Book Review
Les variations du monde
- Marcelle Roy (Author)
Lumière aux aguets. Éditions du Noroît (purchase at Amazon.ca)
- Louise Deschênes (Author)
Porte dérobée. Éditions Triptyque (purchase at Amazon.ca)
Reviewed by Mariloue Sainte-Marie
Un monde sépare les recueils de Louise Deschênes et de Marcelle Roy. Seul le hasard du compte rendu a pu les réunir l’espace d’un moment. Le premier s’ouvre sur une interrogation, lancinante : « Que me reste-t-il de toi? ». Sorte d’impossible tombeau, le livre de Louise Deschênes s’écrit autour de la mort de la mère et du vide que cette disparition révèle. Multipliant les images de nuit et de lumière vacillante, Deschênes explore les tourments d’une relation mère-fille conflictuelle. Ici, le deuil est empêché par une colère sourde qui ne parvient pas à gronder jusqu’à l’éclatement. « J’ignore tout, et plus encore ma colère », écrit l’auteure. Bien que porté par un réel désir de parole, Porte dérobée trouve difficilement son intensité poétique. Des souvenirs durcis, un malaise restent prisonniers du silence : « Être aux abois et ne plus savoir sous quelles ténèbres engranger les mots ». Les poèmes, construits à partir d’un assemblage de courtes phrases, n’arrivent pas à exprimer la force du drame qui se dessine pourtant en filigrane du recueil.
Inspirés du haïku, les poèmes brefs de Lumière aux aguets portent une attention soutenue aux menues variations du monde. « Chaque matin le même/salut au soleil//ce jasement subit des feuillages//l’espace plie/se déplie/se rendort ». Le bruissement de la vie végétale et animale, noté avec finesse et sensibilité, rappelle combien l’existence est mouvement, même le plus infime. Leçon sur la fragilité des êtres et des choses (« L’éclat insupportable des ramures/l’ombre avide des sous-bois/la lumière/aux aguets »), la poésie de Marcelle Roy, parce qu’elle se montre sensible au passage du temps, témoigne paradoxalement d’un enivrant apprentissage du moment présent : « je bois je mange je respire/par tous les pores de ma peau/je n’en peux plus de jouissance ». S’ouvrant sur une citation d’Annie Ernaux (« Je n’étais plus que du temps/passant à travers moi »), « Murmures », la dernière partie du recueil, laisse toutefois affleurer dans les poèmes une conscience plus inquiète : « Est-ce le soir encore/est-ce la nuit/effrayée/sur la pente du jour/est-moi ce noir qui hésite/sur le fil grisonnant du crépuscule ». Entre rêverie et lucidité du regard, Lumière aux aguets invite à l’écoute et à l’observation patientes du monde.
Similar reviews
- Trans Layton by Kevin McNeilly
Books reviewed: Layton, l'essentiel: Anthologie portative d'Irving Layton by Michel Albert and Irving Layton - Modern Takes on What Makes Us Human by Gillian Jerome
Books reviewed: Past Imperfect by Suzanne Buffam and Modern and Normal by Karen Solie - Poetics for Politics? by Tracy Wyman-Marchand
Books reviewed: Duncan Campbell Scott: Addresses, Essays, and Reviews by Leslie Ritchie - Three Faces of Faith by Kent Lewis
Books reviewed: Summertown by Anne Corkett, The Dark Side of the Moon by Gail Fox, and In the Beginning by W. J. Keith - Plus qu'un outil pédagogique by Daniela Di Cecco
Books reviewed: Robert Soulières by Noëlle Sorin
MLA: Sainte-Marie, Mariloue. Les variations du monde. canlit.ca. Canadian Literature, 8 Dec. 2011. Web. 23 May 2013.
This review originally appeared in Canadian Literature #203 (Winter 2009), Home, Memory, Self. (pg. 144 - 145)
***Please note that the articles and reviews from the Canadian Literature website (www.canlit.ca) may not be the final versions as they are printed in the journal, as additional editing sometimes takes place between the two versions. If you are quoting from the website, please indicate the date accessed when citing the web version of reviews and articles.




