Book Review
Les poupées russes
- Marie-Noëlle Gagnon (Author)
L' Hiver retrouvé. Éditions Triptyque (purchase at Amazon.ca)
- Martine Delvaux (Author)
Rose Amer. Éditions Héliotrope (purchase at Amazon.ca)
Reviewed by Nathalie Warren
Écartèlement, construction de soi à partir de pièces détachées et mélancolie, tels sont les chemins sur lesquels des miettes de pain sont semées . . .
Dans L’hiver retrouvé, le narrateur souhaite tirer un trait sur son passé. Déçu de lui-même, incapable de tisser des liens profonds avec les autres et vivant dans la crainte qu’on fomente des attentes à son égard, il se complait dans un éloge de la fuite jusqu’à ce qu’un jour il se mette à rêvasser; allant jusqu’à réellement s’imaginer pouvoir, pour les habitants de Sili, retrouver la mer en allée.
Or, si tout dans la première partie gravite autour de ces êtres pour qui il faut en finir avec les souvenirs, que ce soit par le biais d’une singulière violence, et c’est le cas pour Betie, ou plus simplement par pleutrerie comme chez le narrateur; dans la seconde, entre ce dernier et son Ogresse il y a tentative du Nous, voire d’un amour fusionnel.
Mais comment parvenir au Nous quand le Je s’échappe de toute part; entre l’hier et le demain, entre ce que l’on est et ce que l’on souhaite donner à voir?
Si bien que, quand on se retrouve soudain face à deux solitudes dont les pensées se chevauchent, «Le nous [est] comme une île au milieu de notre océan de je;» un sol maigre et toujours à la limite d’être submergé.
Du réalisme magique à l’autofiction
Anjou, dans ce no man’s land culturel où le Allô Police et le vedettariat américain agissent à titre de références, ce n’est pas tant le fait que des petites filles disparaissent qui choque, puisqu’on en parle comme s’il s’agissait de faits divers, mais plutôt les relations entre les femmes. Les pères sont quant à eux ces «princes charmants» qui brillent par leur absence.
Plutôt rudes, les mères et les tantes chez Delvaux n’ont que faire des deuils successifs et des déracinements de la fillette : perte du père, d’amies, de points de repères. N’ayant eu droit ni au bonheur ni à la reconnaissance, elles isolent l’enfant dans un recoin où, pour paraphraser l’auteure, la douleur est un caprice.
Gagnon et Delvaux épousent ici une trajectoire inversée, l’une s’en allant au centre, vers la plus petite des poupées, soit vers ce qui reste après tous les dépouillements; tandis que l’autre y retrouve la plus grande, comme « en Russie, on dit que dans chaque petite fille habite une femme . . . ».
1. Gagnon, M.-N. (2008). L’hiver retrouvé suivi par Les écartèlements inévitables (Mémoire de maîtrise, UQAM).http://www.archipel.uqam.ca/1925/1/M10679.pdf, p. 158.
2. Delvaux, M. (2009). Rose amer. Montréal : Héliotrope, p. 143.
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MLA: Warren, Nathalie. Les poupées russes. canlit.ca. Canadian Literature, 8 Dec. 2011. Web. 19 June 2013.
This review originally appeared in Canadian Literature #208 (Spring 2011), Prison Writing. (pg. 158 - 159)
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