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Cover of issue #214

Current Issue: #214 (Autumn 2012)

Canadian Literature's Issue 214 (Autumn 2012) is now available. The issue features articles by Germaine Warkentin, Susan Gingell, Deanna Reder, Allison Hargreaves, Daniel Heath Justice, Kristina Fagan Bidwell, Jo-Ann Episkenew, Andrea King, Joanne Leow, and Ana María Fraile, and new Canadian poetry & book reviews.

Book Review

Crises identitaires

Reviewed by Mélanie Collado

Mondialisation et Identité est un recueil de textes commémoratifs de la Grande Réunion d’écrivains francophones du Canada et d’autres pays. Cet ouvrage regroupe les contributions de quarante-cinq auteurs ayant accepté d’« écrire un texte de 500 mots (au plus) traitant de la tension (croissante) entre la mondialisation (inévitable) et la résurgence (nécessaire) des particularismes ». Les écrits retenus par les éditeurs constituent un mélange hybride où se côtoient une majorité d’essais, de contes, de nouvelles, de légendes, de poèmes et quelques chansons. Dans son ensemble, le recueil évoque une tribune où chacun exprime ses certitudes, ses rêves et ses angoisses. Dans la nouvelle d’Abdelkader Djemaï, par exemple, les tournesols de Van Gogh deviennent « livides, amorphes, sans suc et sans beauté », après avoir été contaminés par des formules d’organismes génétiquement modifiés.

Quel que soit le genre littéraire choisi, le thème central d’un grand nombre de textes est la mondialisation économique et le risque d’uniformisation dont le libre-marché, l’internet, les médias, l’anglais et les plantes transgéniques sont les supports les plus souvent incriminés. Face à cette conception contemporaine de la mondialisation, quelques écrivains proposent de réfléchir sur la confusion terminologique entre mondialisation, impérialisme, américanisation, globalisation et universalisme. Ils rappellent que la mondialisation est un phénomène ancien, permettant la circulation des idées, des cultures et la reconnaissance de la diversité universelle. Plusieurs textes soulignent que tout déplacement en dehors de son propre microcosme peut être interprété comme un pas vers la mondialisation, avec ses risques, ses excès et ses violences, mais aussi ses bénéfices. Perçue comme inévitable, la mondialisation n’entraîne pas forcément la disparition de l’un dans la masse. Dans cette optique, Mireille Desjarlais nous invite à imaginer un universalisme où « le multiple et l’un [chemineraient] main dans la main ».

Mondialisation et Identité contient de beaux textes et d’autres moins marquants; c’est, dans l’ensemble, un ouvrage hétéroclite. Vu le sujet traité, l’hétérogénéité ne saurait être un défaut, au contraire. On peut cependant regretter que le pluralisme de ce recueil ne soit pas servi par la mise en page adoptée: la succession de messages officiels et de photos encadrant les récits leur donne un cachet institutionnel qui tranche un peu avec leur contenu.

La Québécoite de Régine Robin touche également au thème de la mondialisation et de la résistance identitaire, mais ici, c’est du mouvement des personnes et de l’expression de la parole immigrante dont il est question. Publié pour la première fois en 1983, et réédité en 1993 avec une postface où l’auteure aborde le sujet du pluralisme culturel au Québec, ce roman a fait l’objet de plusieurs analyses qui en soulignent la valeur littéraire et l’originalité.

La Québécoite est l’histoire d’une vie qui se fait et se refait. Le récit premier se compose de trois parties, portant chacune le nom d’un quartier de Montréal où la narratrice fait temporairement résider son personnage féminin de « juive ukrainienne de Paris provisoirement installée à Montréal ». Snowdon, Outremont et Jean-Talon sont des lieux d’ancrage transitoires que la narratrice ne cesse d’abandonner pour reconstruire son intrigue ailleurs. Elle (le personnage n’a pas de nom) reste « insituable ». Où qu’elle soit, Elle vit entre plusieurs mondes: l’Europe et l’Amérique; Paris et Montréal; Snowdon et Outremont; Snowdon et Jean-Talon. Son histoire personnelle et celle de son peuple ne l’enracinent pas en un lieu, mais au contraire la déploient dans le temps et dans l’espace. Comme la narratrice et les autres immigrants du roman, Elle va et vient entre le passé et le présent, tiraillée entre la nostalgie d’un lieu à soi et l’errance. Elle est désireuse de se trouver un lieu, mais incapable de n’être que dans un seul lieu.

Dès les premières lignes, le texte s’annonce comme un projet d’écriture: « Pas d’ordre. Ni chronologique, ni logique, ni logis. Rien qu’un désir d’écriture et cette prolifération d’existences ». Dans La Québécoite, chaque personnage en engendre plusieurs autres et chaque récit s’ouvre sur un autre. Le roman éclaté qui émerge de ce projet d’écriture est composé d’histoires inachevées, entrecoupées de lectures diverses et de multiples enumerations. Citons à titre indicatif les bribes de conversations entendues dans le métro, les slogans politiques, et publicitaires, les listes de stations de métro, les noms de rues, les enseignes, les menus; les résultats sportifs, les plaques minéralogiques. Ces mots lus ou entendus, récoltés au hasard de ses déplacements dans les lieux publics de Paris ou de Montréal, sont des fragments de quotidien que la narratrice collectionne comme d’autres collectionnent des photos. Ces mots ramassés dans la rue deviennent pour elle des trésors à préserver pour se constituer un monde à soi: « Tout emmagasiner, comme si tu devais te retrouver tel Robinson sur son île et ne plus rencontrer Montréal que par traces, signes, symboles, fragments sans signification, morceaux, débris, tessons hors d’usage ».

Récit de l’errance et de la parole immigrante, La Québécoite est un texte-carrefour où se télescopent lieux, discours, histoires, cultures et existences fictives ou réelles. Par l’adoption des techniques du collage au niveau de la forme et du contenu, le roman de Régine Robin se présente comme un texte en mouvement qui ne cesse de déplacer son lecteur à travers l’espace, le temps et le langage.

Vingt ans après sa parution, dans le contexte d’une mondialisation qui soulève des questions sur l’identité nationale et l’appartenance à un monde sans frontières, La Québécoite est plus que jamais d’actualité.











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MLA: Collado, Mélanie. Crises identitaires. canlit.ca. Canadian Literature, 8 Dec. 2011. Web. 24 May 2013.

This review originally appeared in Canadian Literature #180 (Spring 2004), (Montgomery, Carson, Bissoondath, Goodridge). (pg. 98 - 100)

***Please note that the articles and reviews from the Canadian Literature website (www.canlit.ca) may not be the final versions as they are printed in the journal, as additional editing sometimes takes place between the two versions. If you are quoting from the website, please indicate the date accessed when citing the web version of reviews and articles.

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