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Cover of issue #215

Current Issue: #215 Indigenous Focus (Winter 2012)

Canadian Literature's Issue 215 (Winter 2012) is now available. The issue features articles by Renate Eigenbrod, K. J. Verwaayen, Paul Murphy, Sylvie Vranckx, Mareike Neuhaus, Angela Van Essen, and Anouk Lang, and new Canadian poetry & book reviews.

Book Review

Romans d'immigration

  • Sylvain Meunier (Author)
    Lovelie d'Haïti. La Courte Échelle (purchase at Amazon.ca)
  • Emile Ollivier (Author)
    Passages. Ekstasis Editions (purchase at Amazon.ca)
  • Emile Ollivier (Author)
    Repérages. Éditions Leméac (purchase at Amazon.ca)

Reviewed by Joubert Satyre

Publié aux éditions La Courte Échelle en 2003, Lovelie d’Haïti, roman de Sylvain Meunier, présente deux visions opposées de l’immigration. Lovelie d’Haïti, héroïne éponyme, née en Haïti de parents démunis, rêve de devenir infirmière. Une suite de circonstances favorables lui donne la chance d’émigrer au Québec. Elle pourra enfin fréquenter une vraie école et, ainsi, réaliser son rêve. Cependant, la famille Jolicoeur qui l’accueille fait d’elle une véritable esclave, une restavèk, pour reprendre le terme créole qui désigne les enfants domestiques. En plus d’être mal logée et mal nourrie, elle est battue. Charline, l’aînée des Jolicoeur, la force à se prostituer au profit d’un chef de gang du nom d’Andy Colon ; Charlot, le deuxième de la famille, la viole avec la complicité de sa soeur. Un jour une bagarre éclate entre Andy Colon et Chomsky, un de ses acolytes, qui refuse de conduire Lovelie chez le pédophile du coin. La police intervient et remonte jusqu’à la famille Jolicoeur. Lovelie échappe enfin à ses bourreaux. Elle est recueillie par une voisine. Elle n’est pas encore infirmière, mais elle est sur la bonne voie. Ce happy-end montre le côté positif de l’immigration. Elle est passage de l’ignorance à la connaissance, et offer au personnage la possibilité d’un mieux-être. Avec ses caractéristiques de roman d’apprentissage, Lovelie d’Haïti semble aussi dire que l’immigration est une course d’obstacles et seuls quelques-uns réussissent. Ainsi, la famille Jolicoeur dont presque chaque membre souffre d’une tare physique ou morale représente ces immigrants qui sont plutôt une charge pour la société d’accueil. À l’image de ces jeunes qui, dans le roman, sont initiés au crime par des gangs, cette famille illustre l’échec de bon nombre d’immigrants. Et qu’est-ce qui explique cette violence sinon cet échec? La thèse implicite du roman est peut-être qu’il faut une immigration sélective.

L’histoire se déroule vers 1980 avec pour arrière-plans historiques, la dictature de Duvalier Fils en Haïti et le premier référendum au Québec, d’où la construction du roman sous forme de diptyque.

Lovelie d’Haïti est un roman sans prétention formelle : l’histoire se déroule linéairement et la fin en est presque prévisible. On notera cependant quelques images justes qui prouvent que l’auteur a une excellente connaissance de la culture haïtienne.

Passages d’Émile Ollivier est également un roman sur l’immigration, mais sa construction est beaucoup plus élaborée. Le romancier y fait alterner deux lignes narratives qui se fusionneront à la fin du roman. La première ligne narrative raconte le récit de boat-people s’exilant de Port-à-L’Écu pour Miami, le naufrage de leur bateau, le débarquement des rescapés sur une plage de la Floride. La deuxième ligne narrative rapporte les péripéties de Normand Malavy, immigrant haïtien dévoré de nostalgie, incapable donc de faire le deuil du pays natal. Normand laisse Montréal et ses hivers, images tangibles de la Mort, pour refaire sa vie à Miami, une sorte d’exil dans l’exil. C’est là que lui et sa maîtresse, Amparo Doukara, rencontrent les survivants qu’ils aident d’ailleurs. Cependant, Normand meurt quelque temps après, emporté par le mal qui le rongeait.

