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Cover of issue #214

Current Issue: #214 (Autumn 2012)

Canadian Literature's Issue 214 (Autumn 2012) is now available. The issue features articles by Germaine Warkentin, Susan Gingell, Deanna Reder, Allison Hargreaves, Daniel Heath Justice, Kristina Fagan Bidwell, Jo-Ann Episkenew, Andrea King, Joanne Leow, and Ana María Fraile, and new Canadian poetry & book reviews.

Book Review

Premières pages

  • Judy Quinn (Author)
    L'ɉmondé. Éditions du Noroît (purchase at Amazon.ca)
  • Jacques Audet (Author)
    Lests. Éditions du Noroît (purchase at Amazon.ca)
  • Hector Ruiz (Author)
    Qui s'installe?. Éditions du Noroît (purchase at Amazon.ca)

Reviewed by Emmanuel Bouchard

La collection « Initiale » des éditions du Noroît réserve ses pages aux premiers recueils. Paru en 2008, celui de Judy Quinn fait parler les arbres. C’est ce qu’évoque déjà son titre, L’émondé, qui recouvre l’idée de la perte, de ce qui a été enlevé d’inutile ou de nuisible. S’impose à la lecture ce sentiment répété d’un lien entre l’arbre (la nature) et l’homme : prolongement, correspondance, miroitement ou carrément rupture, abandon. « La quenouille qui pousse / c’est la main de l’air / qui s’ouvre / à sa parole », lit-on dans les premières pages. Laisser parler ou non, ouvrir la voie aux mots, laisser faire le silence, donner en somme au livre l’espace où grandir, voilà encore ce que disent ces textes finement ciselés « où se logent les promesses ». Entre les retailles qui en tombent de page en page et ce que le poète accepte de laisser visible, le lecteur hésite, mais entretient la certitude d’une genèse, comme en témoignent d’ailleurs les derniers textes du recueil, tournés tour à tour vers le passé et l’avenir : « Une gaieté lourde tombe comme un fruit / les branches dont le cœur s’abrie / préparent quelqu’un d’autre / il te ressemblera / le passeur de vies ».

Hector Ruiz, quant à lui, présente une première œuvre qui s’inscrit sous le signe de l’errance. On y voit déambuler un être déraciné s’abandonnant aux hasards imposés par le « paysage urbain ». Cette ville, c’est Montréal, ses ponts, ses rues, ses vitrines, ses parcs; ses habitants aussi, ceux de la nuit surtout. Le poète y « erre au gré des ruelles », les « lignes de main tendues vers l’abîme », aux prises partout avec « les contradictions qui secouent [son] corps », comme s’il ne devait jamais cesser de se réinventer, de « recompose[r] le vent », et cela, malgré « l’inflexion de la solitude » et la mort qui pousse au-dehors et au-dedans : « Ce n’est pas l’autre que tu combats, mais la mort /aussi risible que cela puisse paraître / la mort en ton vis-à-vis, en toi ». Une forte impression s’impose à la lecture de cette poésie un peu horizontale : celle de suivre un « regard » voulant lui-même « échapper » au poète, qu’on sent « marche[r] derrière [ses] yeux ».

Lests de Jacques Audet évoque les variations d’une tension : celle qui provient de cette masse à laquelle fait allusion le titre. C’est bien là l’objet du livre, dans lequel le lecteur « cherche un appui » de manière à en saisir le sens horizontal, justement. Mais, comme la réalité dans cette poésie, le référent semble « coule[r] hors de ses digues »; reste ce mouvement, parfois désincarné, qui oscille de haut en bas, multiplie les chutes et les envols, attire les êtres et les choses comme des aimants ou les détache l’un de l’autre : « Faille où tu tombes tout d’un bloc / Plus lourde que le jour / Essoufflé par ses cercles / Ta main découpe la lumière // Dans ta chute le vent / T’habille d’un autre nom / Tu reprends ton âme / Enroulée aux oiseaux // Ton vertige englouti à grand seaux / Tu lances ta massue à travers l’écume ». Cette tension, cette force qui accuse tout ce qui lui fait contrepoids, trouve ailleurs son expression dans une forme de relâchement, qui en constitue le degré zéro : « le sommeil a pillé / nos dépouilles // il a fui nous laissant / à l’écart de nos rêves // sans aucune attache // hormis son doigt muet / qui glisse sur nos visages / et y rameute l’ombre à sa guise ». Un recueil d’une remarquable unité.

 

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MLA: Bouchard, Emmanuel. Premières pages. canlit.ca. Canadian Literature, 8 Dec. 2011. Web. 21 May 2013.

This review originally appeared in Canadian Literature #207 (Winter 2010), Mordecai Richler. (pg. 165 - 166)

***Please note that the articles and reviews from the Canadian Literature website (www.canlit.ca) may not be the final versions as they are printed in the journal, as additional editing sometimes takes place between the two versions. If you are quoting from the website, please indicate the date accessed when citing the web version of reviews and articles.

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