Half a logo
Cover of issue #214

Current Issue: #214 (Autumn 2012)

Canadian Literature's Issue 214 (Autumn 2012) is now available. The issue features articles by Germaine Warkentin, Susan Gingell, Deanna Reder, Allison Hargreaves, Daniel Heath Justice, Kristina Fagan Bidwell, Jo-Ann Episkenew, Andrea King, Joanne Leow, and Ana María Fraile, and new Canadian poetry & book reviews.

Book Review

Les galaxies reculent

  • Marc Vaillancourt (Author)
    Lignes de force. Éditions Triptyque (purchase at Amazon.ca)
  • Giller Cyr (Author)
    Pourquoi ça gondole. Éditions de l'Hexagone (purchase at Amazon.ca)

Reviewed by Vincent Desroches

Ce dernier livre de Gilles Cyr (qui a reçu le prix de poésie du Gouverneur général en 1992) est son cinquième titre publié à l’Hexagone, sans compter les éditions d’art de portée plus restreinte. L’illustration de couverture, très à propos, (mais de qui est-elle?) montre un détail hyperréaliste de l’écorce d’un arbre, avec ses ravines et ses irrégularités. Le livre se compose de quatre sections, dont deux ont été publiées séparément (Le fil, Roselin, 1996, et Ricochets, Yolande Racine, 1993). Le style, qui rappelle irrésistiblement le Guillevic d’Euclidiennes et d’Inclus, consiste en une série de distiques elliptiques, à raison de six ou sept par pages, ponctués ici ou là par d’occasionnels points d’interrogation ou d’exclamation. Le poète prend un rôle d’observateur et interroge la distance et la durée des phénomènes cosmiques ou naturels qui s’offrent à lui. Ces observations se développent en une conversation avec un (une?) complice dont la silhouette est masquée par un savant cadrage de l’interlocution : « puis-je t’offrir cette bouteille? / si tu préfères ne réponds pas ». Cyr utilise aussi de façon répétée un contraste d’échelle qui produit un anthropomorphisme en clin d’œil : « Des / galaxies reculent / c’est / la bonne décision ». En jouant ainsi sur un double clavier, cosmique et intimiste, le poète semble questionner le déterminisme (ou le chaos) régnant sur les lois naturelles et sur nos vies. Cela aussi rappelle Guillevic, mais Cyr pousse plus loin l’air de ne pas y toucher et réussit des prouesses d’escamotage.

Gilles Cyr fait partie lui aussi de ce puissant courant intimiste de la poésie québécoise récente mais avec une certaine froideur qui évacue le corps et la primauté du désir. Cette poésie est plutôt hantée par un effort de lucidité qui débouche quelquefois abruptement sur le collectif : « un type est là / je le renseigne / il ne part plus / bientôt il y a foule / et on s’arrache / les analyses ». Il y a là certainement les traces d’une angoisse qui se manifeste au sein d’une sérénité apparente : « où enfin se tourner / où dire qu’on habite? ». Cette angoisse du lieu et d’un manque de contrôle sur les événements me semble bien québécoise, comme cet élan si nécessaire pour définir l’espace. Le déterminisme n’est peut-être pas toujours si naturel après tout et se cache parfois pudiquement sous le pronom impersonnel on : « par un point / on ne fait passer que toi / et tu pleures ».

Cet ouvrage illustre une conception cohérente du travail poétique comme un outil de connaissance qui permet de cerner de plus près la réalité : « je pense que la séparation / est un travail de la parole ». Il nous offre une écriture du détail, où l’attention se porte vers la résolution la plus nette possible, mais aussi un jeu de déduction, où le lecteur doit sauter d’une pierre à l’autre avec agilité. Voilà un recueil important qui révèle un travail minutieux et réussi sur le rythme et l’ellipse. C’est un livre qui se projette dans toutes les directions.

Par son titre, Lignes deforce semble suggérer une problématique semblable touchant au déterminisme des lois naturelles mais en vérité, ce filon est peu exploité. L’illustration de la maquette (par James Clerk Maxwell), bien présentée, propose un parallèle avec la notion de champ magnétique. Le poète est un homme sous influence; peut-on lire en dos de couverture. Le problème ici est peut-être que cette influence constitue un fardeau trop lourd.

