Book Review
La tuberculose dévoilée
- Louise Côté (Author)
En garde! Les Représentations de la tuberculose au Québec dans la première moitié du XXe. siècle. Presses de l'Université Laval (purchase at Amazon.ca)
Reviewed by Susan Kevra
Dans En garde! Les Répresentations de la tuberculose au Québec dans la première moitié du XXe. siècle, Louise Côté nous offre une étude fascinante d’une maladie mortelle à l’époque en question. L’auteur puise ses données dans de nombreuses sources: les archives institutionnelles et gouvernementales, les revues médicales, mais aussi des sources populaires: telles que romans, contes, journaux de sanatorium, publicités, correspondance et entretiens. Bien qu’elle fournisse peu de tableaux ou de chiffres, cette lacune est bien compréhensible. En effet, c’est le genre de données qu’elle remettra en question en soulignant la peur et la honte engendrées par cette maladie qui poussait les familles à cacher le type de mort, ce qui faussait les statistiques. Ni ouvrage historique sur la médecine, ni histoire sociale, c’est plutôt un ouvrage ethno-anthropologique qui retrace les changements dans la notion de la maladie et dans les attitudes envers les gens atteints.
L’originalité de son argument réside dans sa capacité à faire entendre différentes voix: celles du malade, de la femme désespérée priant pour le retour de son mari, du médecin démuni de remèdes, des personnages des romans, des promesses extraordinaires sur un bocal d’huile de foie de morue. Elle nous guide dans les sanatoriums québécois, faisant revivre les beaux “appartements communs confortablement aménagés”du sanatorium du Lac-Edouard. . . . “dégagea[nt] une impression de chaleur et de confort.” Elle nous promène également dans l’immense l’Hôpital Laval, avec près de 500 lits, lieu moderne, stérile et efficace, afin de soigner un public plus nombreux mais bien moins fortuné que celui de Lac-Edouard.
Comme le titre le suggère, les images militaires forment l’architecture du livre qui est divisé en trois parties, intitulées “Déclarer la guerre,” “Stratégies de combat” et “L’armée des tuberculeux.” Dans la première partie, Côté trace l’évolution de la compréhension de la maladie et montre comment la perception du malade a changé selon les croyances médicales du moment. La deuxième section, “Stratégies de combat,” contient la description de remèdes étranges – consommation du sang de boeuf, du lait de femme, etc., tentatives visiblement nées du désespoir. L’impuissance de la communauté médicale a aussi contribué aux pratiques douteuses comme la stabulation (l’installation du patient la nuit à l’étable, enveloppé de la couverture d’une jument et couché sur un lit de paille pour pouvoir respirer l’air mêlé de l’odeur du lait de l’animal, censé posséder un pouvoir guérissant) et aux interventions douloureuses et dangereuses telles que la collapsothérapie (dans cette intervention, il s’agissait d’affaisser le poumon dans l’espoir de permettre au poumon percé de mieux guérir). Sans les antibiotiques, qui ne seront découverts que dans les années 50, les médecins, munis d’armes insuffisantes, constituaient une armée bloquée.
L’autre armée symbolique à laquelle Côté fait référence, surtout dans la troisième section du livre, c’est la multitude de malades. Retirés de leur communauté, ils se retrouvent engagés dans une bataille pour la vie en solidarité avec d’autres qui partagent dans la même peur. Un ex-patient du sanatorium du Lac-Edouard a expliqué: “Nous étions comme à l’armée. Nos uniformes, c’était nos robes de chambres.” Au coeur d’un ouvrage plein d’histoires navrantes, Côté dévoile l’image stéréotypée du sanatorium vu comme une prison, pour révéler un endroit plein d’humanité, d’humour et de tendresse. La seule faiblesse de cette section – voire, du livre entier – est une tendance à remanier certains sujets déjà abordés.
Avec le recul, il est tentant de croire que nous sommes bien meilleurs que nos ancêtres avec leurs cures et leurs interventions cauchemaresques. À l’heure actuelle, on peut se sentir à l’abri des forces ravageuses de la tuberculose, mais les antibiotiques autrefois considérés comme invincibles ne sont plus une garantie contre la tuberculose. L’ouvrage de Côté porte toutefois un message plus large. Comme nos ancêtres, nous ne sommes pas non plus immunisés contre les dangers dus à l’ignorance ou aux désinformations diffusées par ceux qui prétendent nous protéger, tout en stigmatisant ceux qui ont le plus besoin d’aide.
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MLA: Kevra, Susan. La tuberculose dévoilée. canlit.ca. Canadian Literature, 8 Dec. 2011. Web. 18 June 2013.
This review originally appeared in Canadian Literature #185 (Summer 2005), (Stratton, Compton, Morra, Wylie, Gordon). (pg. 142 - 143)
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