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Cover of issue #214

Current Issue: #214 (Autumn 2012)

Canadian Literature's Issue 214 (Autumn 2012) is now available. The issue features articles by Germaine Warkentin, Susan Gingell, Deanna Reder, Allison Hargreaves, Daniel Heath Justice, Kristina Fagan Bidwell, Jo-Ann Episkenew, Andrea King, Joanne Leow, and Ana María Fraile, and new Canadian poetry & book reviews.

Book Review

Récits de voyages

  • Gabriel Sagard (Author)
    Le Grand voyage du pays des hurons. Éditions Leméac (purchase at Amazon.ca)
  • Dominique Deffain (Author)
    Un Voyageur français en Nouvelle-France au XVIIe siècle. Niemeyer (purchase at Amazon.ca)

Reviewed by Maurice Lemire

Les écrits de Nouvelle-France font de plus en plus l’objet d’études universitaires. La Bibliothèque du Nouveau Monde, qui a déjàpublié un Jacques Cartier, un Lahontan et un Charlevoix, s’apprête à publier Sagard, Diereville et quelques autres. Real Ouellet et Jack Warwick ont pour leur part publié dans la collection «Bibliothèque québécoise» une édition critique du Grand voyage du pays des hurons de Gabriel Sagard. Dans une substantielle introduction, ils reconstituent les circonstances dans lesquelles ce texte a été écrit. Sagard multiplie les noms de lieux et de personnes pour bien montrer qu’il a oeuvré au sein des populations autochtones et que les jésuites n’ont pas seuls droit au mérite de l’apostolat missionnaire, écrit pour faire valoir les mérites de son ordre. Aménagé en ce sens, le texte révèle comment le religieux est amené à mettre son rôle en valeur et à devenir en quelque sorte le héros de son récit.

Ce texte s’adresse au grand public, même si l’apparat critique ne laisse en rien à désirer. Aussi Real Ouellet a-t-il pris soin de le rendre accessible au plus grand nombre de lecteurs en corrigeant certaines phrases trop longues, embarrassées ou incorrectes, en modernisant l’orthographe et en revisant la ponctuation. Il a ainsi réussi à rendre la lecture facile et à mettre en relief le style souvent naïf mais toujours captivant de Sagard. En signalant en notes les nombreux loca paralla, il attire l’attention sur la façon dont le relateur enrichit son récit par ses nombreuses lectures. L’édition que prépare Jack Warwick pour la Bibliothèque du Nouveau Monde différera de celle-ci en ce qu’elle donnera le texte original tel que les manuscrits permettent de l’établir.

Pour sa part, Dominique Deffain publie à Tübingen une étude sur les relations du père Paul Le Jeune sous le titre Un Voyageur français en Nouvelle-France au XVIIe siècle. Des 157 pages qu’elle contient, cette étude en consacre le tiers à la biographie du missionnaire, à sa bibliographie et aux Relations des jésuites en général et à la situation en France à l’époque des Relations. Ce survol d’éléments déjàconnus des spécialistes n’apporte rien de nouveau, mais il aurait pu fournir un fil conducteur à l’analyse. Le mysticisme qui alimentait alors une certaine spiritualité française aurait pu expliquer l’attitude qu’adopte Le Jeune dans ses relations. Mais par la suite, l’auteure ne tient plus compte des prémisses qu’elles a invoquées. On dirait que soucieuse de correction politique, elle se garde d’évoquer tout élément conflictuel.

Pour l’analyse du texte, madame Deffain procède par thèmes, thème de la colonisation, thème du pays, thème de l’indien, thème de la femme et thème des missions. Très tôt le lecteur s’aperçoit que le mot «thème» est employé dans un sens qui prête à quiproquo. Généralement en littérature, le mot évoque un sujet récurrent à la façon d’un leitmotiv autour duquel s’organise le texte. Par exemple sous le thème de la femme, on s’attendrait à trouver tout ce qui concerne la femme dans la civilisation indienne, son éducation, sa place dans la famille, son travail et surtout ses relations avec l’homme . . . mais sous ce titre l’au- teure traite de la participation de quelques Françaises à l’oeuvre des missions, comme la duchesse d’Aiguillon, Madame de La Peltrie, Marie de l’Incarnation.. .. Mes réserves ne se limitent pas à l’emploi fautif du mot thème, car la plupart du temps l’auteure se contente de résumer les textes plutôt que de les analyser. Si elle nous renseigne très bien sur ce qu’écrit Le Jeune sur tel ou tel sujet, elle le fait sans vraiment se préoccuper de savoir comment il le dit. Elle renvoie cette question à la fin dans un court chapitre intitulé «la composition et le style», comme s’il s’agissait seulement d’un ornement du discours. Madame Deffain oublie que les jésuites, au contraire des récollets, étaient des hommes très instruits qui connaissaient bien les ressources de la rhétorique et qui savaient s’en servir à bon escient. Comment leurs stratégies d’écriture atteignaient-elles leur cible? Voilàce que nous aurions voulu savoir. Cette étude s’impose donc plutôt comme vulgarisation des écrits de la Nouvelle-France que comme contribution à la recherche.

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MLA: Lemire, Maurice. Récits de voyages. canlit.ca. Canadian Literature, 8 Dec. 2011. Web. 25 May 2013.

This review originally appeared in Canadian Literature #158 (Autumn 1998), New Directions. (pg. 170 - 171)

***Please note that the articles and reviews from the Canadian Literature website (www.canlit.ca) may not be the final versions as they are printed in the journal, as additional editing sometimes takes place between the two versions. If you are quoting from the website, please indicate the date accessed when citing the web version of reviews and articles.

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