Book Review
écrire le quotidien
- Donald Alarie (Author)
Au café ou ailleurs. XYZ Éditeur / XYZ Publishing (purchase at Amazon.ca)
- Donald Alarie (Author)
Au jour le jour. XYZ Éditeur / XYZ Publishing (purchase at Amazon.ca)
- Pierre Gobeil (Author)
La Cloche de verre. Éditions Triptyque (purchase at Amazon.ca)
- Aurélie Resch (Author)
Obsessions. Interligne (purchase at Amazon.ca)
Reviewed by Carlo Lavoie
Écrire le quotidien peut sembler en soi un véritable défi. Comment en effet éviter de sombrer dans l’obsessif, l’indiscrétion, les jugements de valeur ou même le récit auto-fictif? Est-il possible de demeurer impassible face aux drames humains qui se jouent tous les jours et qui changent la vie des différents protagonistes? L’écriture de la nouvelle semble pouvoir se prêter au jeu comme le prouvent Aurélie Resch, Donald Alarie, et Pierre Gobeil.
Obsessions d’Aurélie Resch est un recueil contenant dix nouvelles axées sur les angoisses du quotidien. Cette finaliste du Prix des Lecteurs de Radio-Canada en 2006 convie le lecteur à assister à des jeux de manies qui influencent la vie de tous les jours, tant du point de vue de l’obsédé que de celui qui subit les conséquences de l’obsession. Alliant différents styles d’écriture, allant de la description à l’introspection, en passant par l’anecdote, l’auteure transforme ce qui semble banal dans la vie en quelque chose de vivant. Mais ce banal peut également se voir dépasser par une rupture atroce pour la personne qui la subit. Ainsi, les angoisses ressenties jour après jour par divers narrateurs prennent différents visages. Elles peuvent se manifester lors d’une fête de famille ou en vacances en France ainsi que devenir prégnantes chez une jeune fille victime de viol ou chez une personne âgée sur le point de se faire placer dans une maison de retraite. Peu importe le thème de la nouvelle, le style de l’auteure sait rendre compte du climat afin de bien faire sentir l’instant précis de la hantise dans un registre réaliste.
C’est également par ce registre réaliste que Donald Alarie tente de décrire la vie des gens ordinaires dans Au café ou ailleurs. Dans ces trente-deux courtes nouvelles, rien de théâtral, aucun artifice. L’auteur veut plutôt dresser un tableau intime de la vie des gens ordinaires en s’attardant à des détails précis. Ces détails n’ont rien de particulier mais ils expriment une certaine souffrance chez les gens qui les vivent. Que ce soit « Au café », « À la quincaillerie » ou au « Cimetière », le lecteur est invité, par la confidence, « à [s]e faire [s]a propre idée sur cette vie qu[’il a] à peine connue ».
Alarie change toutefois de ton dans le recueil Au jour le jour. Dans ces vingt-et-une nouvelles, il ne s’agit pas seulement de rendre compte de la vie des gens ordinaires, mais plutôt de révéler leur face cachée. Ainsi, un vieil homme qui se sent abandonné par son fils sera le témoin d’une tentative de meurtre d’un enfant qui jouait au cow-boy. Le vieil homme n’interviendra pas en voyant le jeune garçon pendu au balcon ni lors du sauvetage. Prétendant ne rien connaître aux jeux d’enfants, il restera paralysé devant le drame, avant de s’endormir pour ne plus se réveiller. Alors qu’un autre personnage est le témoin d’un vol à main armée perpétré par son frère cadet et qu’un autre bien respecté dans la société a, plus jeune, violé son frère, il ne s’agit pas de dénoncer ce qui pourrait être vu comme une faute impardonnable. En fait, aucune sentence, aucun jugement de valeur n’est prononcé, ni contre la victime, ni contre le bourreau. Les drames de la vie de tous les jours sont ainsi dévoilés, l’auteur laissant aux protagonistes la discrétion de leur accommodement.
Pour Pierre Gobeil, la vie se ressemble tous les jours et rien ne change: tout se passe sous une Cloche de verre, imperméable aux effets du temps. Cependant, si la répétition des gestes ou des paroles est palpable dans les quatre nouvelles qui constituent ce recueil, quelques différences viennent se faire remarquer. Les effets de la mémoire mais aussi des humeurs se laissent déceler, surtout dans « Une phrase », au départ banale, très longue, qui n’en finit plus, afin de dire ce qui ne se dit pas. En écrivant le quotidien, en le répétant, l’auteur trouve une façon de le changer. Le temps permet une meilleure emprise sur les détails sans lesquels la vie pourrait devenir un cauchemar.
Ces quatre recueils de nouvelles proposent une façon de dire l’indicible. Les narrateurs placent le lecteur, certes devant des faits accomplis puisqu’ils en parlent au passé, mais aussi devant les frontières séparant les humains. Souvent floues et vaporeuses, ces frontières, pour Alarie, paraissent autant de fantômes qu’il faut laisser faire sans intervenir. Pour Resch et Gobeil, la question est plutôt de mieux les comprendre afin de pouvoir, un jour, les transformer et ainsi changer le monde.
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MLA: Lavoie, Carlo. écrire le quotidien. canlit.ca. Canadian Literature, 8 Dec. 2011. Web. 22 May 2013.
This review originally appeared in Canadian Literature #197 (Summer 2008), Predators and Gardens. (pg. 179 - 180)
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