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Cover of issue #214

Current Issue: #214 (Autumn 2012)

Canadian Literature's Issue 214 (Autumn 2012) is now available. The issue features articles by Germaine Warkentin, Susan Gingell, Deanna Reder, Allison Hargreaves, Daniel Heath Justice, Kristina Fagan Bidwell, Jo-Ann Episkenew, Andrea King, Joanne Leow, and Ana María Fraile, and new Canadian poetry & book reviews.

Book Review

Regards sur la nation

  • Denis Saint-Jacques (Editor), Giles Gallichan (Editor), and Kenneth Landry (Editor)
    François-Xavier Garneau: Une figure nationale. Éditions Nota bene (purchase at Amazon.ca)
  • Yvan Lamonde (Editor) and Gérard Bouchard (Editor)
    La Nation dans tous ses états: Le Québec en comparaison. L'Harmattan (purchase at Amazon.ca)

Reviewed by Kenneth W. Meadwell

La notion de collectivité nationale est l’objet d’étude de deux ouvrages collectifs fort intéressants. Dans un premier temps, il s’agit de François-Xavier Garneau: Une figure nationale, qui révèle la mosaïque qu’ont été la vie et l’oeuvre de celui nommé "historien national" de la collectivité québécoise. Dans un deuxième temps, La Nation dans tous ses états: Le Québec en comparaison fait état, sous une variété d’optiques, de ce qui constitue au Québec, comme ailleurs, l’identité collective.

François-Xavier Garneau (1809-1866), autodidacte, poète, historien et mémorialiste né à Québec, est un nom bien connu par ceux qui étudient l’histoire intellectuelle et littéraire du XIXe siècle québécois. La parution en 1845 du premier tome de son Histoire du Canada depuis sa découverte jusqu’ànos jours a marqué un point tournant dans l’historiographie du Canada. Cet ouvrage, vaste entreprise de synthèse et de recherche, a été suivi de trois autres tomes et de nombreuses rééditions. Membre fondateur de la Société Saint-Jean Baptiste de Québec en 1842, Garneau a aussi participé à la création de l’Institut canadien en 1847.

En octobre 1995 à Québec, l’Association québécoise pour l’étude de l’imprimé et le Centre de recherche en littérature québécoise de l’Université Laval se sont réunis pour étudier les problématiques suivantes: celle des rapports entre Garneau et son milieu, celle de l’écriture et de la production de son oeuvre, et celle de la fortune de cette dernière.

Par rapport à l’époque qui a "produit" Garneau, dans "Espace mal connu: La vallée du Saint-Laurent au XIXe siècle," Serge Courville, Jean-Claude Robert et Normand Séguin démystifient certaines représentations folklorisantes au sujet de la société québécoise du XIXe siècle, à savoir celle d’une société paysanne repliée sur elle-même et isolée par une agriculture traditionnelle. Au contraire, il est question d’abord d’un mode de vie enraciné dans les siècles précédents, et qui incarne un rapport à la terre où dominent les activités agraires; et par la suite, vers 1840-1850, de la montée urbaine et villageoise, alimentée par la croissance démographique, l’essor de l’industrie et des activités commerciales. En fin de compte, ce siècle est effectivement celui de l’affirmation urbaine et villageoise, mais est aussi traversé par un certain mouvement de modernisation.

Dans " François-Xavier Garneau et le caractère national des Canadiens", Marc Lebel fait état de quelques éléments qui ont contribué à la fortune de l’Histoire du Canada. Chez Garneau, le portrait de l’évolution du caractère national des Canadiens est saisissant. Pour brosser ce portrait, Garneau procède par contraste et oppose, d’une part, le "caractère belliqueux, indépendant, chevaleresque" des Canadiens sous la domination française, et, d’autre part, leurs "habitudes paisibles, laborieuses et sédentaires actuelles." Ce faisant, l’historien insiste sur la rapidité et la profondeur de la transformation qu’il qualifie de "révolution." De ce point de vue, Garneau est assurément de son temps, car il écrit à une époque où la notion de caractère national touche peut-être son apogée en Occident, l’expression "caractère national" s’étant déjàretrouvée chez les Philosophes, chez Mme de Staël, dont l’ouvrage De la littérature (1810) a fait date, et dans les carnets de voyage d’Alexis de Tocqueville.

