Half a logo
Cover of issue #214

Current Issue: #214 (Autumn 2012)

Canadian Literature's Issue 214 (Autumn 2012) is now available. The issue features articles by Germaine Warkentin, Susan Gingell, Deanna Reder, Allison Hargreaves, Daniel Heath Justice, Kristina Fagan Bidwell, Jo-Ann Episkenew, Andrea King, Joanne Leow, and Ana María Fraile, and new Canadian poetry & book reviews.

Book Review

Une éthique de la poésie

Reviewed by Nelson Charest

Il faudra un jour poser sérieusement la question d’une éthique de la poésie. Des trois essais ici recensés, celui de Jean Désy pose clairement la question, avec un courage certain; Âme, foi et poésie est un titre que peu de gens, aujourd’hui, accepteraient d’endosser. Bien sûr l’on pourra reprocher à Désy son manque de distance critique, la bigarrure de ses références, son ton professoral, et certainement moralisateur, ou encore un style qui frôle parfois le scatologique. Faire le compte de ces lacunes reviendrait à appliquer une lunette critique à un texte qui demande plutôt empathie ou antipathie, et qui l’assume clairement : « En résumé, les arts, quels qu’ils soient, ont-ils une fonction éthique? Ou bien l’humanité est lancée dans une hystérique course en avant, esthétique et brillante, tant scientifique qu’artistique, mais qui la conduit à toute vitesse vers son gouffre, ou bien il y a espoir. D’où vient cet espoir? » À rebours, et en comparant avec les deux autres essais recensés, c’est cette franchise qui semble la plus « critique », car elle pose d’emblée une question éthique qui risque, autrement, d’être larvée et insidieuse.

Lorsqu’on lit, en quatrième de couverture du récit Alma de Claude Beausoleil, que la poésie a produit « la métamorphose d’un enfant en passion créatrice », on sait bien que cette affirmation présuppose que la poésie a des vertus morales. Tout est ici mis en œuvre pour présenter l’éveil à la vocation poétique comme la création d’un monde, de la prédestination de la naissance (« Je suis né au matin du 16 novembre, au Rita Snack-Bar, au milieu du siècle dernier, le même jour que ma grand-mère Alma. ») à la comm avec l’« Alma mater », du rite de passage au roman d’apprentissage. Le présent intemporel, le baptême des lieux et des êtres, la progression chronologique des expériences et des jours, et jusqu’au feu divin transformé en « Smith-Corona », tout concourt à créer la fiction de la (re)naissance d’un être qui cache mal son élan religieux. Il est difficile de dire, dans ce contexte, ce qui prime comme impression : est-on, comme le souhaite sûrement l’auteur, dans une sacralisation salvatrice du quotidien, ou au contraire dans une banalisation du sacré? Chose certaine, ce sacré est partout sous-entendu mais jamais révélé, de telle sorte qu’on doit, comme lecteur, s’agenouiller devant des stations (trop) bien visibles, sans vraiment savoir pourquoi : « Cigales. Clapotis léger du canal. / Espace désert. / Des herbes sèches. / La structure massive des grands moulins de Pantin. ».

L’essai de Catherine Morency, L’atelier de L’âge de la parole, n’a bien sûr aucune prétention morale, et il serait hasardeux de considérer sous cet angle une étude rigoureuse de la genèse d’un des recueils les plus marquants de la poésie québécoise. Que cette grande œuvre soit marquée, d’une façon originale, par le passage des plaquettes initiales, chefs-d’œuvre de plastique, de typographie et d’imprimerie, à la mise en recueil exigée par la naissante collection « Rétrospective » des éditions de l’Hexagone, Morency nous en convainc très bien. Pourtant la question de l’éthique revient au détour, plus insidieuse. Ainsi, après avoir consciencieusement interprété la teneur de chacune des plaquettes et leur transformation dans le recueil « rétrospectif », Morency pose pour ce dernier une « ouverture de sens » qui ressemble davantage à un jugement de valeur qu’à une interprétation du « sens » créé, précisément—alors même que ce jugement de valeur n’est plus nécessaire, les nombreuses citations de l’essayiste le démontrant parfaitement. C’est comme si l’étude, en fin de course, ne visait plus qu’à démontrer ce qui n’a plus besoin d’être démontré, que L’âge de la parole est un recueil « ouvert », entendre grand, bon, ou autre terme mélioratif. Cela est d’autant plus surprenant que Morency, une page plus tôt, considérait avec Marc André Brouillette que le passage des plaquettes au recueil entraînait une « perte irrécupérable » … Affirmer l’ouverture après avoir affirmé la perte, c’est d’abord se contredire, mais c’est aussi poser une question « statistique » à un recueil de poésie : nous offre-t-il plus ou moins? Or répondre à cette question, c’est inévitablement faire intervenir un jugement de valeur, et donc, encore une fois, une question éthique; alors qu’on aurait pu se contenter de la question du « sens ».

Similar reviews

  • Poète de l'entre-deux-mondes by Denise Rochat
    Books reviewed: Rouleaux de printemps by Patrice Desbiens
  • The Questions Posed to Life by Death, A Canon for Three Voices by Susan Knutson
    Books reviewed: Things that Keep and Do Not Change by Susan Musgrave, What the Living Won't Let Go by Lorna Crozier, and Kaddish for My Father: New and Selected Poems 1970-1999 by Libby Scheier
  • Ontario Traditionalism by Douglas Barbour
    Books reviewed: Killing Things by John Degen, The Address Book by Steven Heighton, and Night Street Repairs by A. F. Moritz
  • Ivory Thoughts by Neil Querengesser
    Books reviewed: The Last Canadian Poet: An Essay on Al Purdy by Sam Solecki
  • Par-dèla la frontière by Anne-Marie Fortier
    Books reviewed: Audioguide by Bertrand Laverdure, La leçon du silence by Nicole Richard, and Vigile by Jean Gagnon


MLA: Charest, Nelson. Une éthique de la poésie. canlit.ca. Canadian Literature, 8 Dec. 2011. Web. 25 May 2013.

This review originally appeared in Canadian Literature #196 (Spring 2008), Diasporic Women's Writing. (pg. 143 - 144)

***Please note that the articles and reviews from the Canadian Literature website (www.canlit.ca) may not be the final versions as they are printed in the journal, as additional editing sometimes takes place between the two versions. If you are quoting from the website, please indicate the date accessed when citing the web version of reviews and articles.

Half a logo

In Print

Online

Support the CanLit Tuition Award