Book Review
Que reste-t-il du Canada français?
- Joseph Yvon Thériault (Author)
Faire société: société civile et espaces francophones. Prise de Parole (purchase at Amazon.ca)
Reviewed by Pamela V. Sing
Tandis que le Canada français était un espace sociopolitique commun doté d’une réalité historique, l’ère de la modernité a signifié son morcellement et la création d’îlots francophones obligés de s’engager dans un processus d’étatisation ou de provincialisation. On connaît le succès de l’entreprise au Québec et ce, sous plusieurs angles, mais jusqu’à la fin des années 1970, la recherche sur les autres francophonies s’est intéressée principalement à leur histoire, à leur littérature et à leur situation sur le plan linguistique.
Depuis lors, elle en est venue à des préoccupations d’ordre sociétal. Le sociologue Joseph Yvon Thériault, notamment, a rédigé, entre 1980 et 1995, douze articles visant à saisir la dynamique identitaire à l’œuvre au sein des francophonies « hors Québec » : l’Acadie, principalement, mais aussi, l’Ontario et, dans une bien moindre mesure, l’Ouest, textes qu’il a publiés dans un volume intitulé L’Identité à l’épreuve de la modernité : écrits politiques sur l’Acadie et les francophonies canadiennes minoritaires. Le prix France-Acadie attribué à Thériault pour cet ouvrage témoigne de la pertinence de ses propos ainsi que de la clarté avec laquelle l’auteur expose ses arguments.
Et le sociologue de poursuivre sa réflexion, particulièrement dans les vingt-quatre textes qui, produits entre 1995 et 2005 et organisés en sept sections thématiques et accompagnés d’une mise en contexte sous forme d’introduction et d’une bibliographie, constituent le livre ici recensé. Il traite toujours du rapport complexe entre identité, politique et droit, mais étant donnée « l’acceptation sans gêne de tendances a-politiques » caractéristique des années deux mille—dans la francophonie comme ailleurs—, il pense les espaces éponymes comme société civile, c’est-à-dire comme « lieu de gouvernance caractérisé par les liens volontairement tissés entre gens d’un regroupement ». Produisant de l’influence à travers une opinion publique, elle s’avère « capable d’agir collectivement et d’orienter le développement de ses membres ».
L’un des thèmes communs aux deux recueils se rapporte au caractère entre-deux des communautés étudiées. En 1995, leur considération sous l’angle de leur tension constitutive, que ce soit entre nation et ethnie ou entre le cosmopolitisme et le communautarisme, pour ne nommer que ces concepts-là, conduisait Thériault à affirmer qu’elles se devaient de toujours confronter le culturalisme ou les dimensions particularisantes à l’idée de l’universel afin d’éviter l’écueil d’une humanité « tellement particulière qu’elle ne [serait] pas partageable ». Une décennie plus tard, l’auteur constate non seulement qu’une constante dans l’aventure des francophonies d’Amérique du Nord est « celle de vouloir faire œuvre de civilisation en français dans le continent anglo-américain », mais aussi que c’est dans le fragment particularisant de leur nature complexe, sous la forme nationale ou communautaire, que se trouve le désir de faire société, voire qu’il s’agit là de l’élément le plus original de leur dynamique. Le titre du onzième texte demande : « Est-ce progressiste, aujourd’hui, d’être traditionaliste? », mais l’ouvrage entier vise à rendre compte de cette trace, cette « mémoire vivante » du Canada français.
Ce faisant, il aborde des questions incontournables, telles la diversité culturelle, la mondialisation, l’hégémonie de la langue anglaise et, certes, les rapports avec le Québec. À ce propos, soulignons que si seul le dix-septième texte du recueil est consacré au sujet du possible rapprochement entre les francophonies québécoise et canadienne, il est clair que pour Thériault, le projet de « faire société » tiendra compte de la québécitude ou ne sera pas.
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MLA: Sing, Pamela V. Que reste-t-il du Canada français?. canlit.ca. Canadian Literature, 8 Dec. 2011. Web. 18 May 2013.
This review originally appeared in Canadian Literature #197 (Summer 2008), Predators and Gardens. (pg. 189 - 190)
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