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Cover of issue #214

Current Issue: #214 (Autumn 2012)

Canadian Literature's Issue 214 (Autumn 2012) is now available. The issue features articles by Germaine Warkentin, Susan Gingell, Deanna Reder, Allison Hargreaves, Daniel Heath Justice, Kristina Fagan Bidwell, Jo-Ann Episkenew, Andrea King, Joanne Leow, and Ana María Fraile, and new Canadian poetry & book reviews.

Book Review

Théâtre et traduction

  • Linda Gaboriau (Translator) and Normand Chaurette (Author)
    All the Verdis of Venice. Talonbooks (purchase at Amazon.ca)
  • Linda Gaboriau (Translator) and Michel Marc Bouchard (Author)
    Down Dangerous Passes Road. Talonbooks (purchase at Amazon.ca)

Reviewed by Alain-Michel Rocheleau

En 2000, Talonbooks de Vancouver publiait la version anglaise de deux pièces fort appréciées du public québécois: Je vous écris du Caire (1996) de Normand Chaurette et Le Chemin des passes-dangereuses (1998) de Michel Marc Bouchard. La fable du premier texte peut se résumer de la façon suivante. Fait prisonnier à la Scala de Milan et menacé d’une arme par le directeur du lieu, le compositeur Giuseppe Verdi se voit forcé d’écrire en quarante-huit heures un opéra en cinq actes (Don Carlos), commandé un an et demi plus tôt, pour célébrer la splendeur de l’Italie unifiée. Même si le maestro souhaite se rendre au Caire pour terminer l’écriture d’ Aida, il acceptera la commande du directeur en autant que Tereza Stolz consente à interpréter le rôle de la reine d’Espagne. Tout en composant Don Carlos, Verdi se remémore les lettres passionnées envoyées jadis à sa cantatrice préférée. Le départ momentané de cette dernière donne lieu à un dialogue intensif entre le compositeur et son double, le Souffleur (Verdi II), prenant vite l’aspect d’une crise de conscience identitaire que Chaurette met subtilement en évidence tout au long de l’histoire.

Ce qui ressort avant tout de la lecture de All the Verdis of Venice, c’est la complexité du système sémantique à l’intérieur duquel la déconstruction du personnage de Verdi prend forme. Alors qu’au départ, le maestro et le Souffleur possèdent une identité clairement définie, un mécanisme d’appropriation de souvenirs, de sentiments et de répliques provoque, au terme de l’action, l’amalgame du statut identitaire de ces deux personnages, alors appelés Verdi I et Verdi II. Grâce aux effets dynamiques qu’il provoque, ce mécanisme, véritable système en miroir auquel s’associent d’autres modes de dédoublement-répétition comme le jeu dans le jeu ou la pièce dans la pièce, altère les limites perceptuelles entre le rêve et la réalité chez l’ensemble des protagonistes, tout en participant à la structuration de la fable.

Outre les qualités attribuables à cette septième pièce de Chaurette, le travail de tra duction de Linda Gaboriau témoigne d’un sérieux désir d’adéquation à 1’ œuvre originale. Dans l’ensemble, la version anglaise suit assez fidèlement l’économie verbale du texte de départ, dont elle se distingue néanmoins par l’élimination (ou parfois l’ajout) de bouts de répliques et de didascalies. À titre d’exemple, "On voit bien que la Gazetta di Milano qui paraît le jeudi ne se rend pas jusqu’au Caire" devient "It’s obvious that the Gazetta Musicale di Milano never reaches Cairo." Sa volonté de rejoindre le contexte récepteur se manifeste aussi dans l’adaptation d’expressions ou d’idio-tismes comme "Dieu merci" et "Fini les a parte avec le maestro," qu’elle traduit respectivement par "Perfect" et "No more tête-à-têtes." Dans quelques passages, Gaboriau semble animée par l’intention d’expliquer le message de certaines répliques et n’hésite pas à traduire, avec pertinence, "Au timbre printanier. C’est encore l’hiver" par "With his youthful timbre. Time spares no man!" D’autres choix de traduction sont, par contre, beaucoup plus gratuits, comme "Ce papier date d’il y a trente ans" qui devient "That article was written more than twenty years ago."

