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Cover of issue #215

Current Issue: #215 Indigenous Focus (Winter 2012)

Canadian Literature's Issue 215 (Winter 2012) is now available. The issue features articles by Renate Eigenbrod, K. J. Verwaayen, Paul Murphy, Sylvie Vranckx, Mareike Neuhaus, Angela Van Essen, and Anouk Lang, and new Canadian poetry & book reviews.

Book Review

Désirs tumultueux

  • Stanley Péan (Author)
    Le tumulte de mon sang. La Courte Échelle (purchase at Amazon.ca)
  • Marc Fisher (Author)
    Les six degrés du désir. Lanctôt Éditeur (purchase at Amazon.ca)

Reviewed by Christine St-Pierre

Voici deux œuvres narratives remplies d’érotisme, de passions et de sensualité. Le tumulte de mon sang, de l’auteur québécois Stanley Péan, raconte l’histoire d’un jeune couple montréalais qui se promet une escapade amoureuse loin du brouhaha quotidien. Ce couple, à la recherche d’une semaine de tranquillité sous la chaleur des tropiques, se réfugie en Haïti dans la demeure coloniale de l’oncle de Madeline. Mais dès le début, face aux gardes de sécurité du manoir, Madeline et son amant, le narrateur, se rendent compte qu’ « il y a quelque chose de pourri dans l’empire ». Malgré les inquiétudes et l’angoisse de son conjoint, Madeline, journaliste acharnée, est déterminée à connaître le fin mot de cette histoire cachée par son oncle, Ton Rodrigue. Péan soutient ainsi l’intérêt du lecteur en évoquant, de façon purement fictive, certains éléments historiques de la culture haïtienne, tels « ses tragédies, ses démons réels et mythiques ». Ce sont les légendes vaudou, transmises par sa grand-mère, qui animent l’imaginaire du narrateur jusqu’au jour où toute cette magie ensorcelée enflamme le sang qui coule dans les veines de ce dernier. A titre d’exemple, l’auteur consacre le chapitre quatorze au conte mythique du Général Lannuit, sorte de mise en abyme qui, d’une certaine façon, renoue avec la tradition haïtienne du conte oral. Les personnages semblent être possédés par les démons du folklore vaudou qui, eux, menacent la relation amoureuse et erotique des amants. En outre, la fin de l’histoire révèle la conclusion tragique et stupéfiante de l’origine ancestrale du narrateur. Au fait, toute son histoire se trouve cachée dans les murs du manoir de Ton Rodrigue, ancien colonel de Papa Doc. Le colonel Rodrigue Duché évoque le pouvoir du régime totalitaire de l’époque et les crimes commis pour accéder au pouvoir coûte que coûte.

Fantômes perfides, magie noire hallucinante, ces éléments qui sont au cœur de la culture haïtienne n’existaient, avant le voyage, que dans l’imaginaire du narrateur-poète : « Enfant du déracinement, je n’avais jamais osé revendiquer autre patrie que la littérature », dira-t-il. Par son style d’écriture très travaillé, sa langue somptueuse et savoureuse, le roman de Stanley Péan rappelle la grande époque romantique du dix-neuvième siècle. L’auteur désire d’ailleurs rendre hommage à deux auteurs, en particulier, qui l’ont profondément inspiré : Edgar Poe et Jacques Stephen Alexis. La fierté des Haïtiens repose sur une richesse culturelle et un métissage complexe comme l’atteste la bibliothèque de Ton Rodrigue, où s’entassent les « œuvres complètes des classiques du monde entier ». Conscient de son héritage, l’auteur intègre au dialogue des personnages, le niveau populaire de leur langue et ajoute, pour le lecteur non familier avec les mots créoles, un glossaire en guise de référence. Ainsi, le langage, la descriptions des lieux, les références à l’histoire et aux mythes haïtiens, les caractéristiques des personnages, apportent une saveur culturelle et authentique au Tumulte de mon sang.