En fin de compte, ces commentaires sommaires ne sauraient cerner la richesse et le grand intérêt que possèdent la vie et l’oeuvre d’un grand homme, tels qu’ils sont dévoilés par les articles érudits de François-Xavier Garneau: Une figure nationale.

Un autre ouvrage collectif qui rassemble des communications données lors d’un colloque, organisé en novembre 1996 par l’Institut interuniversitaire de recherches sur les populations, La Nation dans tous ses états: Le Québec en comparaison, présente sous une multiplicité d’angles le thème de la nation. L’originalité de cette recherche consiste dans la démarche comparative qui l’a alimentée. Aussi lit-on des titres aussi attirants que "Le rôle de l’histoire et de la littérature dans la construction des mythes fondateurs de la nationalité argentine" de Diana Quattrocchi-Woisson, "Contested Terrain: Commemorative Celebrations and National Identity in Ireland and Québec" de Ronald Rudin, ou encore, "Politiques linguistiques et identité nationale comparées au Québec et en Catalogne" de Guy Rocher et Bruno Marcotte.

L’un des articles les plus intéressants, aux yeux du littéraire, serait celui d’Earl Fritz, "The Interplay of History, Fiction, and Language in the Development of Colonial Literature in the Americas: Québec and Latin America." Il s’agit, d’une part, d’une liste de questions que se pose Fritz: à l’égard du contexte socio-historique européen—en France, en Espagne, au Portugal et en Angleterre—qui a créée la motivation d’exploration outre-mer. Quelques questions que pose Fritz sont les suivantes: Existe-t-il des parallélismes dans les motifs de l’exploration nationale, à savoir par rapport à la traite des fourrures en Nouvelle-France, la séduction de l’or et de l’argent en Amérique du Sud, et la culture de la canne à sucre au Brésil? Pourrait on comparer le "nouveau roman" québécois, sous-estimé par les critiques, à l’émergence de la "nueva novela/novo romance" à la même époque en Amérique Latine? A travers cette sorte de questionnement, Fritz tente de cerner de près et dans toute sa spécificité l’origine et la place qu’occupe en Amérique, à une époque post-coloniale, la littérature québécoise.

Enfin, Geneviève Zubrzycki présente un aperçu nuancé des changements sociaux, telle que la sécularisation de la société, qui ont influencé la construction identitaire de la nation polonaise et celle québécoise. Selon Zubrzycki, en Pologne, l’église accepte mal la nouvelle pluralité qui caractérise l’ère post-communiste, et tente de défendre et d’imposer sa vision dans un discours d’exclusion, alors qu’au Québec, l’état-providence provincial a remplacé l’église dans l’exercice de fonctions sociales et dans l’articulation du discours nationaliste. Au Québec, estime Zubrzycki, l’église est devenue pratiquement marginale. En Pologne, la situation serait plus nuancée car l’église a perdu de son influence sociale, l’anticléricalisme est à la hausse, mais la pratique religieuse jusqu’àmaintenant se maintient. (Le maintien de la pratique religieuse s’expliquerait par la nature ritual-iste et non reflexive de la religiosité des Polonais.) Consciente de sa position antérieure plus puissante, l’église catholique polonaise tente de se réinventer un ennemi depuis l’arrivée au pouvoir des néocommunistes, et essaie en vain de rallier les Polonais à sa cause.

La Nation dans tous ses états: Le Québec en comparaison confirme que nombre de nations traversent actuellement une période de mutation, et que ces évolutions soulignent en vérité que chaque nation est effectivement en perpétuel devenir, la globalisation venant exercer son influence sur chacun d’entre nous.

Ce trop bref parcours de deux ouvrages collectifs a permis de voir que la nation, dans loutes ses manifestations et ses meta morphoses, continuera à fasciner historiens et sociologues, linguistes et littéraires, bien au-delàdu nouveau millénaire.

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MLA: Meadwell, Kenneth W. Regards sur la nation. canlit.ca. Canadian Literature, 8 Dec. 2011. Web. 22 May 2013.

This review originally appeared in Canadian Literature #165 (Summer 2000), (Brochu, Buckler, Davies, Lowry, Ondaatje). (pg. 135 - 137)

***Please note that the articles and reviews from the Canadian Literature website (www.canlit.ca) may not be the final versions as they are printed in the journal, as additional editing sometimes takes place between the two versions. If you are quoting from the website, please indicate the date accessed when citing the web version of reviews and articles.

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