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Cover of issue #215

Current Issue: #215 Indigenous Focus (Winter 2012)

Canadian Literature's Issue 215 (Winter 2012) is now available. The issue features articles by Renate Eigenbrod, K. J. Verwaayen, Paul Murphy, Sylvie Vranckx, Mareike Neuhaus, Angela Van Essen, and Anouk Lang, and new Canadian poetry & book reviews.

Book Review

Hors-solitudes

  • Claude Lalumière (Editor)
    In Other Words: New English Writing from Quebec. Véhicule Press (purchase at Amazon.ca)
  • Catherine Khordoc (Editor) and Marie Carrière (Editor)
    Migrance comparée / Comparing Migrations: Les littératures du Canada et du Québec / The Literatures of Canada and Québec. Peter Lang Publishing Group (purchase at Amazon.ca)

Reviewed by Pénélope Cormier and Pénélope Cormier

On oublie parfois que c'est la littérature qui a fourni au Canada l'expression « deux solitudes », reprise du titre d'un roman de Hugh MacLennan de 1945 (et traduit en français en 1963). Depuis, on l'utilise souvent à toutes les sauces pour décrire l'état des relations entre les francophones et les anglophones, ou encore rendre compte de la structure historique du pays, né en 1867 d'un pacte entre les deux « nations » fondatrices d'un pays, mais aussi sa déclinaison contemporaine dans le bilinguisme officiel, dont l'effet est de permettre, voire d'encourager, l'existence parallèle de deux communautés linguistiques unilingues.

Le schéma est simplificateur et on ne compte plus ses critiques, mais on pourrait dire qu'en littérature il maintient encore une certaine pertinence, peut-être en raison de la barrière de la langue. Si on constate peu de rapports entre les deux principales traditions littéraires au Canada, il existe cependant un certain nombre d'expériences d'écriture « hors-solitudes », c'est-à-dire évoluant à la marge, dans l'interstice, occupant des zones d'ombre, ou constituant des points de contacts, pour ne pas dire des points aveugles, entre les littératures québécoise et canadienne-anglaise.

La littérature anglo-québécoise en est un excellent exemple. Si son intégration au corpus québécois est de plus en plus débattue, l'institution anglo-canadienne y semble à peu près indifférente. Pourtant, l'enjeu essentiel de l'ensemble littéraire anglo-québécois demeure sans conteste son exploitation d'une véritable spécificité par rapport à la littérature canadienne‑anglaise. Nécessite-t-elle une double compétence lectoriale, du fait d'être écrite en anglais mais à partir du territoire québécois? C'est ce que semble réclamer In Other Words. New English Writing from Quebec. Il s'agit d'un recueil de nouvelles réunissant les meilleurs textes proposés à la CBC-Quebec Writers Federation Literary Competition. Ce prix annuel donne lieu à une publication aux trois ans. En l'occurrence, In Other Words (2008) rassemble les textes gagnants et mentions honorables de 2005 à 2007, faisant suite à Telling Stories: New English Fiction from Quebec (2002) et Short Stuff: New English Stories from Quebec (2005).

Patricia Pleszczynska, directrice régionale de CBC Québec, relève dans sa préface le caractère ultimement performatif des recueils : "Three full volumes that constitute in and of themselves the narrative of emerging Québec prose writing of the last decade." En effet, l'ouvrage démontre surtout que la littérature anglo-québécoise existe bel et bien, appuyée par des organisations, célébrée par des prix et incarnée par des textes et des auteurs distincts. En conjuguant les trois invariants des titres - "stories", "English" et "Quebec" - on affirme que le Québec anglophone a des histoires à raconter. Mais le recueil est constitué de textes somme toute plutôt banals, la plupart certes assez habilement ficelés, mais qui n'exigent pas de réelle double compétence lectoriale. Autrement dit, In Other Words constitue une preuve institutionnelle d'existence de la littérature anglo-québécoise, mais la définition de cette dernière en double marge des littératures du Canada ne semble pas être commandée par les textes mêmes. Heureusement, d'autres manifestations de la littérature anglo-québécoise rendent cette classification réellement pertinente.

Pour sa part, le recueil bilingue d'articles savants Migrance comparée / Comparing Migration se réclame du projet original de comparer, non pas les littératures du Québec et du Canada anglais, mais la place respective que ces « deux solitudes » font aux œuvres dites "migrantes". L'écriture migrante est une catégorie dûment acceptée des milieux littéraires tant québécois que canadiens-anglais, mais dont la légitimité est toujours problématique.

En témoigne le travail sur la terminologie théorique fait tout au long de l'ouvrage. Dans leur introduction, les directrices de publication (Marie Carrière et Catherine Khordoc) font une brève présentation de l'utilisation des divers concepts dans les deux traditions littéraires. Fort intéressant par ailleurs, cet exposé aurait sans doute mérité un plus long développement, rendant compte du travail labyrinthique sur les notions théoriques par les chercheurs universitaires. À leur suite, presque tous les articles vont reprendre et remettre en question d'une manière ou d'une autre les divers moyens d'aborder l'écriture migrante. Cosmopolitisme, transculturalité, altérité, universalité, exotisme, multiculturalisme et transpoétique (Hédi Bouraoui) sont autant de termes et de concepts disséqués et décomposés en cours d'ouvrage, sans évidemment qu'on l'on établisse de consensus; ici comme ailleurs, la recherche demeurera toujours préférable à la solution.

L'intérêt principal de Migrance comparée / Comparing Migration est cependant d'étendre l'horizon de la migrance littéraire pour inclure certaines autres zones d'ombres des littératures « nationales » du Canada. C'est ainsi qu'à côté d'articles sur des écrivains immigrés au sens strict du terme, on s'intéresse également à des écrivains sino-canadiens nés et/ou éduqués au Canada (comme Wayson Choy), on développe une perspective féminine sur ces questions de déplacement et d'étrangeté (avec des écrivaines comme Dionne Brand ou Marie-Célie Agnant) et on examine des phénomène migratoires non spécifiquement culturels, comme la tension entre urbanité et ruralité. L'originalité majeure de l'ouvrage demeure toutefois d'inclure dans cette réalité migrante les œuvres écrites par des auteurs amérindiens. Le paradoxe a de quoi frapper les esprits, puisque les Amérindiens - cette "troisième" solitude - sont le groupe culturel pouvant le mieux réclamer une réelle appartenance au territoire canadien. Dans leur perspective, la migrance devient alors celle des autres (dont on est d'abord le témoin puis la victime), ou encore celle imposée par les autres qui déplacent et restructurent les populations amérindiennes.

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MLA: Carrière, Marie, Cormier, Pénélope, Cormier, Pénélope, Khordoc, Catherine, and Lalumière, Claude. Hors-solitudes. canlit.ca. Canadian Literature, 8 Dec. 2011. Web. 18 June 2013.

This review originally appeared in Canadian Literature #201 (Summer 2009), Disappearance and Mobility. (pg. 171 - 173)

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