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Cover of issue #218

Current Issue: #218 Of Borders and Bioregions (Autumn 2013)

Canadian Literature’s Issue 218 (Autumn 2013), Of Borders and Bioregions is now available. Guest edited by Anne Kaufman and Robert Thacker, the issue features articles by Tamas Dobozy, Laurie Ricou, Lisa Szabo-Jones, Magali Sperling Beck, and more.

Book Review

Fictions de Québecoises

  • Gabrielle Pascal (Editor)
    Le roman québécois au féminin (1980-1995). Éditions Triptyque (purchase at Amazon.ca)

Reviewed by Louise H. Forsyth

Le roman québécois au féminin (1980-1995), recueil de seize articles sur la fiction féminine ou féministe québécoise, aborde l’oeuvre d’une vingtaine d’écrivaines. Parmi ces articles il y en a qui offrent une étude réfléchie d’ouvrages innovateurs et signifiants, écrits au féminin. Plusieurs de ces ouvrages restent jusqu’ici peu étudiés. Quelques articles du recueil mettent en évidence de nouvelles thématiques et permettent d’apprécier les nouveaux départs formels chez certaines romancières québécoises.

Lucie Lequin interroge le lien entre l’exil et l’écriture dans Les feux de l’exil de Dominique Blondeau et La mémoirede l’eau de Ying Chen. Chez ces écrivaines immigrées, l’exil est multiforme. Il soulève des questions complexes de l’appartenance à un pays et de l’appropriation de soi. C’est par l’écriture qu’elles créent de nouvelles voix qui circulent dans la réalité, la mémoire, l’imaginaire, les structures et les codes. Elles posent "les mêmes questions sur l’identitaire, le mouvement, la territorialité et le hors lieu" et ouvrent par làde nouvelles voies vers l’avenir qui rejoignent celles de la majorité des écrivaines québécoises. La diversité de mémoires et d’expériences de ces romancières sert à enrichir et à élargir le territoire culturel québécois.

Patricia Smart met en application des notions théoriques sur l’identité et la généricité (gender) dans son étude du Le sexe des étoiles de Monique Proulx afin d’étudier la thématique des différences sexuelles, l’une des grandes thématiques de la période. La prise de conscience collective de l’éclatement des rôles sexuels est une nouvelle ouverture marquant le passage du singulier au pluriel dans toute notion identitaire. Ce passage a été signalé discursivement à l’époque par l’emploi de les femmes au lieu de la femme. L’étude faite par Smart du protagoniste transsexuel et de sa fille aliénée dans une société conformiste met en évidence les nouveaux rapports qu’ont les femmes et les hommes dans la grisaille de la réalité quotidienne. En insistant sur la vigueur du langage de Proulx, Smart fait apprécier la riche ambiguïté de ses visées satiriques.

Lori Saint-Martin souligne pertinemment ce qui est dans L’obéissance un renouvellement radical chez Suzanne Jacob, romancière déjàbien connue. Ce renouvellement dans la matière et dans la forme pose la question de la violence insoutenable exercée par certaines femmes envers leurs enfants, surtout envers leurs filles. Il s’agit d’une violence inhérente au rôle dévolu par la collectivité aux mères, qui doivent dompter la révolte des enfants et leur imposer de solides interdits. Les filles sont obligées non seulement de subir cette violence mais aussi de finir à leur tour par l’imposer à leurs propres filles. Saint-Martin fait une excellente étude de l’éclatement des codes et des conventions génériques opéré par Jacob dans ce roman capital. L’étude de Gabrielle Frémont portant sur deux recueils de nouvelles d’Esther Croft jette elle aussi une fraîche perspective sur la problématique des rapports entre parents et enfants, surtout entre mères etfilles.

D’autres articles dans ce recueil abordent des thématiques qui caractérisent dans les années 80 les fictions de femmes. Laura Neuville suggère que Madeleine Ouellette-Michalska et Francine Noel inventent une nouvelle façon d’écrire l’histoire basée sur la mémoire corporelle. Catherine Paul étudie chez Michèle Causse des procédés par lesquels elle "lesbianise" l’espace textuel et tisse ensemble de multiples voix. Maïr Verthuy analyse chez Régine Robin une politique autre, politique qui prend comme point de départ une commune humanité et qui "offre une voie d’avenir non seulement au Québec, au Canada, mais aussi à toute autre société en cette veille du XXI siècle". D’autres articles étudient de nouvelles problématisations et de nouvelles représentations du désir des femmes.