Deux voix narratives tissent cette trame assez complexe. Du côté des boat people, c’est Brigitte Kadmon dont Normand a recueilli les propos sur cassette. Retranscrits par Régis, ces propos constituent la première ligne narrative. Du côté de Normand, c’est Amparo Doukara, qui raconte à la veuve Leyda, les derniers jours de son amant à Miami.

En dépit de sa dimension autobiographique, Passages transforme le thème de l’errance en une méditation philosophique et religieuse sur la vie, l’identité, l’être et le paraître, thèmes baroques dont on trouve les échos dans toute l’oeuvre d’Ollivier. La citation en épigraphe de Montaigne « Je ne peins pas l’être, je peins le passage », donne le ton à ce roman, entre tragédie et espérance. Au bout de son chemin, l’Homo viator, l’Homme-pèlerin, ne trouve que la mort, mais il aura découvert l’inconnu. Le voyage est donc à la fois quête de connaissance et rencontre avec la mort. On trouve dans ce roman les marques de l’écriture d’Ollivier : phrases amples, généreuses, description minutieuse des scènes de vie, réflexions sociopolitiques.

Publié par L’Hexagone (Montréal) en 1991 et en 1994 par Le Serpent à Plumes (Paris), Passages a été traduit en anglais en 2003 par Leonard Sugden pour Ekstasis Editions Canada Ltd.

Repérages est l’histoire intellectuelle d’Émile Ollivier. Cet ensemble de réflexions sur l’écriture et la condition d’écrivain migrant présente le parcours de l’auteur et constitue un bilan. La question centrale à laquelle Repérages tente de répondre est celle de l’identité de l’écrivain migrant. Selon Émile Ollivier, sa condition de migrant ou d’exilé est idéale pour lui en tant qu’écrivain, puisque l’écriture est elle-même exil, errance et que, pour entrer en littérature, tout auteur doit se déprendre de lui-même, de sa langue, de ses habitudes. Loin des crispations et des replis identitaires, Ollivier trouve donc dans sa condition d’écrivain migrant une métaphore de l’activité littéraire. L’immigration, de même que l’écriture, est ouverture à l’altérité. À l’ère de l’Internet et de la mondialisation, nos identités se défont et se refont perpétuellement; au lieu d’être stables, elles sont plutôt « mouvantes ou en évolution » (29). Ainsi, l’écrivain s’est progressivement défait de son sentiment d’être exilé : « Puis un matin, j’ai découvert que je n’étais plus un exilé, le Québec était devenu ma terre non plus d’asile mais de séjour ». Ce trajet qui va de la nostalgie à l’utopie se retrouve également dans les romans d’Ollivier dont les premiers présentent des personnages travaillés par l’idée du retour au pays natal, tandis que les publications plus tardives décrivent des personnages qui acceptent l’exil. Deleuze et Glissant servent de références intellectuelles implicites à cette vision dynamique de l’écrivain-dans-le-monde dont l’identité ne peut être que rhizomatique.

À partir de cette question centrale, Émile Ollivier en aborde d’autres, plus générales, comme son rapport à la mémoire, à l’écriture, à l’engagement. Sur ces questions, la position d’Ollivier peut se résumer ainsi : atteindre l’universel à travers le particulier. Repérages restera le testament littéraire et intellectuel d’Émile Ollivier, une sorte d’art poétique qui éclaire son travail d’écrivain.



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MLA: Satyre, Joubert. Romans d'immigration. canlit.ca. Canadian Literature, 8 Dec. 2011. Web. 19 June 2013.

This review originally appeared in Canadian Literature #190 (Autumn 2006), South Asian Diaspora. (pg. 125 - 127)

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