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Cover of issue #214

Current Issue: #214 (Autumn 2012)

Canadian Literature's Issue 214 (Autumn 2012) is now available. The issue features articles by Germaine Warkentin, Susan Gingell, Deanna Reder, Allison Hargreaves, Daniel Heath Justice, Kristina Fagan Bidwell, Jo-Ann Episkenew, Andrea King, Joanne Leow, and Ana María Fraile, and new Canadian poetry & book reviews.

Book Review

Échos démultipliés

  • Agnès Whitfield (Editor)
    L'ɉcho de nos classiques. Éditions David (purchase at Amazon.ca)
  • Hubert Aquin (Author)
    Les Sables Mouvants: Shifting Sands. Ronsdale Press (purchase at Amazon.ca)

Reviewed by Patricia Godbout

Dans l’univers borgésien, le Livre de Sable est ainsi nommé « parce que ni ce livre ni le sable n’ont de commencement ni de fin ». L’infini, dans ce qu’il a d’évanescent et de monstrueux, on le retrouve aussi dans la nouvelle Les sables mouvants d’Hubert Aquin qui nous fait remonter aux sources de l’écriture aquinienne hantée par la quête de la figure fuyante de soi et de l’autre. « Tout semble s’échapper de moi, écrit le narrateur en pensant à la femme qu’il attend. J’essaie de garder l’odeur âcre de son corps et le parfum grisant de son ventre. J’essaie de garder le poids de ses seins nus, mais tout glisse, il reste du sable. »

Cette nouvelle d’Hubert Aquin datant de 1953 est présentée ici en édition bilingue, avec en regard la version originale française et la belle traduction anglaise de Joseph Jones (dans laquelle on repère cependant de petites incorrections). Jones signe aussi un essai critique intéressant sur cette nouvelle qu’il rapproche avec à-propos d’autres œuvres comme Le portrait de Dorian Gray d’Oscar Wilde.

Dans L’écho de nos classiques, ouvrage publié sous la direction d’Agnès Whitfield, près d’une vingtaine d’auteurs se penchent sur les traductions en de nombreuses langues de deux œuvres majeures de la littérature canadienne publiées toutes deux en 1945 : Bonheur d’occasion de Gabrielle Roy et Two Solitudes de Hugh MacLennan. Dans un texte important sur la traduction américaine de Bonheur d’occasion par Hannah Josephson, qui paraît en 1947 à New York chez Reynal and Hitchcock, Agnès Whitfield se demande pourquoi le dialogue a été aussi « défectueux » entre Gabrielle Roy et Josephson, qui fut également traductrice d’auteurs français comme Louis Aragon et Philippe Soupault. Whitfield examine avec soin les tenants et aboutissants de cette « erreur fatidique de la poudrerie »—québécisme confondu avec le mot poudrière et traduit par powderworks par Josephson—afin de mettre en lumière pourquoi on a voulu faire porter tout le poids de celle-ci à la traductrice.

Les circonstances de l’attribution du prix Femina à Gabrielle Roy en 1947 sont également examinées dans un chapitre très intéressant signé par Margot Irvine. Une part non négligeable de L’écho de nos classiques est par ailleurs consacrée aux traductions de Bonheur d’occasion et de Two Solitudes dans le monde communiste. Le lecteur y apprendra, par exemple, que Bonheur d’occasion a été traduit en slovaque en 1949, version pour laquelle le traducteur Fedor Jesenský peine à traduire le français québécois des dialogues en fabriquant « pour l’occasion » une langue qui ne s’écarte pas beaucoup de la norme. Ce roman ne sera donné en tchèque que trente ans plus tard. C’est sans doute le contenu social du roman de Roy qui est à l’origine de la décision de le traduire.

Dans le cas de Two Solitudes, c’est la version tchèque qui paraît la première, en 1948, un an avant que l’éditeur Bohumil Janda ne soit contraint de fermer boutique par le régime communiste. Le choix de traduire cette œuvre s’expliquerait notamment par l’intérêt qu’on a alors en Tchécoslovaquie pour cette cohabitation ethnique dans un État moderne multinational, cohabitation dont MacLennan tire la matière d’un roman porteur—comme le note Reet Sool—d’une dualité (étymologique) dans son titre même. Quant à la traduction slovaque du roman de MacLennan, lorsqu’elle paraît en 1984, il s’agit alors d’un titre choisi comme classique de la littérature moderne.

Bonheur d’occasion sera aussi traduit en roumain en 1968 et quatre ans plus tard en russe. Comme l’explique Anna Bednarczyk, la publication de cette traduction est rendue acceptable dans le contexte soviétique des années 1970 par l’accentuation de la problématique sociale de l’œuvre au détriment de sa spécificité linguistique et culturelle. Il faut dire que ce n’est pas facile de rendre « aller aux sucres » en russe. La stratégie cibliste généralement retenue par les traducteurs se manifeste en outre par la domestication des toponymes et des noms propres, y compris celui de l’auteure de Bonheur d’occasion elle-même, qui devient par exemple « Gabrielė Rua » en lituanien.

Avec quel étonnement on apprend d’autre part que les traductions de Bonheur d’occasion en suédois et en norvégien ont été faites à partir de l’anglais! Dans un texte très fouillé, Cecilia Alvstadt explique, pour la version suédoise parue en 1949, que non seulement celle-ci a été traduite à partir de la version anglaise, mais encore qu’elle a été abrégée à la demande de l’éditeur, vraisemblablement pour des raisons financières. La perception qu’a le lecteur suédois des personnages de ce roman s’en trouve modifiée. De plus, comme il n’est nulle part fait mention de la traductrice Hannah Josephson, cela donne l’impression que ce roman a été écrit en anglais par Roy. Comme le montre pour sa part Bente Christensen, la version norvégienne, qui paraît en 1950, est une autre traduction « d’occasion » faite à partir de l’anglais, sans coupures, cette fois, et qui connaîtra un succès mitigé en Norvège.

Si les stratégies traductives sont pour l’essentiel domesticantes, Madalena Gonzalez décèle quant à elle une approche d’écriture défamiliarisante dans Two Solitudes, œuvre qui emprunterait par là des traits aux littératures mineures (selon la définition qu’en donnent Deleuze et Guattari). Pour Gonzalez, cet anglais inhabituel est la marque d’un Montréal divisé, que MacLennan a voulu explorer dans son œuvre romanesque et que l’essayiste Sherry Simon s’est attachée à parcourir plusieurs décennies plus tard dans son Translating Montreal. Episodes in the Life of a Divided City.

 

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MLA: Godbout, Patricia. Échos démultipliés. canlit.ca. Canadian Literature, 8 Dec. 2011. Web. 22 May 2013.

This review originally appeared in Canadian Literature #207 (Winter 2010), Mordecai Richler. (pg. 110 - 112)

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