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Cover of issue #215

Current Issue: #215 Indigenous Focus (Winter 2012)

Canadian Literature's Issue 215 (Winter 2012) is now available. The issue features articles by Renate Eigenbrod, K. J. Verwaayen, Paul Murphy, Sylvie Vranckx, Mareike Neuhaus, Angela Van Essen, and Anouk Lang, and new Canadian poetry & book reviews.

Book Review

Ravissements et exils

  • Andrée A. Michaud (Author)
    Le ravissement. L'instant même (purchase at Amazon.ca)
  • Maryse Rouy (Author)
    Mary l'Irlandaise. Québec/Amérique (purchase at Amazon.ca)

Reviewed by Marie Carrière

Étrange et troublant, Le ravissement, cinquième roman d’Andrée A. Michaud, met en jeu mémoire, réalité ainsi que certitude des genres littéraires. À la fois roman policier, récit psychologique et conte fantastique faisant maintes références au baseball et à la culture populaire américaine, cet ouvrage évoque la détresse de vivre que communiquent le ciel, le vent et les couleurs de l’été des Bois noirs, ainsi que ses images qui rappellent le jardin d’Éden, le monde de la sorcellerie, la nostalgie de l’enfance et le côté maléfique des contes de fée. La dualité y est thème récurrent : réel et irréel, rêve et cauchemar, lucidité et folie, mort et immortalité viennent s’affronter et se confondre.

L’histoire est divisée en deux parties et narrée premièrement par une jeune femme troublée qui cherche à se reposer aux Bois noirs, où l’enlèvement de la petite Talia Jacob (durent l’été 1988) se déroule alors qu’une folie déjà menaçante rattrape la narratrice. Le « ravissement » se manifeste donc aux sens multiples du terme, y compris l’effet « ravisseur » exaltant du lieu enchanteur des Bois noirs et de ses personnages qui ensorcellent la nouvelle arrivée, ainsi que le « ravissement », la perte de ses sens, de sa mémoire et de sa prise sur le réel suite au « ravissement », c’est à dire à l’enlèvement mystérieux de Talia. La trame narrative, comme les événements liés à la disparition bouleversante de l’enfant, s’embrouille, et l’on demeure incertain de la fiabilité des propos racontés. Dix ans plus tard, un homme, deuxième narrateur du roman, enquête sur un événement identique, la disparition d’une autre petite fille nommée Alicia Duchamp. Bien qu’il réussisse à percer le mystère de cet endroit où les enfants ne grandissent pas et ou les habitants ne vieillissent pas non plus, le fonctionnement surnaturel des Bois noirs continue à remplacer le cycle naturel de vie et de mort, et semble, au bout du compte, indestructible. Au fait, malgré ses efforts pour sauver la prochaine victime dont le destin est d’assurer « la survivance d’êtres que la mort aurait dû emporter depuis longtemps », l’homme sombre à son tour dans la déraison et offre un récit aussi lacunaire et contradictoire que celui de la jeune femme internée depuis dix ans. On se trouve alors dans un monde parallèle, aux prises de deux récits qui se rejoignent et dont les confessions douteuses et l’accumulation d’événements de plus en plus ambigus font écho.

Postmoderne, le roman de Michaud fait miroiter forme et thématique, d’où la masse de faits, de descriptions et d’évocations reflétant la confusion des souvenirs qui hantent les esprits tourmentés de nos deux narrateurs. Ce texte exigeant, sans doute inquiétant, fait preuve d’une somptuosité métaphorique et d’une atmosphère lugubre qui feront vouloir relire pour replonger dans son monde toujours aux abords du délire ou encore, d’en finir avec ce récit qui échappe constamment à toute interprétation. Quoiqu’il en soit, Le ravissement se mérite une place de choix parmi les romans québécois les plus intéressants des dernières années, comme le confirme, d’ailleurs, le Prix littéraire du Gouverneur général qu’il remporte en 2001.

Mary l’Irlandaise offre un récit d’un tout autre ordre, autant au niveau stylistique que diégétique et formel. Dans ce quatrième roman de Maryse Rouy, il s’agit d’une histoire basée sur des faits réels. Le roman profite des recherches minutieuses menées par son auteure qui dépeint les traits dominants des années 1830 au Québec : épidémies dévastatrices de choléra, adoption du nouveau pays, modes de vie menés par les bourgeois et les habitants de la colonie, tensions religieuses, événements politiques donnant suite aux rébellions des Patriotes, ainsi que relations entre maîtres et domestiques, y compris la condition périlleuse des domestiques féminins vulnérables au viol et à l’abandon.

Comme elle l’indique dans son prologue, Rouy s’inspire d’un court journal rédigé par le fils de Mary Hughes, une Irlandaise venue s’installer en Amérique et abandonnée sur un quai de Québec à l’âge de quatorze ans par sa tante et son oncle. Dans sa version fictive, certes aspergée d’eau de rose, Rouy raconte les aventures de Mary O’Connor qui doit, une fois abandonnée par sa parenté, survivre seule dans un nouvel environnement dont les mœurs, la langue et le climat lui sont tout à fait étrangers. Grâce au couple bourgeois irlandais qui l’embauche comme femme de chambre, Mary est hébergée chez eux dans la Vieille Ville. Elle les suivra à l’Ile d’Orléans pour ensuite retourner à Québec, où elle se lie d’amitié avec la jeune Francine ainsi que ses frères Charles et Jean Denis, deux futurs soupirants. Suite au retour de ses maîtres en Irlande, Mary se rend à Berthier pour aller servir une famille française, où elle retrouve le beau Jean-Denis, à la fois coureur de bois, zélé politique et héros romantique par excellence. Au cours de ses va et vient, l’Irlandaise subit des agressions sexuelles commises par un domestique et un maître de maison, mais c’est surtout l’hostilité de femmes « méchantes », ces dénommées « mégères », « commères », « harpies » et « vieilles filles aigries » qui la fait souffrir. Au fait, c’est la tante, et non l’onde de Mary, qui est trouvée coupable de la situation précaire dans laquelle se trouve la jeune fille dès son arrivée en Amérique : « C’était Nora qui avait tout manigancé .... Dermot n’aurait pas fait une chose pareille. » Si Rouy se laisse leurrer par certains clichés féminins plutôt banals, elle se reprend quant aux rapports de classes qui logent au cœur du récit. Ainsi, Mary se lie d’amitié avec sa première maîtresse et attire la bienveillance de la fille de la maîtresse à Berthier.

Du côté formel, le récit linéaire de Rouy se démarque par son écriture simple et directe, assurant une lisibilité qui n’est pas, toutefois, sans vivacité. Bien que les traits du personnage principal rappellent peutêtre trop facilement ceux de la pauvre héroïne romantique devant surmonter les obstacles qui entravent sa quête de bonheur, l’histoire de Mary l’Irlandaise retient notre intérêt, comme réussit à le faire la véracité des descriptions captivantes d’un Québec d’hier et de l’expérience de l’exil migratoire si pertinent au Québec d’aujourd’hui.

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MLA: Carrière, Marie. Ravissements et exils. canlit.ca. Canadian Literature, 8 Dec. 2011. Web. 18 June 2013.

This review originally appeared in Canadian Literature #181 (Summer 2004), (Wiseman, Livesay, Sime, Connelly, Robinson). (pg. 166 - 168)

***Please note that the articles and reviews from the Canadian Literature website (www.canlit.ca) may not be the final versions as they are printed in the journal, as additional editing sometimes takes place between the two versions. If you are quoting from the website, please indicate the date accessed when citing the web version of reviews and articles.

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