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Cover of issue #214

Current Issue: #214 (Autumn 2012)

Canadian Literature's Issue 214 (Autumn 2012) is now available. The issue features articles by Germaine Warkentin, Susan Gingell, Deanna Reder, Allison Hargreaves, Daniel Heath Justice, Kristina Fagan Bidwell, Jo-Ann Episkenew, Andrea King, Joanne Leow, and Ana María Fraile, and new Canadian poetry & book reviews.

Book Review

Carrefours discursifs

  • Jósef Kwaterko (Author)
    Le roman québécois et ses (inter)discours. Nota Bene (purchase at Amazon.ca)
  • Jacques Savoie (Author)
    Les ruelles de Caresso. La Courte Échelle (purchase at Amazon.ca)

Reviewed by Carlo Lavoie

Plusieurs chercheurs voient de plus en plus le roman québécois comme une sorte de carrefour qui vit des affrontements et des polémiques de la société et qui en produit dans son espace discursif. Un carrefour où vivent et naissent des discours qui s’entrecroisent et s’entrechoquent.

Dans Le roman québécois et ses (interdis-cours, Jósef Kwaterko présente quelques-uns de ces interdiscours qui se retrouvent dans le roman québécois des années 1960 aux années 1980 afin de montrer «les procédés par lesquels la fiction incorpore les représentations du social et devient un carrefour de médiations où divers discours et savoirs se rencontrent, négocient entre eux, se heurtent, s’opposent les uns aux autres.» Cette étude, qui fait voir l’écrivain québécois (qu’il soit Québécois de souche, d’adoption ou qu’il le soit devenu par «une curieuse coïncidence») comme un «homme-en-société» qui est à l’écoute de la société et qui se charge de commenter ce qu’il entend.

Kwaterko part tout d’abord de l’Histoire à titre d’intertexte. Une Histoire qui, par le fameux rapport Durham, hantera l’écriture québécoise des années i960. Il se dégage ainsi que les auteurs étudiés de cette période, Ferron, Aquin et Carrier, utilisent cette Histoire, ou ce «passé traumatisant,» afin de se libérer, de la refaire en mettant en jeu les significations historiques et anciennes. Deux grands axes se dégagent ainsi de cette étude.

Le premier touche l’interdiscursivité des romans analysés dont l’enjeu est de produire une transformation esthétique des discours de références logés dans les textes par le biais de réappropriations stratégiques. C’est ainsi que le repérage de ces discours dans les romans de Réjean Ducharme permet une réflexion sur les liens unissant les romans et les façons d’entrevoir la quête identitaire québécoise des années 1960. Le deuxième axe de la problématique interdiscursive, pour sa part, dégage l’enjeu fondamental des préoccupations langagières liées à l’esthétisme romanesque permettant par exemple à Jacques Godbout l’emploi du vernaculaire québécois et à Gérard Bessette celui du français hexagonal. Cette problématique intertextuelle et langagière est également étudiée en relation avec l’émergence d’une écriture (im)migrante dans les années 1980 avec La Québécoite de Régine Robin. Ces deux axes dégagés tendent ainsi à démontrer non seulement la place qu’occupe l’Histoire comme intertexte, mais aussi la prégnance de l’altérité «mettant en valeur la travail sur la langue comme inhérent à l’organisation interdiscursive du texte.»

En cette époque où le libre-échange tend à faire de notre planète un village, un village global tel qu’en parlait prophétiquement McLuhan, il est facile de s’imaginer que l’intertexte peut devenir interculturel et multidimensionnel. Ce que Jósef Kwaterko fait voir de nouveau avec son essai, c’est justement ce tiraillement dans l’écriture où se rencontre le désir de vouloir se faire de plus en plus mondial et l’attachement aux racines par l’utilisation de l’Histoire. L’exil, l’errance, l’aliénation et le sentiment de la perte, chers aux «codes symboliques de la société québécoise,» sont ainsi confrontés à une Amérique mondiale.

