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Cover of issue #215

Current Issue: #215 Indigenous Focus (Winter 2012)

Canadian Literature's Issue 215 (Winter 2012) is now available. The issue features articles by Renate Eigenbrod, K. J. Verwaayen, Paul Murphy, Sylvie Vranckx, Mareike Neuhaus, Angela Van Essen, and Anouk Lang, and new Canadian poetry & book reviews.

Book Review

Lectures sur mesure

  • Margeurite Primeau (Author)
    Dans le muskeg. Plaines (purchase at Amazon.ca)
  • Sophie Lepage (Author)
    Lèche-vitrine. Éditions Triptyque (purchase at Amazon.ca)

Reviewed by Christine Poirier

Des champs de blé, un petit village canadien-français isolé du Nord albertain, bastion francophone dans l’Ouest du pays, un jeune instituteur de bonne volonté qui s’y installe… Un parallèle s’impose au lecteur de Dans le muskeg, premier roman de Marguerite Primeau, paru en 1960 et réédité en 2005 aux Éditions des Plaines, avec La petite poule d’eau de Gabrielle Roy, publié en 1950. Les deux romans racontent les nombreuses difficultés engendrées par le double isolement, géographique et linguistique, des communautés francophones de l’Ouest, ainsi que l’espoir et le rêve un peu illusoire de constituer une société autonome. La comparaison des deux romans ne se fait toutefois pas à l’avantage du premier, dont l’intrigue, une histoire d’amour impossible entre l’instituteur et une métis, finit par se perdre au milieu de tous les problèmes sociaux qu’il dénonce : la prostitution des métis, le racisme, le manque d’éducation, les conflits entre les protestants et les catholiques, entre les « Anglais » et les « Français », etc. La psychologie des nombreux personnages est à peine développée, et la langue qui les décrit, peu soignée, ne pourrait être plus éloignée du style, du pouvoir d’évocation, de la faculté d’émouvoir propos à Gabrielle Roy. Dans le muskeg, ce premier roman de Marguerite Primeau, aujourd’hui professeur émérite au Département des langues romanes de l’Université de Colombie-Britannique, bénéficie d’une préface plutôt flatteuse de Pamela Sing, qui reconnaît en lui le précurseur d’une littérature francophone minoritaire de l’Ouest du pays. Sans aspérités et relativement prévisible, il semble se destiner à être lu par des élèves en apprentissage du français dont les parents ou les professeurs seraient un peu frileux.

Le roman Lèche-vitrine de Sophie Lepage, également un premier-né, est d’un tout autre genre. Profondément urbain et ancré dans l’actualité, il se lit d’une traite et ne démord pas de sa ligne directrice. Dans la jeune trentaine, Marie, recherchiste pour des magazines féminins, souhaite trouver l’amour idéal à partir de critères très précis. Son alter ego, Philippe, exprime ainsi la morale et le moteur de l’histoire: « J’aime bien le fait de désirer les choses, on les apprécie plus quand on les obtient enfin ». Cousue de fil blanc, la métaphore de la consommation amoureuse qui oriente le roman est martelée d’un bout à l’autre, jusqu’à presque en devenir une thèse ; fortement écolo, le roman prône la consommation « responsable », tant en amour que dans la vie quotidienne. Composé d’un chassé-croisé amoureux, Lèche-vitrine ne va pas sans évoquer la série télévisée La vie, la vie, écrite par Stéphane Bourguignon pour Radio-Canada au début des années 2000 : quarante-six chapitres de deux ou trois pages, comme autant de scènes, nous présentent l’histoire en alternant les points de vue de Philippe et de Marie, les deux héros qui se croisent sans se voir. Les autres personnages sont des stéréotypes ambulants, du gai flamboyant à la jeune femme hyper-matérialiste et superficielle, au milieu desquels le personnage principal ne se reconnaît pas. Avec ses chapitres très courts et son écriture visuelle, le roman semble conçu pour la lectrice moyenne, qui souhaite se retrouver dans ce qu’elle lit, porter un regard moqueur sur elle-même tout en se donnant l’impression de réfléchir sur la condition du monde. Au-delà du concept fort « vendeur » du roman qui se consomme rapidement, la simplicité désarmante des phrases et leur maladresse pourraient ennuyer certains amateurs de « classiques » français. Lèche-vitrine aurait pu cibler un public adolescent en mal d’amour, mais il pourra aussi très bien convenir au lectorat des magazines féminins auxquels Sophie Lepage contribue. Il se lit rapidement, facilement, sans arrière-pensée, sinon avec l’impression lancinante de lire une nouvelle version « québécoise », heureusement intellectualisée, des célèbres romans Harlequin.



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MLA: Poirier, Christine. Lectures sur mesure. canlit.ca. Canadian Literature, 8 Dec. 2011. Web. 20 June 2013.

This review originally appeared in Canadian Literature #191 (Winter 2006). (pg. 126 - 127)

***Please note that the articles and reviews from the Canadian Literature website (www.canlit.ca) may not be the final versions as they are printed in the journal, as additional editing sometimes takes place between the two versions. If you are quoting from the website, please indicate the date accessed when citing the web version of reviews and articles.

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