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Cover of issue #214

Current Issue: #214 (Autumn 2012)

Canadian Literature's Issue 214 (Autumn 2012) is now available. The issue features articles by Germaine Warkentin, Susan Gingell, Deanna Reder, Allison Hargreaves, Daniel Heath Justice, Kristina Fagan Bidwell, Jo-Ann Episkenew, Andrea King, Joanne Leow, and Ana María Fraile, and new Canadian poetry & book reviews.

Book Review

Tête ailleurs et désertion

  • Pierre Yergeau (Author)
    La désertion. L'instant même (purchase at Amazon.ca)
  • Hélène Vachon (Author)
    La tête ailleurs. Québec/Amérique (purchase at Amazon.ca)

Reviewed by Carlo Lavoie

Dans son premier roman pour adulte, Hélène Vachon nous livre un récit dense et complexe ouvrant la voie à une réflexion sur la création et sur le monde qui nous entoure. Publié en 2002, La tête ailleurs devient une affaire de regard qui nous oblige à remettre nos propres perceptions en jeu. L’auteure propose une remise en question de ce que les yeux ne voient qu’au premier abord par ce que les yeux du coeur n’osent que très rarement dévoiler.

Divisé en deux parties, ce roman nous fait entrer dans la vie de Alison Moser, dont le gagne-pain consiste à peindre les portraits de gens qui veulent laisser des souvenirs à ceux et celles qu’ils aiment. Ce métier est loin de la combler mais lui sert néanmoins à se nourrir, quoique très peu, et à boire du soir au matin, autant à la maison que dans son bistrot préféré. C’est en peignant les têtes de ses clients qu’elle se remet constamment en question, elle qui aimerait tellement être à la hauteur de ce qu’elle croit être une personne bien. Ainsi, les gens qui l’entourent contribuent à son questionnement. Parmi ces personnages qui meublent son univers, il y a sa tante Doria, qui habite le petit village de Penwick et qui l’aime de façon inconditionnelle. Il y a aussi son ex-conjoint Linder, qu’elle a toujours cru trop parfait pour elle, Léa et son ami Allan, dont le couple semble aller à la dérive, Hunter, un sans-abri, SDF, le chien qui habite avec elle et qui se contente de prendre le moins de place possible, et enfin Warren, le nouveau voisin de palier bruyant qui viendra bouleverser la solitude qu’elle aimait jusqu’alors. Très «tête ailleurs» dans son travail et ses soirées de «vin solitaire», elle sera forcée de porter une attention particulière au bruit de ceux qui l’entourent et surtout, à porter un regard différent sur elle-même.

Ce roman doit également beaucoup à la peinture. D’abord d’un réalisme saisissant, le récit nous permet de voir le monde sous différents regards. Ainsi, la narration en est une multiple et devient une sorte de concert kaléidoscopique. Les récits enchâssés dévoilent différentes facettes de la vie de Alison. Les voix de ses amis se mêlent les unes aux autres pour apporter autant d’ombres et surtout de nuances au tableau morne qu’elle semblait vouloir peindre de sa propre vie. Les couleurs singulières de chaque voix narrative s’insèrent dans un univers empreint de détresse et d’un humour noir dans lequel Alison se cherche. Tous ces personnages feront en sorte qu’elle se sente ébranlée dans son petit monde et qu’elle se sente obligée d’en sortir pour trouver un sens à sa vie.

Ce questionnement sur le sens de la vie hante également le monde de La désertion de Pierre Yergeau. Paru en 2001, et finaliste au Prix du Gouverneur général du Canada en 2002, ce roman est le huitième titre publié par Yergeau. L’auteur abitibien y présente la suite de L’écrivain public paru en 1996 et qui marquait le début d’une fresque régimale qui devrait compter neuf titres. D’ailleurs le lecteur reconnaîtra Jérémie, écrivain public, le personnage principal du roman du même titre, qui cède ici le pas à l’histoire de Michelle-Anne Hans, ou encore Mie, que l’on suivra de l’enfance à la vieillesse. À l’aide de fragments rappelant les souvenirs d’une vie et d’un style riche, Yergeau nous fait revisiter l’enfance par le biais de deux thèmes principaux, la perte et l’abandon.

Divisé en trois parties, ce roman relate les faits et gestes importants qui ont meublé la vie de Mie, une enfant de gens de cirque élevée dans un camp de bûcherons de l’Abitibi par sa grand-mère Tony et le chef cuisinier du camp, monsieur Tchen. La première partie la présente d’ailleurs toute petite alors qu’elle évoluait entre les chaudrons de la cuisine et la salle à manger remplie de bûcherons. Très tôt, elle sera appelée à oublier qu’elle est une enfant afin de se rendre utile et d’abandonner les simples jeux qu’elle s’était créés pour s’imaginer une nouvelle existence, soit les ombres chinoises projetées sur les murs par le cuisinier d’origine chinoise et son jeu de marionnettes rappelant le Grand Cirque d’Hiver dans lequel évoluaient ses parents. Femme ordinaire d’un mineur menteur, coureur de jupons, alcoolique et drogué, elle aurait voulu devenir une grande femme et quitter l’Abiti. Elle se verra vieillir, aimer, être déçue par l’amour, avoir des enfants, les regarder partir et enterrer son mari. À travers tous ses souvenirs, elle apprend que l’on se noie dans le passé, que l’on se perd dans le présent et que le futur, selon monsieur Tchen, n’existe pas. Pas étonnant ainsi que dans les souvenirs de Mie se mêlent des bribes de son présent alors qu’elle combat jusqu’à la vieillesse pour changer sa vie. La perte de l’enfance devient alors l’abandon de grands projets pour Mie. Les illusions sur l’âge adulte cèdent rapidement le pas devant ce vaste territoire où règnent le silence, la confusion et la répétition de la même épinette qui s’étend sur des kilomètres. Dans ce paysage, les souvenirs se dressent comment autant de fragments de vie, souvent incomplets, variés et en désordre.

Du côté formel, Pierre Yergeau marie admirablement bien une forte mélancolie et un côté humoristique très pointu. Des scènes à la fois empreintes de douceur et de violence nous livrent un monde de turbulences, un monde d’amertume et de blessures. Mie n’aura pas réussi à quitter la vallée de l’or, mais le lecteur saura apprécier un style d’écriture faisant découvrir le pays natal de l’auteur.



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MLA: Lavoie, Carlo. Tête ailleurs et désertion. canlit.ca. Canadian Literature, 8 Dec. 2011. Web. 26 May 2013.

This review originally appeared in Canadian Literature #184 (Spring 2005), (Grace, Dolbec, Kirk, Dawson, Appleford). (pg. 177 - 179)

***Please note that the articles and reviews from the Canadian Literature website (www.canlit.ca) may not be the final versions as they are printed in the journal, as additional editing sometimes takes place between the two versions. If you are quoting from the website, please indicate the date accessed when citing the web version of reviews and articles.

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