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Cover of issue #214

Current Issue: #214 (Autumn 2012)

Canadian Literature's Issue 214 (Autumn 2012) is now available. The issue features articles by Germaine Warkentin, Susan Gingell, Deanna Reder, Allison Hargreaves, Daniel Heath Justice, Kristina Fagan Bidwell, Jo-Ann Episkenew, Andrea King, Joanne Leow, and Ana María Fraile, and new Canadian poetry & book reviews.

Book Review

Tragique émorationnalité

  • François Paré (Editor) and Stéphanie Nutting (Editor)
    Jean Marc Dalpé: Ouvrir d'un dire. Prise de Parole (purchase at Amazon.ca)
  • Simon Laflamme (Author)
    Suites sociologiques. Prise de Parole (purchase at Amazon.ca)

Reviewed by Stéphane Girard

Dans son plus récent ouvrage publié chez Prise de parole, Simon Laflamme, professeur de sociologie et directeur du programme de doctorat en sciences humaines de l’Université Laurentienne de Sudbury (Ontario), retrace les grandes lignes d’un parcours professionnel et intellectuel marqué par ce constat : « L’humain, dans sa quotidienneté, vit sur le mode de l’émorationnalité, c’est-à-dire à la fois de façon rationnelle et émotive, non pas dans l’alternance, mais dans la simultanéité. » Par l’intermédiaire de ce néologisme, Laflamme propose une révision radicale des grands thèmes de la sociologie du 20ième siècle, principalement celui de la « nature de l’action sociale » et de son caractère strictement rationnel. Du coup, il impose une vision du social où cette même action humaine relève d’un sujet qui agit, certes, mais qui, tout à la fois, est agi : « Tout ce qui est humain n’est pas intentionnel. Les relations sont déterminantes de ce que font et disent les humains au moins autant que la subjectivité elle-même. La part du non-intentionnel, chez l’humain, est au moins aussi importante que celle de l’intentionnel. » En ce sens, Laflamme insiste sur la primauté—l’« immanence », dit-il—du collectif sur l’individuel, évidence propre à la (une?) sociologie.

Publié au même moment chez Prise de parole (et faisant suite à un colloque organisé en 2004 à l’Université de Guelph), le recueil Jean Marc Dalpé : ouvrier d’un dire (dirigé par Stéphanie Nutting et François Paré), quant à lui, interroge l’écriture dramatique, poétique, romanesque et télévisuelle de Jean Marc Dalpé, important écrivain franco-ontarien (triple récipiendaire, faut-il le rappeler, du prix du Gouverneur général du Canada) s’attardant, dans ses œuvres, à raconter l’agir humain dans ce qu’il a, justement, de moins intentionnel. En effet, chez Dalpé, « le faire des personnages est à l’avant-plan de chacun des tableaux et des ‘histoires.’ Ce sont des personnages portés à agir. Cependant, il est rare que leurs actions soient salutaires, infléchies comme elles le sont par une fatalité d’autant plus terrible qu’elle est intime. » Aussi n’est-il pas innocent que plusieurs des collaborateurs de ce recueil se penchent sur la dimension éminemment tragique des ouvrages de l’écrivain franco-ontarien, « le tragique [étant] une manière d’agir plutôt qu’une manière d’être ». Hantés par l’alcoolisme, l’inceste, la pauvreté du langage, le déchirement identitaire et autres violences, les personnages de Dalpé apparaissent dépossédés de leur statut de sujet agissant, voire parlant : « Aux moments les plus tragiques, ils ne sont plus eux-mêmes, leur discours même ne parvenant pas à se constituer. » L’originalité de la poétique de Dalpé serait donc, à la lumière des essais ici réunis, de chercher, envers et contre tous, à mettre en scène l’élaboration d’un discours autrement—et dramatiquement—indicible.

Voilà pourquoi ces deux ouvrages, pourtant totalement distincts en termes de disciplines, d’intentions, d’objets et de méthodes, peuvent se faire, étrangement, écho, ne serait-ce que par l’intermédiaire de cette interrogation de la raison instrumentale et de la subjectivité intentionnelle qu’ils sollicitent. Par le fait même, ils révèlent qu’au cœur des sciences humaines—dont font également partie, en bout de ligne, les études littéraires—se terre la hantise du tragique de l’existence même et de son interprétation : cet agir émorationnel que la sociologie de Laflamme cherche, l’espace d’une carrière universitaire, à décrire et systématiser, l’écriture de Dalpé, quant à elle, « mue par cette intimation à agir » et « répét[ant] à qui veut l’entendre, jusqu’à la vocifération, la nécessité absolue de la voix, source de toute affirmation et de toute dignité », cherche (en vain ?) à la dénoncer ou, du moins, à l’énoncer.

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MLA: Girard, Stéphane. Tragique émorationnalité. canlit.ca. Canadian Literature, 8 Dec. 2011. Web. 25 May 2013.

This review originally appeared in Canadian Literature #195 (Winter 2007), Context(e)s. (pg. 155 - 156)

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