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Cover of issue #214

Current Issue: #214 (Autumn 2012)

Canadian Literature's Issue 214 (Autumn 2012) is now available. The issue features articles by Germaine Warkentin, Susan Gingell, Deanna Reder, Allison Hargreaves, Daniel Heath Justice, Kristina Fagan Bidwell, Jo-Ann Episkenew, Andrea King, Joanne Leow, and Ana María Fraile, and new Canadian poetry & book reviews.

Book Review

Échappatoires

  • Dany Rossignol (Author)
    Impostures: le journal de Boris. Éditions David (purchase at Amazon.ca)
  • Claude Boisvert (Author)
    Moi, vous savez, les génuflexions et les salamalecs.... CRAM (purchase at Amazon.ca)
  • Michèle Vinet (Author)
    Parce que chanter c'est trop dur. Prise de Parole (purchase at Amazon.ca)
  • Maggie Blot (Author)
    Plagiste: dormir ou esquisser. Éditions Triptyque (purchase at Amazon.ca)

Reviewed by Caroline Dupont

Quoique se déployant dans des registres fort distincts, les quatre œuvres abordées ici—deux récits, un roman et un recueil de nouvelles—présentent différentes formes d’échappatoires à un univers ou à des situations que les personnages récusent.

Trois ans après la parution de L’angélus, son premier récit racontant une année dans la vie de Laure en pleine métamorphose, Dany Rossignol propose une autre quête initiatique rafraîchissante, celle de Boris, un solitaire de vingt-cinq ans qui nous livre son journal dans Impostures. Racontant avec verve son enfance, son quotidien, ses émois et ses aspirations, créant des haïkus susceptibles de traduire une émotion fugace, Boris se nourrit de sa propre écriture comme de la musique et de la littérature, seules véritables sources extérieures de stimulation pour ce marginal cultivé aussi rêveur que lucide. L’imposture consistant d’abord pour lui à se faire diariste alors qu’on le croit analphabète, elle gagne bientôt plusieurs autres terrains. Vivant lui-même dans un monde d’imposteurs—à commencer par ses propres parents—, Boris n’hésite pas à traquer les secrets des autres et à dénoncer, souvent avec virulence, divers aspects d’un monde factice—le nôtre—centré sur la performance et le conformisme, monde avec lequel il ne peut ni ne veut cadrer.

Dans un style un peu diffus, le roman Parce que chanter c’est trop dur de Michèle Vinet traite lui aussi d’écriture, de musique et de différence, mais adopte une tonalité beaucoup plus onirique que celle des impostures débusquées par le diariste critique de Rossignol. Il n’en demeure pas moins que comme celui-ci, Mirabeau-Mirabelle, personnage central du roman de Vinet, figure une enfant marginale connaissant un retard linguistique, qui finira par tirer fort habilement son épingle du jeu, une fois encore grâce à la puissance des mots. L’enfant qui se moque de ce qui est pour inventer un monde à sa mesure, notamment en parlant avec des traits d’ dans la voix et en s’inventant un univers féerique dans la cabane-atelier de la vieille Mélie, deviendra une grande dramaturge aux côtés de sa complice de toujours, Chant-ale, ainsi que de Pierre et Luc, deux garçons de théâtre à qui les deux jeunes femmes uniront leur destinée professionnelle aussi bien que sentimentale. Celle qui refuse de chanter parce que c’est trop dur et qu’on dérape, ne parvenant pas à trouver le ton juste, n’affirme pas moins sa croyance dans les mots et « demand[e] à la page de parler pour ceux qui n’ont pas de voix, qui ne connaissent ni le baume de la page ni l’aventure de l’encre. » Ponctuée par la musique, qui coiffe d’ailleurs chacun des chapitres par l’entremise d’une indication de mouvement appropriée, mais aussi par une allégorie du temps, l’histoire des quatre fous de théâtre, qui en enchâsse plusieurs autres, prouve donc toute la force des mots, « ces traits d’ entre le connu et l’inconnu, entre l’être et le devenir », avec lesquels—du moins est-ce le postulat de cette œuvre—on peut tout accomplir.

Cette confiance d’ingénue est bien loin d’habiter les différents narrateurs et personnages de Moi, vous savez, les génuflexions et les salamalecs . . . de Claude Boisvert, recueil de huit textes teintés de fantastique et sous-titré « nouvelles et récits humoristiques ». L’humour—au demeurant sombre et grinçant—de ce recueil n’est cependant pas ce qui retient d’abord l’attention du lecteur, qui tente plutôt de comprendre le profond mal de vivre de personnages évoluant entre rêve et réalité, constamment pris au piège de situations plus qu’inconfortables auxquelles ils tentent d’échapper, le plus souvent au péril de leur vie, ce qui ne semble pourtant pas les troubler outre mesure, vu le peu de prix accordé à cette vie. L’ensemble du recueil se lit d’ailleurs comme un réquisitoire tant contre la religion et le divin que contre une soi-disant grandeur humaine se déployant dans les faits au sein d’une société désincarnée, artificielle. Cette contestation généralisée prend parfois une forme extrêmement directe, comme en témoigne ce passage de la dernière nouvelle : « Je m’insurge contre la tromperie, contre les faussetés, contre ce qu’ils ont fait de la vie . . . je ne veux en aucune façon adhérer à leurs mensonges, je conteste le droit qu’ils s’arrogent de tout régir à partir de faux principes, de tout réglementer, de tout contrôler, de tout . . . ».

Sur un ton nettement plus détaché—sinon apathique par moments—, le premier récit de Maggie Blot, Plagiste. Dormir ou esquisser, raconte les petites tribulations d’une bande d’artistes paumés que leur « entraîneure » —dont la quatrième de couverture précise qu’elle « n’est pas sans évoquer une personnalité bien connue du milieu théâtral québécois », le texte étant par ailleurs dédié à Pol Pelletier—a abandonnés. La façon de réagir à cet abandon consistant pour eux à essayer de déjouer le désœuvrement, tantôt en tâchant de comprendre les lettres vaseuses qui leur sont adressées et qui les mettent sur des pistes, tantôt en poursuivant leur « immense installation : monumentale affaire de buffet-banquet-festin », tantôt encore en s’intéressant à Plagiste, « une idole de chien qui nourri[t] [leurs] désirs puérils », il en résulte un récit difficile à caractériser, aux forts accents d’exercices stylistiques en même temps que d’intertextualité. Comme quoi les échappatoires littéraires peuvent parfois prendre la forme d’une narration somme toute assez nombriliste.

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MLA: Dupont, Caroline. Échappatoires. canlit.ca. Canadian Literature, 8 Dec. 2011. Web. 24 May 2013.

This review originally appeared in Canadian Literature #200 (Spring 2009), Strategic Nationalisms. (pg. 185 - 187)

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