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Cover of issue #214

Current Issue: #214 (Autumn 2012)

Canadian Literature's Issue 214 (Autumn 2012) is now available. The issue features articles by Germaine Warkentin, Susan Gingell, Deanna Reder, Allison Hargreaves, Daniel Heath Justice, Kristina Fagan Bidwell, Jo-Ann Episkenew, Andrea King, Joanne Leow, and Ana María Fraile, and new Canadian poetry & book reviews.

Book Review

Tremblay conteur

  • Michel Tremblay (Author)
    Bonbons assortis. Éditions Leméac (purchase at Amazon.ca)
  • Michel Tremblay (Author)
    Hotel Bristol New York, N.Y.. Éditions Leméac (purchase at Amazon.ca)
  • Michel Tremblay (Author)
    L'homme qui entendait siffler une bouilloire. Éditions Leméac (purchase at Amazon.ca)

Reviewed by Alain-Michel Rocheleau

Imposante par sa richesse thématique et formelle, l’œuvre de Michel Tremblay affectionne particulièrement les amalgames et les croisements en tous genres. Trois récits, que l’auteur vient de publier, témoignent bien de ce fait. Le premier, Hotel Bristol New York, N. Y., nous raconte à peu près ceci. Dans une missive destinée à Dominique, "psychanalyste québécois en sabbatique à Paris," Jean-Marc décrit les émotions liées à un secret familial qui lui gâche l’existence depuis longtemps et qui, dans le présent de la narration, mobilise presque entièrement son état de conscience. Cette lettre, écrite entre le 11 et le 13 mars 1998 à l’Hôtel Bristol de New York, se présente à la fois comme un questionnement identitaire et une réflexion sur les circonstances qui ont d’abord favorisé la conciliation entre les fils aîné (Richard) et cadet (Jean-Marc) de la Grosse Femme, puis leur éloignement tragique.

Ces deux personnages sont déjà connus des lecteurs de Tremblay. Le premier est celui qui, dans les Chroniques du Plateau Mont-Royal, partage—jeune homme—la même chambre que sa grand-mère Victoire, qui ressent au parc Lafontaine les premiers signes d’éveil de sa sexualité et qui parvient à calmer la détresse engendrée par ceux-ci grâce à Mercedes, qui l’initie aux choses de la vie. Quant au second, il est dans Le Cœur découvert (1986) et La Maison suspendue (1990) le professeur de littérature quadragénaire, l’écrivain et 1’ amant de Mathieu, puis, dans Le Cœur éclaté (1993), celui qui vit douloureusement la rupture d’avec celui-ci.

Or voilà que dans Hotel Bristol New York, N.Y., Jean-Marc, âgé de 55 ans, se voit confronté à l’inopiné d’une constatation empoisonnée, à savoir la découverte, dans une vitrine, d’une ressemblance incroyable avec ce qu’il croyait être la contre-image de son identité: ". . . ce que j’ai entrevu dans la vitrine, le temps d’une fraction de seconde [écrit-il], c’est mon frère Richard, que je ne peux pas supporter depuis ma tendre enfance." En d’autres lieux, il aurait su interpréter la valeur démonstrative de ce reflet, l’utiliser même dans la construction d’un récit fictif qu’il aurait pu déconstruire, "reconstruire en changeant les noms, [se] servir, comme d’habitude, des [s] es hantises, problèmes et autres obsessions pour bâtir une belle histoire à travers laquelle [il] exprimerai^] tout ce que contient cette lettre. . .." Mais ici, le miroir ne se borne pas à restituer ce que Jean-Marc est devenu: il se charge de mettre au jour, au prix d’une sombre révélation, une hérédité qu’il s’épuise à nier et qu’il ne pourra nullement changer.

Dans ce roman épistolaire de quatre-vingt pages et écrit à la première personne, ni les peines d’amour, ni l’orientation sexuelle de Jean-Marc ne font l’objet d’une attention particulière. L’évocation des réminiscences du passé—véritable fil conducteur dans l’œuvre tremblayenne—anime toutefois la confession de ce personnage attachant, d’une manière à la fois sobre et émouvante. Il en est ainsi dans L’homme qui entendait siffler une bouilloire.

Deux semaines avant la fin du tournage de son film, Simon Jodoin, un ami d’enfance de Jean-Marc, voit son existence chavirer quand, dans son oreille interne, se met à siffler un bruit strident, pareil à celui d’une bouilloire. Il y voit d’abord le symptôme d’une fatigue chronique. Mais le son persiste et s’amplifie même, les jours suivants. "Cette présence..., l’avait-il plantée lui-même en écoutant de la musique trop fort pendant des dizaines d’années?" se demande-t-il. Conseillé par Jean-Marc, Simon se résout à consulter un oto-rhino-laryngologiste, qui lui révèle que le sifflement est un acouphène provoqué par une tumeur affectant le nerf auditif. Il rencontre alors un neurochirurgien qui l’informe de la possibilité de complications post-opératoires (incluant une paralysie faciale), sans qu’il ne soit pour autant débarrassé de son acouphène. A la suite de l’opération, la semaine de convalescence du réalisateur ne sera pas de tout repos. Par mesure de précaution, le patient sera réveillé aux vingt minutes pendant quinze heures. Puis certains proches viendront le voir: Jacqueline, son ex-épouse, et leurs deux fils, Vincent et Hervé. La visite de Jean-Marc, le lendemain, lui fera aussi plaisir, du moins avant que celui-ci ne commette une incroyable maladresse, en demandant: "La perte totale de l’ouïe, à gauche, ça te pose pas trop de problèmes? Tu vas t’habituer vite, y paraît?" Simon comprend alors que les docteurs ont dû sacrifier son nerf auditif de façon à retrancher la tumeur et note aussi le retour de l’acouphène. L’homme devra se convaincre qu’il en avait besoin pour vivre et que, sans lui, sa vie était inimaginable.