La démarche traductive accomplie dans Down Dangerous Passes Road de Michel Marc Bouchard semble elle aussi motivée par une recherche d’adéquation au texte original. Aux niveaux onomastique et toponymique, par exemple, la traduction a retenu le prénom des trois personnages (Ambroise devient cependant Ambrose, dans la version anglaise) et de l’endroit où se déroule l’action. Certaines adaptations sont aussi destinées à faciliter la réception de la pièce dans un contexte d’accueil autre que québécois. Ainsi, "T’es ben smatte d’être-là" devient "It was nice of you to come" et "sportif en ciboire!" devient "what a sport!" Puisque le texte de Bouchard (de facture hautement réaliste) est écrit dans une langue comportant de nombreux idiomes régionaux, la version traduite les reproduit par des élisions empruntées à la langue orale comme "Pa" pour "Pepa," et par des contractions de mots comme "Where’s" pour "Oùsqu’y est." Enfin, d’autres traductions relèvent purement du jugement esthétique de Gaboriau, comme "You’re such a snob" pour "Laisse faire tes phrases de snob."

Accessible mais sans être facile, ce neuvième texte de Bouchard met en scène trois passagers d’une camionnette qui n’ont d’autres choix que de se parler, à la suite d’un accident les impliquant dans le tournant du chemin des passes-dangereuses. En attendant d’être secourus, ces trois frères (toujours vivants ou déjà morts . . .) renouent avec des souvenirs lointains, se témoignent des sentiments tendres et de rancœur qu’ils n’ont jamais pu s’avouer, puis deviennent les auditeurs impuissants des rêves inachevés de chacun: Cari, le cadet, ne cesse d’espérer une vie traditionnelle déjà toute tracée; Ambroise, homosexuel, aimerait vendre son appartement montréalais et prendre soin de son amant sidatique, alors que Victor, l’aîné, planteur d’arbres et père de famille, voudrait changer son existence qu’il juge insignifiante. Au-delà des différences de chacun, ces trois individus parviennent à s’écouter véritablement et finissent par avouer, d’un commun accord, la honte qu’ils éprouvent envers leur père, un "ivrogne griffonneux," mort noyé au même endroit quelques années plus tôt.

Sans être impudente, cette pièce nous amène à poser un regard critique sur la société contemporaine, sur des individus vivant en marge de celle-ci et préférant tous le rêve à la réalité. Pour eux, d’ailleurs, l’activité onirique constitue la seule manière qu’ils ont de survivre à une existence par trop décevante. À l’aide de structures en abyme dans lesquelles s’imbriquent jeu et réalité, mensonge et vérité, l’auteur trace le portrait d’un univers familial sclérosé, où l’impuissance d’un père, le désespoir d’une mère et l’embarras de jeunes garçons, bien qu’à peine dévoilés dans les dialogues, sont évocateurs. En traitant de ces thèmes toujours délicats par l’entremise d’images allégoriques, Michel Marc Bouchard conserve aux relations de ses personnages leur part d’humanité mais aussi d’ambiguïté.





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MLA: Rocheleau, Alain-Michel. Théâtre et traduction. canlit.ca. Canadian Literature, 8 Dec. 2011. Web. 23 May 2013.

This review originally appeared in Canadian Literature #177 (Summer 2003), (Duncan, Wiebe, Jameson, Thérault, Martel). (pg. 130 - 132)

***Please note that the articles and reviews from the Canadian Literature website (www.canlit.ca) may not be the final versions as they are printed in the journal, as additional editing sometimes takes place between the two versions. If you are quoting from the website, please indicate the date accessed when citing the web version of reviews and articles.

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