Le plaisir de la lecture des œuvres romantiques du dix-neuvième siècle en particulier constitue un centre d’intérêt commun chez les protagonistes des deux romans. Les six degrés du désir évoque plusieurs fois les grands classiques (de Platon, Voltaire, Molière à Flaubert et Balzac), marquant ainsi l’influence de la culture française sur la nation québécoise. A cet héritage l’auteur n’hésite pas à ajouter des références contemporaines à la culture nord-américaine, tout en y intégrant, à titre d’exemple, des expressions typiquement anglaises comme « You can’t always get what you want ». Les lecteurs québécois pourront aisément s’identifier au langage du roman. Par ailleurs, l’existence moderne des personnages dans leur travail et leurs désirs d’amour reflète un aspect universel.

Dans ce roman de Fisher, ce ne sont pas les démons d’un passé dévoilé qui menacent les relations intimes mais plutôt les différences entre les désirs sexuels de l’homme et ceux de la femme. L’auteur nous invite à réfléchir sur la nature des relations amoureuses. Ici, le lieu privilégié pour l’autoréflexivité est le journal intime—forme d’écriture qui s’adapte bien au roman psychologique. Les journaux intimes de Lisa et de son père Charles Granger permettent aux individus non seulement un débat avec leur moi intérieur et leurs sentiments les plus profonds mais aussi un processus de découverte personnelle. Tout en évoquant les joies et les peines des protagonistes, le journal intime élucide leurs désirs et leurs frustrations. Jeune fille de vingt ans, Lisa recherche le grand amour, celui qui donne des frissons et un sens à la vie. Embauchée à la même maison d’édition que son père, Lisa tombe éperdument amoureuse de son patron dès ce premier jour qu’elle a cru fatidique : « J’ai tout de suite pensé que ce n’était pas un hasard, que nous soyons tous les deux en noir. » Voilà le destin tragique de cette relation tumultueuse entre elle et son patron, Jean-Jacques, homme marié qui, par son caractère et son âge, reflète l’image du père de la jeune fille. Tout au long du roman, Lisa attendra la promesse du divorce de Jean-Jacques, qui ne viendra pas. En attendant, son journal lui procure un lieu thérapeutique grâce auquel elle réfléchit sur ses choix, évalue son comporte ment et projette d’agir différemment. Ainsi, en écrivant, elle se transforme, prend conscience de la lâcheté de Jean-Jacques et décide, mais trop tard, de se lier à Philippe.

Par sa taille volumineuse, le journal de Lisa semble, à première vue, prépondérant comparé à celui de Charles. Cependant, le journal de son père est aussi important car il représente l’antithèse de l’idéalisme de sa fille, c’est-à-dire le côté réaliste, pour l’homme, des relations intimes. C’est à Charles que Fisher confie la théorie de la dégradation du désir—de la naissance du désir à sa mort. Cette théorie qu’il développe à partir d’expériences personnelles fait écho au personnage de Jean-Jacques qui, selon sa femme, ne croit pas au grand amour. Selon lui, une fois que les premiers degrés du désir sont révolus, l’homme « ne peut vivre dans la tiédeur erotique ». Ce n’est qu’en lisant le journal de Lisa qu’il questionnera sa conception de l’amour en laissant entrevoir un espoir, c’est-à-dire une sixième possibilité de désir : la renaissance de l’amour.



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MLA: St-Pierre, Christine. Désirs tumultueux. canlit.ca. Canadian Literature, 8 Dec. 2011. Web. 18 June 2013.

This review originally appeared in Canadian Literature #180 (Spring 2004), (Montgomery, Carson, Bissoondath, Goodridge). (pg. 171 - 173)

***Please note that the articles and reviews from the Canadian Literature website (www.canlit.ca) may not be the final versions as they are printed in the journal, as additional editing sometimes takes place between the two versions. If you are quoting from the website, please indicate the date accessed when citing the web version of reviews and articles.

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