Book Review
Notez bien!
- Robert Dion (Editor) and et al (Editor)
Enjeux des genres dans les écritures contemporaines. Nota Bene (purchase at Amazon.ca)
- Pierre Rajotte (Editor)
Lieux et réseaux de sociabilité littéraire au Québec. Nota Bene (purchase at Amazon.ca)
Reviewed by Vincent Desroches
Créées en 1998, les Éditions Nota Bene continuent de se développer à un rythme étourdissant; pas moins de quatorze collections se déploient et plus de cent cinquante titres déjà ont été produits. Alerte aux bibliothécaires nord-américains! Il s’agit désormais de l’éditeur le plus important de la recherche universitaire québécoise en sciences humaines et en littérature. Parmi les titres publiés en 2001, voici deux ouvrages collectifs fort bien assemblés et présentés.
Lieux et réseaux, sous la direction de Pierre Rajotte, s’inspire des théories de Pierre Bourdieu sur l’autonomie du champ culturel et des travaux de sociologie de la littérature d’Alain Viala, qui signe d’ailleurs la préface. Tous les aspects des institutions littéraires sont couverts par les sept articles. Les auteurs passent en revue les cas de la correspondance entre auteurs (il s’agit ici de celle d’Alfred Desrochers, ce qui soulève la question du rôle du mentor), les salons littéraires, le rôle de l’éditeur, les revues littéraires (avec la Relève), les librairies, les académies, et les associations d’écrivains. À l’exception d’Isabelle Boisdair, qui signe aussi le seul article portant sur la scène littéraire contemporaine, tous les auteurs sont affiliés à l’Université de Sherbrooke et portent leur regard sur le dix-neuvième siècle ou la première moitié du vingtième. Il serait intéressant d’étendre ces observations à la deuxième moitié du vingtième siècle, alors que plusieurs acteurs sont encore vivants. L’étude de Boisclair, portant sur les Éditions Remue-ménage, s’appuie ainsi sur cinq entretiens avec les féministes québécoises actives dans cette maison d’édition, ce qui permet de documenter une période fort mouvementée avant de perdre une foule de détails. Notons que la thèse de doctorat d’Isabelle Boisclair, provisoirement intitulée Ouvrir la voie/x et portant sur l’ensemble du mouvement féministe sera également publiée aux Éditions Nota Bene. Le parti-pris historique de l’ensemble n’est pourtant pas un handicap, au contraire, et permet de documenter finement et systématiquement l’émergence des institutions littéraires au Québec. Cet effort pourrait sûrement s’étendre jusqu’à inclure l’histoire de l’enseignement et de la critique littéraire universitaire telle qu’elles ont pu se pratiquer au Québec. Mais comme le précise Pierre Rajotte dans sa présentation, d’autres types de lieux et de réseaux littéraires restent à examiner, dont : « les académies de collège et les réseaux associés à l’enseignement, les cercles dramatiques, les théâtres, les associations de jeunesse catholiques, les cénacles, les clubs et cafés, les bibliothèques ». Saluons la vigueur de ce projet de recherche important, qui permet à la fois d’asseoir solidement la notion de discours chère à la sociocritique et de dégager les conditions de production d’une part importante de la génétique des textes.
Enjeux et genres dans les écritures contemporaires, sous la direction de Robert Dion, Frances Fortier, et Elizabeth Haghebaert, présente quant à lui quinze articles par vingt-cinq auteurs québécois et européens (plusieurs articles sont écrits en collaboration). Mentionnons aussi la présence de Janet Paterson et de Claudine Potvin, du Canada anglais, qui détonnent un peu dans cet ensemble résolument orienté vers la théorie littéraire française. Ceci n’exclut pas la diversité des approches, malgré l’accent très sémioticien de l’introduction, qui préfère utiliser la longue paraphrase : « la production postérieure au renouvellement de la rhétorique et de la poétique (postérieure aux années i960 et 1970, donc) » plutôt que de risquer la brûlure du mot post-structuraliste. Le livre s’ouvre sur deux études théoriques de Pierre Zima et de Denis Saint-Jacques et entreprend ensuite des études de cas mettant en lumière le caractère hybride des productions littéraires contemporaines. Où sont les frontières entre roman, poésie en prose, fictions, théâtre, description, autobiographie, cinéma, performance? Comment la production textuelle en rend-elle compte? Quelles stratégies textuelles se mettent en place? Comme on l’aura noté dans l’énumération ci-haut, le recueil tente, avec bonheur je crois, d’étendre au maximum la notion de genre jusqu’aux bornes de la littérature, comme dans le cas d’un article sur les installations artistiques par Paul-Émile Saulnier. Curieusement, le genre de la nouvelle, qui connaît un succès important au Québec, n’est examiné que tangentiellement par une étude de René Audet, Patrick Guay et Richard Saint-Gelais portant sur les écritures collectives.
Plus problématique peut-être, parce que ce choix editorial n’est nulle part commenté, est la pratique de juxtaposer sur le même plan les articles portant sur la littérature québécoise et ceux portant sur la production littéraire française, comme si les écritures contemporaines évoquées par le titre subissaient les mêmes évolutions et les mêmes influences en synchronie. A cet égard, l’article de Hans-Jûrgen Lûsenbrink est le seul à traiter du genre dans une perspective comparatiste pour l’ensemble des littératures francophones, y compris africaines, ce qui modifie la perspective critique considérablement, tout en indiquant peut-être les limites de cet exercice de théorisation. Ce recueil demeure un excellent outil pour apprécier l’évolution récente des genres, l’apparition continuelle de nouvelles formes hybrides et le caractère obsolète des catégorisations rigides. Il ne s’agit pas, précise-t-on en conclusion, de liquider le genre en soi, « dont la pertinence perdurerait au moins dans l’enseignement de la littérature et dans la littérature de masse », mais de reconsidérer notre rapport au genre, « ce qui conduit à une interrogation sur le bien-fondé de la littérature, son rôle, sa fonction ». La notion de genre devient ainsi un enjeu de lecture, ludique et fluide, un clin d’oeil de connivence entre l’écrivain et son lecteur.
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MLA: Desroches, Vincent. Notez bien!. canlit.ca. Canadian Literature, 8 Dec. 2011. Web. 24 May 2013.
This review originally appeared in Canadian Literature #180 (Spring 2004), (Montgomery, Carson, Bissoondath, Goodridge). (pg. 176 - 177)
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