En s’inspirant d’une expérience personnelle—le prélèvement, en 1998, d’une tumeur à l’oreille interne—Tremblay parvient à nous décrire les convictions puis le désarroi d’un être sournoisement affecté par la maladie, et ce, par une écriture empreinte de délicatesse et par des propos qui ne tombent jamais dans le mélo. La conclusion de ce roman, toutefois, communique un sentiment d’incomplétude et aurait méritée une meilleure attention.

Si la détresse psychologique caractérise les deux histoires précédentes, les souvenirs liés à des tranches de vie d’une enfance idéalisée et racontée par l’entremise de dialogues colorés font le charme du troisième ouvrage intitulé Bonbons assortis. Ceux qui ont aimé lire les récits contenus dans Un ange cornu avec des ailes de tôle (1994) retrouveront avec bonheur l’univers familial de Michel et de ceux qui le constituent: les femmes de la maison (la mère du narrateur, Rhéauna [dit Nana], sa grand-mère, Olivine Tremblay, et sa tante, Robertine); les hommes (le père et les deux frères, Jacques et Bernard); quelques cousins et cousines (dont Claude et Hélène), de même qu’une famille de voisins, les Allard. La première histoire s’intitule "Le cadeau de noces." Parce qu’elle n’a pas les moyens d’acheter un présent à la fille de ses voisins et que les femmes de la maison s’inquiètent du jugement d’autrui, Nana décide de sacrifier son "plat à pinottes"—qui est en réalité un moutardier— et de le lui offrir en cadeau. Les deuxième et troisième récits, "Sturm und Drang" et "La Passion Teddy," nous racontent à peu près ceci: alors que les femmes hurlent d’une seule voix et se cachent dans les placards quand un terrible orage éclate, le père de Michel le transporte sur son dos et lui montre la splendeur des éclairs, tout en lui faisant perdre à tout jamais la terreur de la foudre. Puis, après lui avoir offert un ourson en peluche à Noël—alors que le jeune narrateur rêvait de recevoir une poupée—son père lui fait découvrir la signification de ce petit animal. Les deux autres nouvelles, "La preuve irréfutable de l’existence du Père Noël" et "Nouvelle preuve irréfutable de l’existence du Père Noël," nous présentent Michel auquel son oncle a passé au téléphone le Santa Claus américain de "la taverne Normand." Jacques, de son côté, lui faire croire que celui-ci, au lieu d’entrer par les cheminées, a une "brique magique" qui le fait rapetisser et grandir à volonté pour passer sous les portes des maisons qu’il souhaite visiter. Dans "Le Chanteur de Mexico," il est question de la mort du vieux gramophone d’Olivine Tremblay et de son remplacement par un lecteur de quarante cinq tours qui inaugure dans la maisonnée le "règne de Luis Mariano," alors que "Le soulier de satin" nous apprend que pour ne pas décevoir sa mère, Michel accepte, lors de sa première communion, de porter des souliers "du genre escarpins dont les filles raffolent mais que les garçons abhorrent" et qui sont beaucoup trop étroits. De retour chez lui les pieds ensanglantés, sa mère lui reproche de n’avoir rien dit. Le dernier récit, "Petit Chinois à Vendre," met lui aussi en valeur le sens critique de Nana qui tente d’inculquer au jeune narrateur une leçon de vie un jour où il lui réclame, de la part de son institutrice, "une piastre" pour sauver l’âme d’un petit Chinois.

Dans ce recueil de nouvelles, où l’humour sait laisser la place à de rares mais intenses moments de tendresse, Michel Tremblay atteste à nouveau ses accointances avec un certain réalisme magique qui émerveille, alors que dans les deux autres ouvrages, il nous confirme le fait suivant: si l’impact de son œuvre tient en partie à une forte identification des lecteurs et spectateurs aux personnages qui la constituent, il tient encore plus à la maîtrise de l’écriture de l’auteur, consciente d’elle-même et dis-tanciée par un constant regard critique.




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MLA: Rocheleau, Alain-Michel. Tremblay conteur. canlit.ca. Canadian Literature, 8 Dec. 2011. Web. 23 May 2013.

This review originally appeared in Canadian Literature #179 (Winter 2003), Literature & War. (pg. 178 - 180)

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