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Cover of issue #214

Current Issue: #214 (Autumn 2012)

Canadian Literature's Issue 214 (Autumn 2012) is now available. The issue features articles by Germaine Warkentin, Susan Gingell, Deanna Reder, Allison Hargreaves, Daniel Heath Justice, Kristina Fagan Bidwell, Jo-Ann Episkenew, Andrea King, Joanne Leow, and Ana María Fraile, and new Canadian poetry & book reviews.

Book Review

Métamorphoses

  • Margaret Michèle Cook (Author)
    En un tour de main (portraits et paysages). Le Nordir (purchase at Amazon.ca)
  • Marcelle Roy (Author)
    Pattes d'€™oie. Éditions du Noroît (purchase at Amazon.ca)
  • Claudine Bertrand (Author)
    Tomber du jour. Éditions du Noroît (purchase at Amazon.ca)

Reviewed by Mélanie Collado

En un tour de main de Margaret Michèle Cook s’ouvre sur la célébration de l’amour des mots. Dans les deux premières suites poétiques de ce recueil, les mots et les sons se suivent, se déforment, se décomposent, se recomposent et s’enchaînent dans des poèmes qui ne manquent pas d’humour. Qu’il s’agisse de définitions, d’antonymes, de synonymes ou de listes engendrées par un correcteur d’orthographe prompt à afficher un péremptoire « connaît pas » suivi d’une liste d’alternatives, En un tour de main met en scène des mots qui se frôlent, se côtoient et s’altèrent les uns les autres. Par des rapprochements inattendus, les mots déclinent ainsi des identités multiples qui séduisent le lecteur et l’entraînent dans leur farandole. Dans les deux dernières suites intitulées « Paysages urbains » et « Signes de la vie à la campagne », la majorité des poèmes semblent saisir un moment anodin et lui restituer toute son importance. Plusieurs textes tels que « homme marchant au travail », « femme aux bras ballants », « femme à jupe à bicyclette », « deux araignées dans un bain » rappellent ces photographies en noir et blanc où le geste d’un passant anonyme est capturé pour en révéler la beauté. Calé entre les portraits de mots et les moments anodins, un récit poétique occupe le centre du recueil et dévoile au lecteur une vie féminine fragile, malade, mais soutenue par l’écriture. Ce long poème se distingue des autres par sa forme et son contenu; pourtant, comme eux, il célèbre le pouvoir de transformation de l’écriture.

Tomber du jour
de Claudine Bertrand entraîne le lecteur dans l’intimité amoureuse d’une femme. De strophe en strophe, de page en page, les poèmes révèlent le corps à corps de deux amants, leur jouissance, puis la métamorphose de la passion en deuil, « Et sur la peau des amoureux / et sur la poitrine de la mer / Un vent souffle ». Le plaisir fait place à la souffrance comme s’il en était porteur, « Avant que la mer ne crache/sa vague de fond/avant que la tornade/ne détruise maisons villes et villages/ne divise le monde/ le désir était déjà foudre sans nom ». Après la « noce » viennent l’absence et le deuil: « femme endeuillée de peau de louves/ se recouvre/ pleurant la fuite du nomade/ coureur de bonne aventure ». À la douce intimité de l’aube sur laquelle s’ouvre ce récit poétique, succèdent la perte, l’ombre, les pleurs. Tomber du jour est le récit d’une passion féminine, « Voyageuse à la peau volcanique/ elle a déversé ses flots de désir/ en coulées de lave/sa lèvre remue:/ effroi et cendres ». Les vers de Tomber du jour sont souvent courts, se réduisant parfois à un seul mot. Certains poèmes semblent ainsi faits de fragments donnant à l’ensemble du recueil un rythme saccadé qui fait écho au « souffle des amants » et aux cris de douleurs.

Pattes d’oie de Marcelle Roy est composé de quatre suites poétiques où s’inscrit la progression du temps. Les premiers poèmes se concentrent sur le choc du vieillissement physique perçu comme une trahison du corps : « C’est une vieille/ une vieille à temps et contretemps/que les ans grignotent/jusqu’en dedans ». Dans la deuxième suite, l’irréversible métamorphose du corps se confond avec la mort, « Elle infiltre les contours de la peau/ habite les muscles les os les épaules/ruse dans les détours insidieusement ». Si le poème sait rassembler et s’oppose à la décomposition, les mots n’en vieillissent pas moins, « les verbes s’empâtent/les adjectifs ont un petit air démodé ». Bien que l’angoisse persiste dans la troisième suite, la peur ne l’emportent plus, et l’écriture aide à combler le vide, à penser autrement, « Peut-être le poème est-il/ la respiration du temps/ qui cherche un lieu ». Le temps assassin, victime de son propre mouvement, chercherait, lui aussi, un refuge dans les mots. Même si ceux-ci s’enfargent et vieillissent, ils apaisent et ils sont associés à la vie, au lendemain. Dans la quatrième suite le rapport entre la vie et l’écriture se fait plus précis, « J’écris dit-elle/pour entendre l’absence/ j’écris pour réconcilier les mots/ouvrir l’accès au présent/ . . . l’éternité/juste un instant ». Vers la fin du recueil, le néant et l’éternité se confondent , la peur s’atténue, « Mieux vaut déguster/ les jours sans attendre/ dit le poète/ je savoure le bleu du firmament/le gris de la pluie et même/pourquoi pas/ la beauté de la mort des feuilles/ blessées de lumière ». Une question est posée : « l’absence/ infinie/ serait-elle/ un terme/ acceptable ». Les strophes et les vers des derniers poèmes deviennent de plus en plus brefs, comme s’ils se décomposaient, eux aussi, mais leur empreinte persiste bien après que la dernière page du recueil ait été tournée.

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MLA: Collado, Mélanie. Métamorphoses. canlit.ca. Canadian Literature, 8 Dec. 2011. Web. 18 May 2013.

This review originally appeared in Canadian Literature #190 (Autumn 2006), South Asian Diaspora. (pg. 146 - 147)

***Please note that the articles and reviews from the Canadian Literature website (www.canlit.ca) may not be the final versions as they are printed in the journal, as additional editing sometimes takes place between the two versions. If you are quoting from the website, please indicate the date accessed when citing the web version of reviews and articles.

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