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Cover of issue #214

Current Issue: #214 (Autumn 2012)

Canadian Literature's Issue 214 (Autumn 2012) is now available. The issue features articles by Germaine Warkentin, Susan Gingell, Deanna Reder, Allison Hargreaves, Daniel Heath Justice, Kristina Fagan Bidwell, Jo-Ann Episkenew, Andrea King, Joanne Leow, and Ana María Fraile, and new Canadian poetry & book reviews.

Book Review

L'épopée intime

  • Joël Des Rosiers (Author)
    Caïques. Éditions Triptyque (purchase at Amazon.ca)
  • Joël Des Rosiers (Author) and Patricia Léry (Author)
    Un autre soleil. Éditions Triptyque (purchase at Amazon.ca)

Reviewed by Vincent Charles Lambert

Si le plus grand poète est aussi, selon Joseph Brodsky, le plus endetté d’entre nous, immense est l’œuvre de Joël Des Rosiers, hanté par les fantômes de la Caraïbe (il est né à Cayes en Haïti) au point que l’écriture est chez lui une façon d’acquitter un devoir de mémoire, la mémoire d’une blessure qui menace toujours de se rouvrir dans le présent. Dans Un autre soleil, une nouvelle d’une soixantaine de pages écrite en collaboration avec Patricia Léry, un chauffeur de taxi joue malgré lui ce rôle de dépositaire que Des Rosiers semble concevoir comme la fonction de l’écrivain, avec toute l’indignité qui risque alors de vous envahir : « C’était chaque fois comme ça. Des lieux, des fragments d’histoire, des mémoires malingres, des bouts de tragédie sous la pluie qu’on laissait comme des objets perdus, sans propriétaire, à l’abandon sur le siège arrière du taxi et c’était à moi de me débrouiller avec . . . d’encaisser . . . de nouer les traces dans une interminable circulation de territoires, de regrets, de solitudes, de vertiges. » C’est presque un art poétique, du moins à la lecture des plus récents poèmes de Des Rosiers, Caïques, un mot emprunté au turc désignant une petite embarcation légère à voiles ou à rames et, aussi, un archipel désertique au nord de la Caraïbe. Prenons un poème qui n’est pas sans rappeler une scène cruciale d’Un autre soleil, ce moment où l’homme s’éveille (après avoir fait l’amour) dans un appartement qui n’est pas le sien et tombe, par hasard, sur plusieurs photographies de son amante accompagnée d’un dictateur faisant « déborder en moi la couleur du sang puisque le sang de ma famille avait coulé sous leur régime » :

ma fille ma pieuse a tiré
de tes mains d’homme
une photographie d’une lumière inconnue
comme si la détresse de la terre
se tenait dans tes mains
vous maîtres anciens
qui détruisez sans haine ni colère
l’ombre qui remonte de la peau noire
un instant sanctifie vos regards


Un poème étonnamment limpide dans un ensemble évoquant davantage un fouillis, où chaque poème peut être envisagé comme la croisée, le nœud de ces territoires, de ces regrets, de ces visages qui ne font que passer sur le siège arrière du taxi, en laissant derrière eux la trace des tragédies anciennes. Ces « maîtres anciens » que l’instant « sanctifie », le poème en est traversé et c’est lui, bien entendu, le grand sanctificateur, le grand dépositaire de la mémoire commune.

C’est pourquoi les poèmes de Caïques ont souvent la saveur de l’épique. Plusieurs sont des poèmes de guerre rappelant les grandes figures de la révolution haïtienne, notamment Nicolat Mallet, André Rigaud, et Jean Kina :

le sang blanc gicla sur la terre
sur nous les descendants apeurés
ton nom proféré par notre mémoire irréconciliée


Mais c’est une épopée qui sourd des replis les plus obscurs de l’intimité, dont les épisodes et les figures se fondent dans un flux mémoriel qui est aussi celui du sang dans les veines. Les poèmes de Des Rosiers sont issus « de la profondeur du pouls / du chant caverneux de la vie ». Ils sont les messagers maladroits, balafrés, informes, de visages et d’histoires qui ne font que passer . . .

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MLA: Lambert, Vincent Charles. L'épopée intime. canlit.ca. Canadian Literature, 8 Dec. 2011. Web. 21 May 2013.

This review originally appeared in Canadian Literature #197 (Summer 2008), Predators and Gardens. (pg. 131 - 131)

***Please note that the articles and reviews from the Canadian Literature website (www.canlit.ca) may not be the final versions as they are printed in the journal, as additional editing sometimes takes place between the two versions. If you are quoting from the website, please indicate the date accessed when citing the web version of reviews and articles.

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