Book Review
Images vives de la mort
- Nancy Vickers (Author)
Aeterna: Le jardin des immortelles. Éditions du Noroît (purchase at Amazon.ca)
- Diane-Ischa Ross (Author)
noir blanc nabis. Éditions Triptyque (purchase at Amazon.ca)
Reviewed by Ghislaine Boulanger
Malgré des itinéraires distincts, les livres de Diane- Ischa Ross et de Nancy Vickers nous convient tous deux à une incursion poétique du côté des arts visuels.
Avec noir blanc nabis, Diane- Ischa Ross aborde la maladie, la mémoire, et la mort sous les signes du nabisme, un mouvement artistique de la fin du dix-neuvième siècle qui aspirait à renouveler la peinture comme l’auraient fait des prophètes. À l’instar des peintres nabis, la poète explore des procédés variés, tels que l’aquatinte et le dessin, même lorsqu’il faut « parler à côté de l’estampe / pâlir sur image / nous effacer vers le deuil ». Se succèdent ainsi des tableaux animés par une oscillation prévisible entre le clair et l’obscur, ou, encore, par des couleurs symboliques, voire personnifiées, comme en témoigne ce passage dépeignant un refus des dernières phases de la vie :
L’indigo ne veut pas mourir
dans la chambre blanc chaux vive et fraîche
le vert moqueur de l’arrosoir
le citron-gris en jarre en peluche de fruit
ne veut pas mourir
ni la vieille dame
peut-être un reflet dans un ancien miroir
nul ne veut mourir
plutôt dormir dans l’autre lit des choses
Inspirés par Paul Gauguin, les Nabis privilégiaient également « la couleur profonde sur le corps », « la lumière architecte ». Ces affinités tacites ne sont toutefois pas les seules à sous-tendre la poésie de Ross, car cette dernière imagine aussi « [qu’]on écrirait du Rembrandt près de la fenêtre blonde ». Son écriture, tantôt imprégnée d’assonances et d’allitérations, tantôt rythmée par des anaphores et des accumulations, possède, de surcroît, la musicalité d’un « monde rêvé », où les images s’apprécient « à haute et intelligible voix ».
Nancy Vickers a pour sa part photographié une centaine de statues funèbres afin de concevoir sa propre nécropole. Bien qu’Aeterna ait « voulu rendre hommage aux sculpteurs » canadiens, à « notre patrimoine funéraire pratiquement inconnu », ces créateurs demeurent anonymes dans la table des illustrations qui n’en nomme aucun. Nulle mention, par exemple, des artistes Alfred Laliberté et Marc-Aurèle de Foy Suzor-Côté, qui honorèrent l’oeuvre politique de Wilfrid Laurier avec un mausolée constitué de « neuf muses aux lèvres closes », et dont le nombre correspondait aux emblèmes provinciaux ornant « le sarcophage du géant ». Puisque Vickers dissocie les sculptures des véritables « dormeurs éternels qui gisent sous les monuments », elle consacre dix chapitres à des figures pour la plupart mythiques ou symboliques, telles « Les Divines », « Les Pleureuses », et « Les Intemporelles », qui « raconteraient leur histoire, ou exprimeraient une réflexion sur la mort, le deuil ou l’après-vie ». Afin de justifier des thèmes et un style plus anciens, l’auteure précise que ses personnages « parlent d’une voix d’autrefois, car [ils] datent presque [tous] d’une époque révolue ». Rehaussées par de magnifiques photos, ces voix lyriques sauront certes émouvoir un public diversifié, comme les lectrices qui m’ont avoué avoir versé des larmes en découvrant ce recueil. Néanmoins, le recours perceptible et récurrent à un schéma journalistique (qui? quand? où? etc.), de même que la répétition constante de certaines structures syntaxiques et stylistiques, comme d’innombrables vers débutant par la préposition « dans », affaiblissent l’originalité de l’album.
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MLA: Boulanger, Ghislaine. Images vives de la mort. canlit.ca. Canadian Literature, 8 Dec. 2011. Web. 24 May 2013.
This review originally appeared in Canadian Literature #208 (Spring 2011), Prison Writing. (pg. 189 - 190)
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