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Cover of issue #214

Current Issue: #214 (Autumn 2012)

Canadian Literature's Issue 214 (Autumn 2012) is now available. The issue features articles by Germaine Warkentin, Susan Gingell, Deanna Reder, Allison Hargreaves, Daniel Heath Justice, Kristina Fagan Bidwell, Jo-Ann Episkenew, Andrea King, Joanne Leow, and Ana María Fraile, and new Canadian poetry & book reviews.

Book Review

Trait d'union

  • Wajdi Mouawad (Author)
    Assoiffés. Éditions Leméac (purchase at Amazon.ca)
  • Sébastien Harrisson (Author)
    Floes et D'Alaska (suite Nordique). Dramaturges Éditeurs (purchase at Amazon.ca)
  • Daniel Danis (Author)
    Le chant du Dire-Dire. Éditions Leméac (purchase at Amazon.ca)
  • Steve Leplante (Author)
    Le Long de la Principale. Dramaturges Éditeurs (purchase at Amazon.ca)
  • Suzanne Lebeau (Author)
    Souliers de Sable. Éditions Leméac (purchase at Amazon.ca)

Reviewed by Eric Paul Parent

Dans ses pièces, Daniel Danis crée un langage qui lui est propre : une « poésie du trait d’ ».  Quand les mots se font trop petits, Danis les fusionne l’un à l’autre pour en tirer plus de sens.  Le chant du Dire-Dire raconte la survie de quatre orphelins qui ont décidé de s’éduquer seuls, envers et contre tous.  Les enfants télescopent les mots pour exprimer le sens caché et les sous-entendus dont est constitué le monde des adultes.  Le langage de la pièce Le chant du Dire-Dire ressemble à la langue qu’on entend tous les jours, mais ce langage transmet mille fois plus de sens et d’émotion.  La subtilité du texte de Danis se révèle plus facilement à la lecture qu’à l’écoute.  Voir les mots juxtaposés éclaire les intentions de l’auteur et les contradictions qui habitent les personnages.  Le chant du Dire-Dire est une longue phrase qu’on prononce en respirant à peine, mais si l’auteur manipule la plume avec brio, parfois le lecteur s’essouffle.  Le récit de ces quatre enfants est si simple que nous nous demandons si la complexité du langage sert vraiment la pièce.  Par contre, on imagine mal comment les quatre orphelins pourraient s’exprimer autrement que par cette poésie où les grossièretés accompagnent les envolées lyriques.  Le chant du Dire-Dire est un long cri d’un cœur adolescent.

C’est ce même genre de discours qui anime Murdoch, le personnage central de l’intrigue d’Assoiffés de Wajdi Mouawad.  Cette pièce de commande, écrite sans soucis de structure, brise le quatrième mur théâtral ou plutôt le fait reculer jusqu’à inclure le public à la scène.  En alternant les discours poétiques et réalistes, Mouawad raconte la cause du suicide de Murdoch et pose des questions fondamentales, presque déroutantes :  qu’est-ce que ça veut dire d’être vivant ? qu’est-ce que ça veut dire « la réalité » ?  Comme l’eau qui emprunte les détours les plus tortueux pour atteindre la mer, Assoiffés suit ses personnages dans les méandres de leur imaginaire.  Ce texte est court comme une vie et il révèle la soif de vivre, la soif d’une vérité, la soif d’unir le réel à l’imaginaire.

À ce sujet, Floes de Sébastien Harrisson est un texte touchant de cette vérité qui nous est révélée uniquement lorsque nous sommes confrontés à la mort.  Deux amoureux bien réels portés par la glace et la poésie de leurs paroles divaguent entre la vie et la mort, entre le rêve et le délire.  Ce testament presque chanté passe du français à l’anglais et du cri de vie au chant du cygne avec la même facilité avec laquelle la glace glisse sur l’eau.  Dans sa pièce D’Alaska, Harrisson oppose les limites de la vie quotidienne à l’immensité de l’âme humaine.  Ce récit captivant qui propose un duel entre Aujourd’hui, jeune homme en fugue, et Madame, vieille dame en peine d’amour, se lit comme une longue phrase sans point, mais ponctuée d’interrogations, d’exclamations, de traits d’ et d’idées laissées en suspend.  Comme dans la vie, dans D’Alaska le temps file parfois vite, parfois lentement; un trésor qui nous coule entre les doigts.

À l’opposé des personnages de Harrisson, les personnages de Le Long de la Principale de Steve Laplante semblent trop blasés pour goûter à la vie qui leur échappe.  Lui vient de voir son père disparaître dans le plancher, c’est-à-dire, mourir sans laisser de traces.  Le Long de la Principale se lit comme un texte blanc où le lecteur projette tout le sens.  Bien que le texte nous fasse sourire à quelques reprises, l’humour simpliste de l’auteur ne mène nulle part.  Les jeux de mots produits par les noms des personnages semblent être la seule occasion où l’auteur ait tenté d’offrir autre chose qu’une structure linéaire dont le propos se limite à décrire la monotonie de la vie quotidienne à St-Icitte.

En revanche, Suzanne Lebeau crée un univers qui ressemble à une comptine d’enfant et qui défile au rythme des sabliers.  Souliers de sable est destiné à un jeune public, mais le message d’espoir que ce texte communique peut toucher tous les gens qui s’acharnent à vouloir contrôler le passage temps.  À travers l’innocence de ses personnages, l’auteur nous explique qu’il faut tout apprendre, même à tomber.  La douleur que l’on ressent face aux épreuves de la vie n’est pas une raison de s’enfermer, mais une indication que le véritable monde à découvrir se trouve à l’extérieur de notre personne.  Au début de la pièce, les personnages de Souliers de sable sont prisonniers de leurs rêves et de leur enfance.  Lors des dernières répliques, les enfants sont à cheval entre le monde de l’enfance et l’avenir.  Ils doivent choisir, mais sans oublier.  Ils doivent grandir, mais sans couper les liens qui les unissent à leur jeunesse.

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MLA: Parent, Eric Paul. Trait d'union. canlit.ca. Canadian Literature, 8 Dec. 2011. Web. 18 May 2013.

This review originally appeared in Canadian Literature #200 (Spring 2009), Strategic Nationalisms. (pg. 139 - 140)

***Please note that the articles and reviews from the Canadian Literature website (www.canlit.ca) may not be the final versions as they are printed in the journal, as additional editing sometimes takes place between the two versions. If you are quoting from the website, please indicate the date accessed when citing the web version of reviews and articles.

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