Book Review
Les éclats de la lumière
- Sylvie Maria Filion (Author)
Mon temps d'éternité. Prise de Parole (purchase at Amazon.ca)
- Michèle Blanchet (Author)
Sous la lampe-tempête. Éditions David (purchase at Amazon.ca)
Reviewed by Laurent Poliquin
En ces temps où les discours économiques dédaignent certains mots oiseux qui ne lui sont d’aucune utilité, tels qu’âme, Dieu et lumière, le courage de certains poètes apparaît avec une force impétueuse, surtout quand on connaît le travail de déconstruction de Derrida et consorts, il y a plus de quarante ans, autour de notions métaphysiques du même acabit. Dans Mon temps d’éternité de Sylvie Maria Filion, qui a valu à l’auteur le prix littéraire du journal Le Droit en 2008, la poésie s’autorise un souffle tout en réflexion et en connivence audacieuse avec Dieu, mais sans la bondieuserie. Le texte rythme ses délires et ses angoisses sans chercher à faire beau. Si le poème plaît, il n’en tient pas à la qualité de son expression, mais à la démarche de la poétesse qui ne craint pas l’affluence du mot pour questionner les mouvements de sa conscience instable. Une attitude qui transparaît à la lecture du recueil et dont la voix authentique et la pratique poétique incarnée ne peuvent qu’être soulignées. Quant à l’auteur, elle est franco-ontarienne et a signé plusieurs recueils de poésie, dont la suite, Mon temps d’éternité II, publiée chez le même éditeur en 2010, a été saluée par une mention du jury du Grand Prix Quebecor du Festival international de poésie de Trois-Rivières.
L’audace de Sous la lampe-tempête de Michèle Blanchet est tout aussi porteuse, même si le chemin emprunté est plus classique et que l’auteur modère les expérimentations langagières qui ne serviraient pas le propos. Le titre rappelle ces lampes à pétrole d’une autre époque, mais qui font toujours la joie du campeur. Il exprime avec justesse le rôle complexe du poète, capteur de lumière, de gestes menus, de paroles inespérées dans le vacillement de la vie que souligne la métaphore de la flamme. Le poème de Blanchet s’inscrit dans une tradition poétique qui accorde à la parole le pouvoir de suppléer à l’éphémère, ce à quoi des écrivains discrets comme Jean Grosjean, Lydie Dattas et Jacques Gauthier nous ont habitués. Ainsi : « ne faut-il pas / longuement nommer / ce qui ne sera jamais plus / afin que cela soit / encore un peu / encore un peu » (23).
En somme, dans ces recueils qui cherchent à leur façon à cristalliser l’éternité, bien que les souffles qui les animent diffèrent, nous retrouvons des écrivains qui veillent et font du mot et du poème un moyen de comprendre l’affluence des émotions, voire des perversions, pour donner à la littérature autre chose qu’un regard tourné vers elle-même.
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MLA: Poliquin, Laurent. Les éclats de la lumière. canlit.ca. Canadian Literature, 29 June 2012. Web. 25 May 2013.
This review originally appeared in Canadian Literature #212 (Spring 2012), General Issue. (pg. 152 - 152)
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