Prenons l’exemple des exergues, qui ponctuent tout le recueil. On cite Ovide, Charles d’Orléans (deux fois), Catulle (quatre fois), Joseph Joubert, Paul Valéry, Tristan, Fernand Ouellette (bien seul dans cette liste), Quintilien, Nerval, Lucain, Hugo, Millevoye, Jean-Jacques Rousseau, Balzac, Georges Bruhat. Cet horizon herméneutique surchargé semble peser de tout son poids sur les vers de Marc Vaillancourt. On y trouve en effet une anxiété devant la modernité qui se traduit par une esthétique archaïsante. Le recueil s’ouvre sur une « Invocation » et se termine par un « Envoi », comme l’aurait fait Villon. L’auteur semble en quête d’une lignée vers un moment originel qu’il situe sans hésitation dans la tradition occidentale. Bien peu de contemporains dans cette liste et encore moins d’étrangers. Le hasard et l’amour, thèmes principaux du recueil, obéissent à des ésotérismes inquiétants (la Bête, l’Ange exterminateur) qui rappelleraient plutôt Nerval. Le lexique se démultiplie dans une recherche d’exotisme (« hostile au gerbier des rhumbs fatals / tu te délivres des Sargasses ») et une accumulation irritante d’archaïsmes injustifiés (« sapiteur rez pied rez terre »). La virtuosité de Vaillancourt est ici exceptionnelle et on ne peut lire ces textes sans feuilleter le dictionnaire qui se trouve être, sans doute, le principal intertexte. Plusieurs vers sont excellents, mais on sent parfois un effort de versification touchant à la préciosité : « fossettes gélasines au faciès d’Isis ». Peut-être après tout s’agit-il d’un jeu, car les exergues et le style des poèmes qui suivent semblent se répondre. Cela expliquerait l’impression de pastiche laissée par les textes. Quoiqu’il en soit, on ne peut manquer de souligner l’érudition impressionnante démontrée par l’auteur dans cette entreprise.

Mais le jeu (en poésie ou ailleurs) est rarement innocent. Le ton et les thèmes empruntent si littéralement au romantisme qu’ils contredisent dans les faits l’intention pressentie dans le titre. On donne ici à la poésie un pouvoir illimité—pré-copernicien peut-être—qui place le mot (et le poète démiurge) au centre de l’univers : « féauté au Seigneur mot! », ou encore : « l’univers s’ordonne autour / du mot / de la plus haute algèbre ». Il y a aussi, dans cette cascade de styles empruntés, un grand nombre d’images très belles, surréalistes dans leur profusion, qui étonnent et arrêtent la lecture : « les terrains ébouleux de la mort » ou encore : « paroles écossées dans mes mains ». C’est cette voix, plus grave et plus authentique, qu’on aimerait entendre s’exprimer plus fortement.

Similar reviews

  • Poetry of Faith and Loss by Barbara Pell
    Books reviewed: Crossword: A Woman's Narrative by Margo Swiss, Near Finisterre by John Reibetanz, and Why Couldn't You See Blue? by Caroline Heath
  • Vocations: First Nations Voices by Madelaine Jacobs
    Books reviewed: she walks for days inside a thousand eyes: a two-spirit story by Sharron Proulx-Turner, Skin Like Mine by Garry Gottfriedson, and The Lil'wat World of Charlie Mack by Randy Bouchard and Dorothy Kennedy
  • Breathing Lessons by Andre Furlani
    Books reviewed: declining america by Rob Budde, Pause for Breath by Sarah Robyn, and Swim Class and Other Poems by George Whipple
  • Art of Sinking in Poetry by Jon Kertzer
    Books reviewed: Iridium Seeds by Sylvia Legris, Queen Rat: New and Selected Poems by Lynn Crosbie, and Poems Selected and New by Heather Spears
  • A Poetics of Listening by Paul Watkins
    Books reviewed: Selected Poems by Robert Bringhurst


MLA: Desroches, Vincent. Les galaxies reculent. canlit.ca. Canadian Literature, 8 Dec. 2011. Web. 25 May 2013.

This review originally appeared in Canadian Literature #170-171 (Autumn/Winter 2001), Nature / Culture. (pg. 203 - 204)

***Please note that the articles and reviews from the Canadian Literature website (www.canlit.ca) may not be the final versions as they are printed in the journal, as additional editing sometimes takes place between the two versions. If you are quoting from the website, please indicate the date accessed when citing the web version of reviews and articles.

Half a logo

In Print

Online

Support the CanLit Tuition Award