Book Review
Il y aura une fois
- Claude Beausoleil (Editor)
Héritages du surréalisme. Éditions du Noroît (purchase at Amazon.ca)
Reviewed by Swann Paradis
Regroupant les actes d’un colloque organisé par la Maison de la poésie en mai 2009 à l’occasion du 10e anniversaire du Marché de la poésie de Montréal, ce collectif propose, outre une «Â Présentation » minimaliste d’Isabelle Courteau, la contribution inégale de dix collaborateurs.
Rodney Saint-Éloi expose tout d’abord comment, aux lendemains de la première occupation américaine (1915-1934), une conférence donnée par André Breton à Port-au-Prince le 20 décembre 1945 fut «Â l’étincelle qui allum[a] les flammes de l’insoumission », le pape du surréalisme ayant alors affirmé devant les autorités haïtiennes que l’insurrection était «Â la légitime violence que tout peuple asservi a le droit d’exercer quand on lui a enlevé les formes légales de sa patience ». Pas étonnant, dès lors, que le surréalisme—qui aurait selon Saint-Éloi provoqué la chute du gouvernement corrompu d’Élie Lescot—ait été depuis perçu, dans la Perle des Antilles, comme «Â l’arme miraculeuse du pauvre ». On notera ensuite la (trop) longue contribution de Pierre-Yves Soucy (quelque 25 % du collectif), qui retrace avec moult détails le parcours de François Jacqmin (et par le fait même d’une portion de l’histoire du surréalisme belge), tout en assénant au lecteur une analyse assez aride qui insiste sur les «Â résonances » plutôt que sur les «Â héritages » du surréalisme chez cet acteur de la «Â Belgique sauvage ». Beaucoup plus stimulante et agréable à lire, la contribution de Françoise Lalande retrace le parcours d’un acteur important du surréalisme belge, Christian Dotremont, principal animateur du mouvement artistique Cobra. Bien que cette présentation soit aussi axée sur l’anecdotique, la richesse des informations fournies en fait une source inestimable sur la vie de cet acteur fascinant à «Â double visage, surréaliste et catholique, révolutionnaire et conservateur », dont l’histoire aura retenu surtout les spectaculaires «Â logogrammes » parfois réalisés dans la neige, voire dans la glace.
En ce qui a trait aux textes plus analytiques—alors que la communauté des chercheurs vient tout juste de dire adieu à l’auteur du Surréalisme dans la littérature québécoise, André-G. Bourassa, décédé en février 2011—, Karim Larose avance que «Â l’héritage incertain du surréalisme au Québec » est dû principalement au «Â contretemps » qui sépare l’effervescence du mouvement français et l’épanouissement du groupe automatiste; Larose souligne, à juste titre, l’écart manifeste existant entre la surréalité et la surrationnalité (notamment celle qui sous-tend l’automatisme littéraire défendu par Claude Gauvreau). Même constat de la part de Gilles Lapointe qui note que, s’il est aberrant d’envisager un «Â mouvement surréaliste québécois », il ne faut jamais perdre de vue que l’empreinte du surréalisme français au Québec fut principalement laissée dans les arts visuels et non dans la matière poétique, même si Fernand Leduc, puis Borduas (dans le texte «Â Le surréalisme et nous ») ont toujours refusé de se laisser annexer par le groupe d’André Breton, insistant sur le fait que les automatistes étaient «Â les fils illégitimes » voire «Â imprévisibles, presque inconnus du surréalisme ». Nous avons été toutefois beaucoup moins convaincu par l’effort de Peter Dubé, qui tente de rapprocher idéologiquement et esthétiquement le surréalisme avec le mouvement de libération gai et lesbien . . . Autrement plus savoureuse fut la lecture du dernier texte de ce recueil dans lequel Philippe Haeck commente avec une verve que n’aurait pas reniée le Robert Desnos de RRose Sélavy, une vingtaine de citations de Gilles Hénault, dont la philosophique : «Â Quand la poule pond un Å“uf, fait-elle un geste surréaliste ? » De son côté, Francis Combes propose, avec intelligence et finesse, que «Â le surréalisme est aujourd’hui le ˜˜cadavre dans le placard’’ de la poésie française ». Selon Combes, bien peu de poètes actuels peuvent avancer, sans rire, croire toujours à l’impératif rimbaldien, et affirmer que la poésie a le pouvoir de révolutionner l’existence individuelle, avant d’être une simple discipline artistique. Qui plus est—et contrairement à leurs cousins québécois—, les jeunes poètes français qui s’adonnent au rap ou au slam pratiqueraient très peu l’image (la métaphore), faisant de la rime et des rythmes réguliers un critère de qualité poétique; en d’autres termes, ils auraient troqué le «Â Je est un autre » pour le remplacer par l’idée que «Â Je est tous les autres », délaissant du même souffle le «Â changer la vie », pour se concentrer plutôt sur le «Â transformer le monde ».
Malgré les nombreuses données factuelles qui sauront plaire aux spécialistes, nous n’irions pas jusqu’àprétendre, à l’instar de la directrice de la Maison de la poésie, que ces «Â héritages » ont «Â provoqué et nourri un nouveau point de vue pour comprendre la création contemporaine ». Peut-être un peu à cause de l’«Â Intervention » de Maxime Catellier—exercice malheureux consistant à jouer ridiculement au surréaliste en mordant la main qui le nourrit—, nous avons fermé ce collectif avec un léger malaise repoussant à un peu plus tard notre désir d’être follement aimé. Il y aura une fois . . .
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MLA: Paradis, Swann. Il y aura une fois. canlit.ca. Canadian Literature, 8 Dec. 2011. Web. 24 May 2013.
This review originally appeared in Canadian Literature #212 (Spring 2012), General Issue. (pg. 125 - 126)
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