Cette Amérique mondiale se retrouve également dans Les ruelles de Caresso de l’auteur d’origine acadienne Jacques Savoie. Dans ce second roman de la trilogie du Cirque bleu, le lecteur retrouve Hugo, un ancien clown de cirque converti en libraire qui tente de remettre de l’ordre dans les livres et la maison de son père, Victor Daguerre, dans le but de mettre sur pied un salon de lecture, le Cirque bleu. Cette histoire, que l’on peut qualifier «d’amour,» est aussi une histoire de livres et d’informatique, mais d’abord et avant tout celle de familles éclatées voulant se reconstituer. L’enjeu est toutefois double.

D’entrée de jeu, Hugo vit avec Marthe, son premier amour qu’il crut jadis être sa demi-soeur. Cette dernière a la garde partagée de son fils de onze ans, Charlie, qui se retrouve au beau milieu d’une guerre froide entre ses parents qui veulent tous deux l’avoir en permanence au sein de leur foyer respectif. Hugo fera les frais des discussions en servant involontairement d’intermédiaire entre les deux parents de Charlie. Mais Hugo n’est pas au bout de ses peines. Son ex-partenaire au cirque, Lazlo Tisza, lanceur de couteaux de profession, est à Montréal pour le convaincre de reprendre son travail au cirque Barnum and Bailey. Tizsa, grand inventeur d’intrigues, fera de Marthe l’intermédiaire involontaire de ses discussions visant à réintégrer Hugo dans la grande famille du cirque. Au beau milieu de ces tourbillons, Charlie, du Cirque bleu, se promène en toute naïveté dans les ruelles de l’Internet. À l’adresse Hei@weimar.com, il trouvera une jeune fille prête à s’enfuir avec lui afin d’éviter tous ces méandres de la vie adulte. Encore une fois, Hugo se retrouve pris entre deux feux, cette fois entre la mère et son fils, afin de faire comprendre à ce dernier que la vie ne correspond pas toujours au rêve.

Au fil de ces intrigues, le narrateur change, étant tantôt l’un des personnages du roman, tantôt un narrateur omniscient. Si les discours provenant de l’Histoire (tant nationale, culturelle que personnelle) s’avéraient être le noyau central des romans étudiés par Kwaterko, ces derniers se voient, dans le roman de Savoie, alliés à un élément de la modernité, l’ordinateur. Ainsi le Pentium, dont Hugo fait l’achat afin de répertorier tous les volumes qu’il possède, devient l’élément autour duquel se voient reliés des thèmes chers à la littérature québécois, soit l’exil, l’errance, l’aliénation et le sentiment de la perte. Par l’aventure virtuelle, la quête identitaire s’entend à l’échelle planétaire et devient partie prenante d’une nouvelle recherche langagière, celle s’effectuant à partir d’un langage mondial (probablement le seul langage mondial), celui de l’informatique.

Les ruelles de Caresso sont peut-être l’illustration de cette croisée des chemins où se retrouve le roman québécois de la fin des années 1990. Ce nouveau carrefour discursif offre à l’auteur la possibilité d’utiliser l’Histoire comme matériau tel que à montré Kwaterko afin de demeurer québécois, tout en explorant un monde dont la virtualité tend à le rendre de plus en plus petit.

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MLA: Lavoie, Carlo. Carrefours discursifs. canlit.ca. Canadian Literature, 8 Dec. 2011. Web. 22 May 2013.

This review originally appeared in Canadian Literature #165 (Summer 2000), (Brochu, Buckler, Davies, Lowry, Ondaatje). (pg. 145 - 147)

***Please note that the articles and reviews from the Canadian Literature website (www.canlit.ca) may not be the final versions as they are printed in the journal, as additional editing sometimes takes place between the two versions. If you are quoting from the website, please indicate the date accessed when citing the web version of reviews and articles.

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