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Cover of issue #214

Current Issue: #214 (Autumn 2012)

Canadian Literature's Issue 214 (Autumn 2012) is now available. The issue features articles by Germaine Warkentin, Susan Gingell, Deanna Reder, Allison Hargreaves, Daniel Heath Justice, Kristina Fagan Bidwell, Jo-Ann Episkenew, Andrea King, Joanne Leow, and Ana María Fraile, and new Canadian poetry & book reviews.

Book Review

Poégraphes

  • Gilbert Langevin (Author)
    PoéVie. Poésie, chanson, prose et aphorismes.. Éditions Typo (purchase at Amazon.ca)
  • Madeleine Gagnon (Author)
    Rêve de pierre. VLB éditeur (purchase at Amazon.ca)

Reviewed by Estelle Dansereau

Tous les deux nés en 1938 et renommés comme poètes militants d’une époque révolue, Madeleine Gagnon et Gilbert Langevin nous ont légué des �?uvres d’ampleur qui ont marqué et la langue poétique et l’idéologie de leur pays. Chacun à sa manière est resté fidèle à cette vision de lutte au cours d’une trentaine d’années d’activités créatrices. Tandis que la résistance qu’incarne Langevin s’est close en 1995 avec sa mort, celle de Gagnon s’enferme davantage dans un langage intime et personnel. De par leur vocation de "poé-graphe," désignation apte à décrire leur motif raisonné de tracer le "sol intérieur" aussi bien que social, Gagnon et Langevin sondent et enregistrent la mémoire et la parole de leur époque.

Comme elle le faisait déjà dans ses ouvrages de questionnements féministes, Madeleine Gagnon continue d’interroger le rapport entre le langage, les êtres et les choses. Dans son recueil, La terre est remplie de langage (1993), elle annonçait déjà l’exploration baudelairienne qu’elle poursuit dans Rêve de pierre (1999): "Les mots photographient l’âme des choses. Selon l’angle choisi, selon l’heure du jour, entrevoir un dessin parmi le tumulte et saisir bouche ouverte le petit cri sous la mousse." Dans Rêve de pierre, la pierre, la mémoire, la musique, le mouvement et la lecture entrent dans un récit qui se joue à la fois sur le plan universel des éléments—le soleil, le vent, l’eau—et sur l’intime quotidien—"Partir aux alentours, pas très loin de la petite maison qui donne sur le grand large." Gagnon organise son creusement d’archéologue en quatre parties dont "Rêveries," "L’oeil photographique," "Promenades" et "Lecture des pierres." Des vers laconiques, réduits à l’essentiel sémantique, caractérisent les parties qui ouvrent et ferment le recueil, tandis que les deux parties qu’elles encadrent, consacrées au mouvement et à la musique, laissent errer un discours intime et fluide.

Déjà dans La terre est remplie de langage, Gagnon estimait la valeur mémorielle de la pierre: "Et revenons aux pierres, amies certaines, témoins immuables de la fêlure des mondes jusqu’à la nôtre, dont stries et sédiments persistent à nous écrire." Dans Rêve de pierre, elle médite sur les origines, sur l’univers et le mystère de l’existence en étudiant les traces dans la pierre: "II fallait bien / scruter la pierre"; "Je m’agenouille et palpe. J’apprends la matière avec les mains". Comme un archéologue, elle lit dans la pierre les traces des origines et de l’histoire afin de retrouver "une mémoire": "A ma question pourtant, quelque chose remue sur le sol intérieur." Les instants des âges disparus sont pétrifiés dans la pierre pour arriver au présent où ils sont révélés: "Des musiques d’aujourd’hui captent ces songes d’une mémoire enfuie"; "A la photomicrographie, la pierre pense, son âge bouge"; "Musique des humains retrouvés." Tout en laissant à ses lecteurs l’impression d’épier une quête profondément personnelle, Gagnon situe son enquête du mystère des origines et de la parole dans une lignée distinguée qu’elle identifie en note: le titre est emprunté à Baudelaire (La Beauté), tandis que les réminiscences sont inspirées par Roger Caillois, Philippe Jaccottet et Christian Hubin.

Les tourments et les bouleversements, les prières ferventes et idéalistes, et les paroles laconiques et parodiques de Gilbert Langevin (in)forment maintenant une �?uvre complète. Dans cette anthologie, Normand Baillargeon présente cent un textes de Gilbert Langevin écrits entre 1959 et 1995, et qu’il réunit en trois grandes catégories dont poésie, chanson, prose et apho-rismes. Cette �?uvre est traversée par une quête inlassable et cohérente, marquée par la voix populaire ainsi que l’esprit ludique de Langevin. Ses lecteurs et lectrices fidèles y trouveront du familier et du nouveau, car Baillargeon dit avoir fait un choix profondément personnel tout en retenant des pièces bien connues. Le mot valise "PoéVie" du titre dit la quête intense et implacable, quasi brutale de Langevin, pour trouver le salut par un regard ironique et une parole impertinente. Que les textes soient signés Gilbert Langevin, ou Zéro Legel ou d’autre pseudonyme, ils résonnent d’une voix tout à fait sienne qu’il chante dans "La voix que j’ai":

Cette voix usée par l’inquiétude par la trop longue solitude cette voix marquée par la colère et les blasphèmes de la misère cette voix qui se meurt de soif à bout de justice et de joie cette voix comme une espérance entre le nord et la souffrance cette voix que j’ai

Cette voix angoissée et déchirée raconte les douleurs et les désespoirs d’une existence qui ressent trop profondément l’absurdité tout en persistant à explorer de façon acharnée et implacable les rêves et les utopies. Parmi les poèmes, les paroles mordantes, détournées, parodiées côtoient les rêves et les passions: "L’instant rutile d’éternité"; "nu plaisir parmi les amertumes"; "ce grand vide au milieu de nous." Ses proses et aphorismes impertinents, irrévérencieux, réjouissent encore, bien qu’ils soient marqués de l’idéologie du poète public, ailleurs disparu. Le fait qu’il est resté fidèle à sa vision poétique pendant trente-six ans et qu’il l’a vécue implacablement accorde aux paroles de ce recueil une constance rare. En publiant cette anthologie dans un format poche à prix modique, Baillargeon respecte la politique populiste de Langevin et facilite le renouvellement de son lectorat.





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MLA: Dansereau, Estelle. Poégraphes. canlit.ca. Canadian Literature, 8 Dec. 2011. Web. 23 May 2013.

This review originally appeared in Canadian Literature #175 (Winter 2002), francophone / anglophone. (pg. 142 - 143)

***Please note that the articles and reviews from the Canadian Literature website (www.canlit.ca) may not be the final versions as they are printed in the journal, as additional editing sometimes takes place between the two versions. If you are quoting from the website, please indicate the date accessed when citing the web version of reviews and articles.

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