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Cover of issue #215

Current Issue: #215 Indigenous Focus (Winter 2012)

Canadian Literature's Issue 215 (Winter 2012) is now available. The issue features articles by Renate Eigenbrod, K. J. Verwaayen, Paul Murphy, Sylvie Vranckx, Mareike Neuhaus, Angela Van Essen, and Anouk Lang, and new Canadian poetry & book reviews.

Book Review

L'oie, le chat et la souris

  • Pierre Samson (Author)
    alibi. Éditions Leméac (purchase at Amazon.ca)
  • Sylvie Desrosiers (Author)
    Le jeu de l'oie: Petite histoire vraie d'un cancer. La Courte Échelle (purchase at Amazon.ca)

Reviewed by Pamela V. Sing

Trois animaux énumérés à la La Fontaine, deux métaphores employées dans les ouvrages recensés ici, chacun incitant à sa manière à réfléchir sur la littérarité de différentes façons de traiter d’un vécu donné. Le jeu de l’oie : jeu où notre sort est déterminé par des coups de dés. Entre le point de départ et la dernière case, que de vicissitudes. Chez Sylvie Desrosiers, les chiffres livrés par chaque coup de dés suggèrent différentes interprétations servant toutes à préfacer le récit de différents moments dans la vie d’une femme atteinte d’un cancer du sein. Si la manière de vivre chacun des moments varie selon le caractère de chaque femme, toutes sont traquées par la peur de mourir. Pour transformer son rapport à la maladie, l’auteure narratrice l’écrit. L’ouvrage qui en résulte se voudrait un « roman ». Le jeu du chat et de la souris : jeu pervers où l’agresseur maîtrise la situation, mais prolonge la chasse pour son plaisir. Chez Pierre Samson, l’agresseur s’avère le lecteur ou le public, et la souris, l’auteur, mais contrairement au jeu classique, ici, c’est la souris qui mène le jeu en se retrouvant toujours ailleurs que là où on l’attend ⎯ d’où le titre de l’ouvrage, alibi, dont le sens étymologique signifie « être ailleurs ». Ce faisant, l’artiste se transforme en « un possible salaud », et la discussion des modes et règlements du jeu de prendre la forme d’une acerbe critique de nombreuses pratiques culturelles au « Queue-bec », dont notamment le roman, les instances de l’institution littéraire et le traitement des homosexuels. L’essai-pamphlet qui en résulte fournit des réponses aux questions anti-littéraires ou paralittéraires posées par les lecteurs de sa trilogie brésilienne (publiée entre 1996 et 1999). Aussi sa lecture constitue-t-elle un « acte anti-littéraire ».

Sylvie Desrosiers a écrit pour la jeunesse, pour le magazine Croc ou pour des galas du Festival Juste pour rire. Il en ressort une écriture ayant l’habitude de privilégier une expression orale, familière, voire populaire et souvent humoristique. Un tel style, secondé par la voix et le témoignage de dix autres femmes ayant connu un même diagnostique, contribue à donner un visage humain au « cancer qui tue » et favorise l’objectif de l’auteure : démystifier cette maladie afin de mieux communiquer l’espoir de la rémission. Tel que l’annoncent les aspects paralittéraires du volume (bandeau publicitaire qui promet que l’achat du livre vaudra le versement d’un dollar à la Fondation québécoise du cancer, préface en italique signée par le président fondateur de cet organisme et informations sur celui-ci à la toute dernière page), ce texte a une incontestable valeur sociale. Selon Pierre Samson, cependant, un vrai roman ne saurait être ni utile, ni émouvant, ni facile ou gentil.

Au contraire, la littérature doit déstabiliser, voire « dépraver le lecteur et l’ordre des choses ». alibi, en effet, critique la société et la culture qui ont formé son auteur, allant de Réjean Ducharme et Lise Bissonnette aux Éditions Boréal en passant par la critique et la théorie littéraires, les media et les organismes de subvention. Cependant, il s’agit d’une dévastation « utile » dans la mesure où elle voudrait forcer le lecteur à « reconstruire son univers de certitude » : la réflexion mène au-delà de ce qui est écrit sur la page, dans un ailleurs. Une fois valorisé, cet espace qui rappelle la raison d’être de l’essai (paru dans la collection « ici l’Ailleurs ») mène l’auteur à traiter de son homosexualité. Samson dénigre l’engouement du public pour les détails reliés à son vécu, mais ici, ils servent à souligner la manière dont son identité sexuelle, en faisant de lui un exclu de la société, lui a appris à s’échapper par et vers l’imaginaire et à assumer sa « monstruosité ».

Il s’avère donc que même si les deux ouvrages discutés ici renferment chacun une définition différente du roman, chacun d’eux a été conçu par un écrivain conscient de sa différence. Chez Desrosiers, le sentiment d’être « crissement en dehors de la photo de groupe » a produit un livre bienveillant. Chez Samson, « l’excentrique » qui a fini par « approuver le mépris de [s]es proches » a signé (encore) un (autre) livre provocateur.



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MLA: Sing, Pamela V. L'oie, le chat et la souris. canlit.ca. Canadian Literature, 8 Dec. 2011. Web. 18 June 2013.

This review originally appeared in Canadian Literature #186 (Autumn 2005), Women & the Politics of Memory. (pg. 177 - 178)

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