Book Review
Les limites entre la fiction et la réalité
- Francine D'Amour (Author)
Pour de Vrai, Pour de Faux. Éditions du Boréal (purchase at Amazon.ca)
Reviewed by Catherine Khordoc
Le titre de ce recueil de nouvelles par Francine D’Amour ne renvoie pas, comme c’est souvent le cas, au titre d’une des nouvelles. Ce titre met plutôt cartes sur table, dans le sens où les enjeux au cœur des nouvelles mêmes, mais aussi du principe qui en guide la compilation y sont dévoilés. Ces nouvelles sont-elles alors des œuvres de fiction ou des œuvres autobiographiques? Un peu des deux. Mais si dans beaucoup d’œuvres littéraires, les éléments empruntés au vécu de l’auteur sont tissés dans la toile fictive discrètement, Francine D’Amour nous présente des nouvelles groupées en deux ou trois, où l’une fait le récit d’un événement « vécu » et l’autre en serait la « version fictionnalisée » de manière à mettre en évidence le jeu entre fiction et réalité. Évidemment, nous ne pouvons savoir avec certitude si les récits qui comportent la qualification d’« Apostilles » dans leur titre sont vraiment autobiographiques, mais tout porte à le croire : des références à l’auteure même, qui se nomme explicitement; des commentaires sur l’événement qui aurait suscité la nouvelle accompagnatrice; un « moi » qui se veut insistant, comme si D’Amour essayait de nous dire qu’elle nous parle vraiment d’elle-même. Cette manière de faire côtoyer récits et nouvelles suggère d’ailleurs la génétique de ces nouvelles.
À propos des nouvelles plus précisément, l’auteure s’inspire de ses élèves de littérature, à qui elle demande justement de rédiger une composition de style « narratif », une « histoire, vraie ou inventée », dont ils se plaignent (dans « Préambule au bouchon »). C’est la composition de « Jérémie » donc qui se trouvera étoffée et fictionnalisée, dans la nouvelle, « Le Bouchon ». D’autres nouvelles relèvent davantage de l’intime et, lorsque l’on saisit qu’il s’agit de nouvelles issues d’événements vécus par l’auteure, elles deviennent encore plus émouvantes. Les six dernières nouvelles (incluant les « Apostilles ») évoquent les traitements contre le cancer qu’a suivis la narratrice/l’auteure. « Le Labyrinthe » est une nouvelle particulièrement bouleversante : elle ne contient ni ponctuation ni majuscule, et raconte le cauchemar que fait la narratrice d’un hôpital où tout le monde est mort, mutilé de manière atroce. Un peu plus loin, dans l’« Apostille au Labyrinthe », dernier texte du recueil, l’auteure nous révèle qu’elle a « vraiment fait cet horrible cauchemar », ce qui pousse le lecteur à relire « Le Labyrinthe » qui, tout d’un coup, n’est plus une simple œuvre de fiction.
Un recueil de nouvelles qui tisse habilement fiction et non-fiction, imposant au lecteur un nouveau mode de lecture et une réflexion sur ce que veulent dire « le vrai » et « le faux » dans la littérature.
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MLA: Khordoc, Catherine. Les limites entre la fiction et la réalité. canlit.ca. Canadian Literature, 8 Dec. 2011. Web. 23 May 2013.
This review originally appeared in Canadian Literature #207 (Winter 2010), Mordecai Richler. (pg. 128 - 129)
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