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Cover of issue #220

Current Issue: #220 Tracking CanLit (Spring 2014)

Canadian Literature’s Issue 220 (Spring 2014) is now available. The issue features a wide range of articles and book reviews as well as a selection of new Canadian poetry.

Fascinations américaines

Reviewed by Marilou P.-Lajoie

Les Failles de l’Amérique, imposant roman de quelque 440 pages dont le titre puise sa source à même la métaphore du tremblement de terre, expose les dérapages et les excès de nos voisins du Sud. Construit à la fois sur le mode du roman policier à enquête et du journal intime, le texte met en scène Thomas G. Cusson, aux prises avec sa thèse de doctorat en histoire de la conscience à l’université de Santa Cruz alors que sévit un tueur en série. Dès les premières pages, un puissant tremblement de terre détruit la ville. Miraculeusement, l’ordinateur de Thomas, outil de travail et confessionnal, survit au désastre. Ainsi se déploie, en alternance, la longue anachronie du récit, entrecoupée du journal intime du héros.

Écrire une thèse n’étant pas l’activité la plus aisée qui soit, Thomas répertorie méticuleusement dans son journal toutes les réflexions qui pourraient servir sa rédaction. Les histoires d’horreur qui éclaboussent les chroniques des faits divers des journaux locaux, qu’il intègre également, sont très troublantes, et témoignent de l’état profondément malade de la société américaine. Les descriptions des lieux et des personnages qui défilent dans le journal de Thomas, tenu de façon obsessionnelle, sont fort minutieuses. Le rythme de lecture n’en souffre cependant pas, car l’habileté du narrateur à semer des indices répond de l’attention du lecteur. Le héros, spectateur des meurtres en série, oscille constamment entre le désir et la peur, sans être en mesure de nommer les sentiments qui l’habitent. Résolu à dénouer l’énigme des assassinats, Thomas se détache peu à peu du milieu universitaire pour se brancher à même le mal qui ronge l’Amérique : la violence et ses ramifications, qui contaminent le héros à un point tel qu’il adopte, peut-être malgré lui, le comportement de l’agresseur.

Traquant le tueur en solitaire en jouant le rôle de la victime, Thomas a besoin, pour se sentir vivant, de frôler la mort. Le roman joue sur deux registres : désir et peur, registres qui se dédoublent sur le personnage, à la fois coupable et victime. Les mots choisis par le héros, pour remplir son journal, laisse brillamment planer le doute sur son implication dans les événements qui terrorisent la Californie. Le récit est très bien ficelé, et les indices, bien disséminés pour mettre en doute l’innocence de Thomas, et les derniers chapitres sont littéralement haletants. Le roman, grâce à l’expertise du sémioticien, fait son œuvre : Gervais a savamment assemblé les plaques tectoniques de ses personnages et événements, et en a fait un texte fort érudit.

Le lecteur exigeant garde, en refermant le livre, un étrange sentiment de malaise devant l’impossibilité d’établir la frontière entre la fiction et la réalité, entre le journal intime et le fantasme, entre le personnage qu’on croyait connaître, ce qu’il a fait et ce qu’il croit avoir fait. Le texte, souverain au milieu du doute, ne fait qu’ouvrir plus profondément la faille. Pour le plus grand plaisir du lecteur. Ou son désarroi.

Si l’Amérique exerce chez Gervais une aussi sordide fascination, ladite fascination n’est absolument pas du même ordre pour André Pronovost, qui a réuni sous un même volume les deux tomes de la saga du Bord-de-l’eau. Publié en 1997, le premier roman portant sur le microcosme du Vieux-Saint-Vincent-de-Paul, Kimberly, mère de Dieu, est un récit qui trouve sa source dans l’adoration de la Playmate de Playboy de janvier 1982. Le second roman, Que la lumière soit, et la musique fut, publié en 2004, poursuit l’histoire de quelques-uns des habitants de la bourgade située près de Laval. Grâce à Bord-de-l’eau, le lectorat francophone peut à loisir renouer avec l’humour de Pronovost. Des personnages aux noms loufoques tels Chef, Jack Cadillac, Sentier Lumineux, Boum Boum bonhomme et Innocent animent gaiement la vie du Bord-de-l’eau, véritable cité où le temps ne semble pas avoir d’emprise. Le roman, sorte de conte de fée de fin de vingtième siècle, a tout de même un air de déjà-lu. Bord-de-l’eau est composé de très courts chapitres, tous rédigés avec humour, parfois même une certaine ironie, ce qui n’est pas sans déplaire au lecteur. L’intérêt du roman tient aux dialogues, bien maîtrisés. Au Bord-de-l’eau, là où les doubles pages du Playboy deviennent des images pieuses—mais d’une façon attendrissante, tout de même—on apprécie, à mesure qu’on connaît mieux le patelin et ses habitants, les incursions de l’auteur, qui mêle le drame au banal d’une coquette façon. Cela dit, le cliché et la caricature ne sont jamais bien loin dans ce récit qu’on aurait aimé un peu plus grinçant. La ré des deux romans en un seul ne fait qu’appuyer davantage l’impression de déjà-lu.

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MLA: P.-Lajoie, Marilou. Fascinations américaines. canlit.ca. Canadian Literature, 8 Dec. 2011. Web. 23 Oct. 2014.

This review originally appeared in Canadian Literature #197 (Summer 2008), Predators and Gardens. (pg. 135 - 136)

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