutions. Son ouvrage apporte donc des éléments intéressants pour comprendre l'époque, malgré des maladresses stylistiques, des redondances, ou même des lacunes découlant du fait que l'auteur ne semble pas tenir compte des recherches universitaires récentes en littérature franco-ontarienne.
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MLA: Melançon, Johanne. Autour d'André Paiement. canlit.ca. Canadian Literature, 8 Dec. 2011. Web. 21 May 2013.
This review originally appeared in Canadian Literature #190 (Autumn 2006), South Asian Diaspora. (pg. 85 - 87)
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