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Cover of issue #215

Current Issue: #215 Indigenous Focus (Winter 2012)

Canadian Literature's Issue 215 (Winter 2012) is now available. The issue features articles by Renate Eigenbrod, K. J. Verwaayen, Paul Murphy, Sylvie Vranckx, Mareike Neuhaus, Angela Van Essen, and Anouk Lang, and new Canadian poetry & book reviews.

Book Review

D'un étang gelé aux étoiles

  • Michel Ouellette (Author)
    Frères d'hiver. Prise de Parole (purchase at Amazon.ca)
  • Maurice Henrie (Author)
    Le Chuchotement des étoiles. Prise de Parole (purchase at Amazon.ca)

Reviewed by Benoit Doyon-Gosselin

La beauté du récit Frères d’hiver réside dans sa difficulté à le classer dans un genre singulier. Tel que l’indique le sous-titre, il s’agit d’un « récit poétique et polyphonique ». En fait, les multiples focalisations de la narration permettent au lecteur de comprendre que Pierre vient de perdre son frère cadet, Paul, qui s’est suicidé sans raison apparente sur un étang gelé. Le frère aîné trouve par la suite un cahier violet intitulé Journal d’accompagnement qui dévoile certaines réflexions du suicidé. Simultanément, Wendy, une collègue de Paul, observe Pierre à distance sans que l’on sache pourquoi. À la fin, on apprend que Paul a été amoureux de Wendy et qu’il a écrit une suite de poèmes pour sa muse.

Dans ce livre, Michel Ouellette, un dramaturge franc-ontarien mieux connu pour la pièce French Town (Prix du Gouverneur général 1994), agence la polyphonie des narrateurs afin de fournir au compte-gouttes les informations nécessaires à la compréhension de la diégèse.  Ainsi, dans ce court récit de 66 pages, les entrées numérotées de I à VI donnent le point de vue de Pierre comme narrateur homodiégétique, les entrées portant le titre de « WENDY » sont le fruit d’un narrateur hétérodiégétique qui décrit les observations du personnage féminin et enfin les sections tirées du journal d’accompagnement sont écrites de la main de Paul. La deuxième partie du livre constitue le recueil de poésie Mes appétits (séparé en deux parties : « Saisons rimbaldiennes » et « Inappétence apparente ») qui jette un peu de lumière sur la vie du défunt.

Un peu à la manière d’une enquête policière, le lecteur zigzague de récit en récit afin de saisir les motivations des personnages et surtout des raisons derrière le suicide de Paul. En créant un faisceau de sens lié au froid et à l’air glacial de l’hiver, Ouellette suggère l’effritement des relations familiales et la perte de l’amour filial des deux frères. Ceux-ci ne renouent qu’avec la mort du plus jeune qui - on le constate dans son journal - gérait mal le quotidien : « L’autre jour, j’ai fait l’expérience de ma disparition. J’ai relu tout ce que j’avais écrit. Pour constater que j’étais un miroir qui se regarde dans le miroir. » Un texte à découvrir même si le recueil de poésie en fin de parcours ne semble pas à sa place.

Curieux roman que ce chuchotement des étoiles où un couple semble habiter une galaxie en attendant la mort de façon inconsciente. L’écrivain franco-ontarien Maurice Henrie nous avait habitué à des œuvres plus achevées avec entre autres le roman Une ville lointaine et surtout le recueil de nouvelles Les roses et le verglas. Dans Le chuchotement des étoiles, Pierre et Odette habitent une maison où il se déroule des événements particulièrement troublants. Leurs grands enfants se font du souci pour eux. Normal, car le voisinage consiste en « quelques planètes et quelques astéroïdes qui crois[ent] paresseusement et qui luis[ent] dans le vide spatial ». En raison de perturbations spatiales, Pierre semble incapable de terminer ses tâches en tant que traducteur à la pige parce que son ordinateur efface à mesure le travail accompli la veille. Bref, le couple à l’aube de la retraite se cherche.

            Le vieillissement étrange d’Odette suivi de sa mort rapide permet aux enfants de ramener Pierre parmi les humains. Si les premiers jours se passent bien, l’homme malheureux finit par divaguer autant physiquement que psychologiquement jusqu’à ce qu’on le retrouve assis près d’un fleuve à la suite d’une escapade de deux jours sans boire ni manger. Pierre décide alors de repartir vers les étoiles de sa maison pour peut-être trouver un sens à sa détresse existentielle. Finalement, la conclusion inéluctable arrive : « Alors, épuisé, il se coucha entre deux constellations et s’endormit d’un très long sommeil. »

Séparés en courts chapitres, le roman peine à trouver un rythme et les personnages nous laissent de glace. Malgré la présence de nombreux mystères, notamment un masque qui observe Pierre dès son réveil et un enfant qui lui demande au téléphone s’il est le créateur du ciel et de la terre, le lecteur y trouve difficilement son compte. En fait, à l’instar de la maison perdue dans l’espace, le personnage principal se perd dans les méandres de ses pensées tout en entraînant son lecteur avec lui. Sauf que l’on n’en sort jamais. Empêtrés dans une histoire sans histoire, personnages et lecteurs finissent par perdre l’intérêt de vivre ou de lire. En fin de parcours, on ne peut s’empêcher de penser au Alexandre Chenevert de Gabrielle Roy, roman qui ressemble plutôt à une interminable nouvelle psychologique au cours duquel le personnage éponyme cherche et cherche et ne trouve que sa propre mort.

 

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MLA: Doyon-Gosselin, Benoit. D'un étang gelé aux étoiles. canlit.ca. Canadian Literature, 8 Dec. 2011. Web. 19 June 2013.

This review originally appeared in Canadian Literature #203 (Winter 2009), Home, Memory, Self. (pg. 157 - 158)

***Please note that the articles and reviews from the Canadian Literature website (www.canlit.ca) may not be the final versions as they are printed in the journal, as additional editing sometimes takes place between the two versions. If you are quoting from the website, please indicate the date accessed when citing the web version of reviews and articles.

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