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Cover of issue #214

Current Issue: #214 (Autumn 2012)

Canadian Literature's Issue 214 (Autumn 2012) is now available. The issue features articles by Germaine Warkentin, Susan Gingell, Deanna Reder, Allison Hargreaves, Daniel Heath Justice, Kristina Fagan Bidwell, Jo-Ann Episkenew, Andrea King, Joanne Leow, and Ana María Fraile, and new Canadian poetry & book reviews.

Book Review

Ombres miniatures

  • Carole David (Author)
    Averses et réglisses noires. La Courte Échelle (purchase at Amazon.ca)
  • Isabelle Gaudet-Labine (Author)
    Des ombres en formes d'oiseaux. Éditions du Noroît (purchase at Amazon.ca)
  • Denise Desautels (Author)
    La marathonienne. La Courte Échelle (purchase at Amazon.ca)
  • Louise Dupré (Author)
    Une écharde sous ton onglee. Éditions du Noroît (purchase at Amazon.ca)

Reviewed by Thierry Bissonnette

Malgré les doutes légitimes qu'on peut émettre concernant la spécificité d'une « poésie pour adolescents », les éditions La courte échelle ont su bâtir une collection de qualité à l'enseigne de ce sous-genre, collection dont les titres sont tout à fait recevables par le lecteur « adulte ». Plus d'une douzaine de brèves plaquettes illustrées figurent maintenant sur les rayons, la plupart signées par des noms connus de la littérature québécoise ou acadienne. Rejoignant en cela les recueils de Martine Audet ou de Serge Patrice Thibodeau, ceux de Carole David et Denise Desautels demeurent fidèles à la poétique respective des auteurs tout en allégeant un peu la proposition. Ainsi Carole David, dans Averses et réglisses noires, opte pour une fiction psychologique autour du deuil et d'une enfance tirant à sa fin, tout en évitant l'ironie présente dans nombre de ses autres livres. Si le motif d'une Amérique un brin décadente est visible par endroits, l'attention est davantage centrée sur la parole intime d'une jeune fille s'adressant à son frère. D'allure spontanée, ce dispositif contribue de toute évidence à entraîner une identification de la part du lecteur, l'évocation de la mère décédée venant favoriser l'éveil aux pouvoirs du langage : « tu fais tes adieux / en quelque sorte / au monde que nous avions construit / au jardin inondé de lumière / tu emportes avec toi / des sons et des images / tu te détaches lentement / de ce que nous étions / tu te fraies un chemin jusqu'à la rue ». Quant à La marathonienne de Denise Desautels, on y retrouve un personnage de sportive rappelant la joggeuse du recueil Pendant la mort publié un an plus tôt, bien que l'être observé semble plus jeune, à la lisière de l'âge adulte. L'automne, l'angoisse et la mélancolie sont également de la partie, d'où la sensation que l'auteur imagine sa propre enfance pour effectuer une variation supplémentaire sur le travail du deuil. Tout comme celle de Carole David, cette plaquette se déploie méticuleusement sur le mode mineur, échappant presque au didactisme que génère toute poésie possédant un « public cible » aussi déterminé.

Louise Dupré, qui a aussi participé à la collection mentionnée ci-dessus, atteignait récemment le cap du neuvième recueil de poèmes avec Une écharde sous ton ongle. Comme le suggère son titre, l'ouvrage s'inscrit dans une « écriture de la douleur » déjà très florissante au Québec. Chacune des sept sections porte le nom d'un mois de l'année, sans que jamais ne se succèdent deux mois contigus. En parallèle aux ellipses que cela suggère, l'écriture demeure en continuité avec elle-même puisque tout le livre se déploie dans un même rythme, fait d'une alternance irrégulière entre de brèves strophes allant d'un à trois vers. Cette dimension des strophes contribue à une poétique minimaliste, où des thèmes graves sont abordés dans un discours dont la sensation demeure légère, contraste qu'appuie la fréquente fragmentation des phrases : « tu as été une femme / de peu de chose // un ruban, une bague / trouvée dans le sable / un rire // qui résonnait / entre deux combats ». D'autre part, une clé de lecture est rapidement fournie qui permet d'associer chaque section/mois à un épisode menstruel, en concordance avec l'omniprésence des thèmes de la transformation et du passage : « le jour reste pour toi / cette allégresse du sang // quand il se décide à couler / le long de tes cuisses / après une longue insomnie ». Enfin, une symétrie formelle est présente entre la deuxième et l'avant-dernière section, toutes deux en caractères italiques, ce qui s'accompagne dans les deux cas d'une légère accélération rythmique. Méditative, l'œuvre peut être lue entre autres comme un réflexion poétique sur le vieillissement.

Au delà de la différence de générations, le premier recueil d'Isabelle Gaudet-Labine (Des ombres en formes d'oiseaux) rejoint assez bien le propos et le ton des poétesses précédentes. Elle aussi attentive aux replis de la subjectivité, à la part d'ombre qui agite secrètement la réalité, Gaudet-Labine explore de plus les registres de l'amour et de l'érotisme dans un langage plutôt transparent : « bruits de peaux // dis-moi / sans parler // nous ne serons pas trop ridées / pas trop rondes / pour comprendre // je t'aime ». Héritière de l'écriture féminine des années 1980-90, héritière aussi de Jacques Brault et de l'intimisme « façon Noroît », cette écriture apparaît faut-il dire conservatrice, un trait qu'elle partage malheureusement avec quantité de jeunes auteurs contemporains.



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MLA: Bissonnette, Thierry. Ombres miniatures. canlit.ca. Canadian Literature, 8 Dec. 2011. Web. 22 May 2013.

This review originally appeared in Canadian Literature #190 (Autumn 2006), South Asian Diaspora. (pg. 165 - 166)

***Please note that the articles and reviews from the Canadian Literature website (www.canlit.ca) may not be the final versions as they are printed in the journal, as additional editing sometimes takes place between the two versions. If you are quoting from the website, please indicate the date accessed when citing the web version of reviews and articles.

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