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Cover of issue #214

Current Issue: #214 (Autumn 2012)

Canadian Literature's Issue 214 (Autumn 2012) is now available. The issue features articles by Germaine Warkentin, Susan Gingell, Deanna Reder, Allison Hargreaves, Daniel Heath Justice, Kristina Fagan Bidwell, Jo-Ann Episkenew, Andrea King, Joanne Leow, and Ana María Fraile, and new Canadian poetry & book reviews.

Book Review

Trois voix/voies féminines

  • Françoise Hamel-Beaudoin (Author)
    La vie d'ɉva Sénécal. Éditions Triptyque (purchase at Amazon.ca)
  • Nadine Ltaif (Author)
    Le rire de l'eau. Éditions du Noroît (purchase at Amazon.ca)
  • Paul Chamberland (Editor) and Denise Desautels (Author)
    Mémoires parallèles. Choix de poèmes. Éditions du Noroît (purchase at Amazon.ca)

Reviewed by Cynthia Lévesque

L’écriture des femmes au Québec, à l’instar de tout mouvement littéraire, a évolué en regard de la société dans laquelle elle s’ancre. Ainsi la Belle Province est-elle sortie de sa léthargie dès les années 1960 pour rendre manifeste une éclosion culturelle et politique. Si les auteures étaient confrontées à une résistance morale et sociale avant la Révolution tranquille, elles ont pu exprimer leur parole singulière à une époque plus contemporaine. Cette mise en place d’une écriture féminine, voire féministe, a ensuite ouvert la voie à une liberté scripturale aujourd’hui légitimée au sein de l’institution littéraire. Éva Senécal, Denise Desautels et Nadine Ltaif font partie de ces auteures qui ont laissé leur trace à ces trois différentes périodes de la prose féminine au Québec.

Dans La vie d’Éva Senécal, Françoise Hamel-Beaudoin retrace en seize courts chapitres le parcours personnel et professionnel d’une auteure marquante pour le mouvement poétique néoromantique féminin. En s’attardant longuement sur l’enfance de l’écrivaine née en 1905 à La Patrie, dans les Cantons-de-l’Est, Hamel-Beaudoin enracine l’existence de Senécal dans une dynamique familiale traditionnelle. Dès son plus jeune âge, elle apparaît comme une jeune fille légèrement rebelle et indisciplinée, attirée par la lecture et l’écriture. Senécal « voit sa mère prisonnière de son rôle d’épouse et de mère qui met des enfants au monde tous les ans. [Elle] ne veut pas de cette vie-là ». Le succès littéraire d’Éva Senécal sera aussi instantané qu’éphémère. Côtoyant les écrivains connus du Québec, travaillant comme journaliste et rédactrice, publiant recueils de poèmes et romans, la jeune femme alors âgée d’une vingtaine d’années se destine à une carrière florissante. Mais en perpétuelle quête du bonheur et de l’amour parfaits, Senécal se désenchante rapidement et cesse d’écrire à vingt-huit ans. Hamel-Beaudoin révèle alors une écrivaine naïve et désappointée par le monde adulte. Incapable de trouver un équilibre entre la vie rurale de son enfance et le rythme trépidant de la ville, Éva, jadis enthousiaste et ambitieuse, se présente comme une femme mélancolique. À son décès en 1988, elle ne semble pas avoir connu de véritables satisfactions familiale, professionnelle et amoureuse. La vie d’Éva Senécal est une œuvre sensible où le lecteur a l’occasion de lever le voile sur cette poétesse trop méconnue au Québec. L’alternance entre les faits biographiques et les extraits de textes senécaliens permet de cerner la véritable portée de cette écriture, empreinte d’amertume et d’angoisse, à l’image des réussites ou des déceptions vécues.

Il était donc difficile de prendre sa place comme écrivaine avant les années 1960 au Québec. Devant se plier aux diktats de cette société paysanne, les femmes n’avaient souvent d’autres choix que de se résigner au silence. Les chambardements sociaux qui ont suivi allaient cependant donner un souffle nouveau à la communauté culturelle québécoise, particulièrement au mouvement féministe. Plusieurs femmes, dont France Théoret, Madeleine Gagnon et Nicole Brossard, ont mis de l’avant une écriture féminine avant-gardiste où chacune aurait son droit de parole au sein d’une société valorisant le masculin. Denise Desautels fait partie de ces auteures qui ont voulu « raconter l’angle mort de l’histoire ». Le recueil Mémoires parallèles présente, selon un ordre chronologique, des extraits de sa poésie parue entre 1980 et 2002. Choisis et présentés par Paul Chamberland, les textes, au total plus de 200 pages, sont tirés de quinze recueils. Dès les premières lignes apparaît la musicalité particulière de Desautels. Fragmentée, la parole féminine laisse voir un délire verbal où les réflexions brutes de l’énonciatrice se portent sur les thématiques de la mémoire, la mort, la maternité et le mal. La poétesse veut remédier au mutisme qui étrangle les femmes; elle préfère de loin « l’envergure de la voix, et l’audace, à l’illusion du silence ». De pages en pages, le lecteur accède à l’univers de cette auteure, dont la mémoire éveille une parole féconde et libératrice. Mémoires parallèles laisse voir un je féminin, imprégné de passion et de douleur, désirant concilier les élans émotifs inspirés par la vie et la mort.

Les innovations thématiques et littéraires instaurées par les écrivaines féministes des années 1970 et 1980, dont Desautels est une pionnière, ont ainsi donné lieu à un foisonnement d’œuvres créatrices écrites par des Québécoises. Le dernier recueil de Nadine Ltaif, Le rire de l’eau, participe à l’enrichissement de cette affluence poétique et romanesque. Soixante-huit pages séparées par douze intertitres transportent le lecteur dans un monde de rire et de ravissement. Luttant contre une temporalité contraignante et irréversible, l’énonciatrice aime se complaire dans les images de liberté et de bien-être : « J’aurais pu être cette femme / qui souffre, / la tête enfoncée entre / deux épaules, / les deux mains placées / sur ses tempes. / J’ai préféré relever la tête / et chercher la beauté ». Inspirée par la liberté de l’oiseau, le réconfort de l’eau ou le dépouillement de ce qui l’entoure, la poétesse se laisse guider par les sons et les silences. De cette écriture sereine se dégage une impression de recueillement : ne plus être subordonnée au matérialisme, au temps ou au regard de l’autre, voilà ce qu’elle convoite. Les vers de Ltaif, riches de sens, révèlent une auteure exaltant le bonheur malgré les maux de notre époque.

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MLA: Lévesque, Cynthia. Trois voix/voies féminines. canlit.ca. Canadian Literature, 8 Dec. 2011. Web. 24 May 2013.

This review originally appeared in Canadian Literature #190 (Autumn 2006), South Asian Diaspora. (pg. 145 - 146)

***Please note that the articles and reviews from the Canadian Literature website (www.canlit.ca) may not be the final versions as they are printed in the journal, as additional editing sometimes takes place between the two versions. If you are quoting from the website, please indicate the date accessed when citing the web version of reviews and articles.

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