Malgré la qualité de certains articles, j’ai trouvé ce recueil plus que décevant. Dans sa "Présentation", Gabrielle Pascal fait espérer que ce volume va rejoindre par sa portée critique la publication des Actes du colloque international organisé à l’Université d’Ottawa en 1978 et les deux volumes de L’autre lecture préparés en 1992 et 1994 par Lori Saint-Martin. Hélas, il n’en est rien. J’avoue même que je suis restée sérieusement sur ma faim une fois ma lecture terminée. Le titre, Le roman québécois au féminin (1980-1995), laisse entendre que le volume traite de tout un corpus romanesque. Cependant, celles qui ont publié pendant cette époque des romans au féminin qui sont incontournables, sans qu’aucun doute soit possible à cet égard, n’y sont guère mentionnées. Le recueil ne répond pas à ce qui est promis par le titre. Pourquoi Pascal offre-t-elle un recueil de textes critiques portant ce titre qui inclut deux études d’un roman peu remarqué jusqu’ici, Neige de mai de Claire de Lamirande, et qui ne fait pas du tout entendre les voix créatrices et résonnantes de Louky Bersianik, Marie-Claire Biais, Nicole Brossard, Anne Dandurand, Anne Hébert, France Théoret, et Yolande Villemaire? Les romans, les fictions et les textes théoriques de ces écrivaines et d’autres encore ont profondément marqué la littérature québécoise des années 1980. Le recueil contient des articles sur Marie- Claire Biais et France Théoret qui passent complètement à côté des grands romans qu’elles ont écrits pendant la période en question. J’avoue en plus que je trouve troublant, dangereux même, l’article de Marie Desjardins sur l’"Actualité d’Anne Hébert". Desjardins explique l’oeuvre d’Anne Hébert uniquement à la lumière d’une certaine version douteuse de la biographie de l’auteure et déforme ainsi de grave façon l’oeuvre publiée par Hébert depuis 80. Je me demande aussi si les romans de Gail Scott ne méritent pas au moins une mention dans le contexte du roman québécois au féminin. La justification du choix opéré par Pascal ne saurait être une question de privilégier une nouvelle génération d’écrivaines, puisque la majorité des romancières étudiées dans le recueil ne sont plus au début de leur carrière.

Qui plus est, le recueil n’offre ni bibliographie, ni index, ni notices biographiques, ni chronologie, ni survol historique. La grande majorité des notes à la fin de chaque article ne sont que des Ibid. Dans plusieurs cas, il n’y a même pas d’informations complètes sur les ouvrages à l’étude dans l’article. Sans renvois aux articles et aux livres critiques faits au Québec et ailleurs sur les romans en question et sur l’écriture au féminin, la plupart des articles de ce recueil créent malheureusement l’impression que chaque ouvrage de fiction féminin ou féministe existe hors de tout contexte socio-historique dans une sorte de territoire culturel vide, clos et intemporel. Les auteures de ces articles n’ont-elles pas lu d’autres romans québécois au féminin? N’ont-elles pas lu des textes critiques et théoriques sur l’écriture québécoise au féminin? Il n’y que Patricia Smart qui fait dans quelques paragraphes au début de son article un bon état présent et qui injecte ainsi dans la discussion les frontières de race, classe sociale, appartenance ethnique et différences sexuelles. Ces frontières étaient déterminantes dans l’écriture au féminin pendant la période en question.

Il va sans dire qu’on ne peut pas tout faire dans un seul volume et que chaque personne qui prépare un recueil d’articles sur un corpus donné va faire ses propres choix. Je suis néanmoins d’avis que les articles réunis dans ce volume n’offrent pas pour la période choisie une vue d’ensemble adéquate du roman québécois au féminin. Pascal aurait mieux fait de choisir un titre plus modeste et approprié aux études faites. Par contre leurs intentions étaient de présenter des informations et des textes critiques sur le corpus indiqué dans le titre du recueil, elle aurait dû au moins revoir la liste des romancières dont l’oeuvre a marqué l’époque, inclure quelques-uns des instruments de travail mentionnés plus haut, et rédiger un texte introductoire où il s’agit du contexte littéraire, historique, théorique et politique du corpus en question.

La très courte "Présentation" de Pascal insiste surtout sur une thématique et ne permet absolument pas à la lectrice/au lecteur non-averti/e de situer les fictions discutées dans des champs plus larges. A certaines exceptions près déjàsignalées, le volume a une tendance à privilégier des approches critiques thématiques, sans mettre suffisamment en évidence les innovations langagières et génériques prises par ces romancières. Cette approche thématique est évidente dès la Table des matières, où j’avais du mal à m’expliquer convenablement les principes sous-tendant la mise en sections. La position centrale accordée à l’article de Gilles Marcotte reste à mon avis complètement incompréhensible.

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MLA: Forsyth, Louise H. Fictions de Québecoises. canlit.ca. Canadian Literature, 8 Dec. 2011. Web. 21 Apr. 2014.

This review originally appeared in Canadian Literature #157 (Summer 1998), (Thomas Raddall, Alice Munro & Aritha van Herk). (pg. 163 - 165)

***Please note that the articles and reviews from the Canadian Literature website (www.canlit.ca) may not be the final versions as they are printed in the journal, as additional editing sometimes takes place between the two versions. If you are quoting from the website, please indicate the date accessed when citing the web version of reviews and articles.

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