Explorations d’une double solitude

  • Michel Biron
    La Conscience du désert. Éditions du Boréal
Reviewed by Christine Otis

La Conscience du désert de Michel Biron est constituée d’un assemblage d’essais pour la plupart publiés dans différents ouvrages collectifs ou revues entre 1998 et 2007. Malgré qu’il s’agisse là d’un recueil, cette entreprise suit une ligne directrice, cette conscience du désert perceptible dans les différents textes la composant. Cette conscience du désert est plus directement nommée et décrite dans l’avant-propos de l’ouvrage et marque la littérature québécoise à la fois dans son éloignement par rapport à la littérature française et dans une façon d’être relevant plutôt de la « culture contemporaine ». D’abord, la relative autonomie et la force de la littérature québécoise qui la rendent plutôt indépendante face à la littérature française, sont aussi responsables de sa presque invisibilité aux yeux de cette dernière et la font exister dans un désert, comme une île isolée du continent. D’un autre côté, la culture contemporaine, ayant plus ou moins évacué l’idée de contrainte, va même, comme le suggère Biron, jusqu’à rompre « avec l’idée de rupture ou s’interdisait d’interdire », et laisse l’individu dans un vide où rien ne se présente plus comme un élément rassembleur permettant la composition de communautés. C’est donc autour de cette double solitude, solitude de la littérature québécoise face au monde et solitude de l’individu contemporain, que s’articulent les seize essais de ce recueil, aussi regroupés en trois parties intitulées respectivement : « Le désir de culture », « La tentation de s’effacer » et « Devant la littérature ».

« Le désir de culture » présente la littérature québécoise par ses contours, de l’extérieur ou par jeu de comparaisons, en tout cas, « de loin » (comme dans « À un lecteur étranger »). Les questions de la solitude, du manque d’une communauté littéraire québécoise comparable à la bohème parisienne, de l’absence d’un certain canon littéraire sont soulevées.

« La tentation de s’effacer » montre la conscience du désert traversant plusieurs personnages d’œuvres québécoises et françaises, contemporaines ou non, sous le signe de l’isolement, de la dépression, du refus du conflit, de l’indifférence, de l’effacement de la distinction entre culture savante et populaire ou entre « ris de veau et poutine ». Cette perte de repères, ce refus de l’âge adulte et du conflit sont nommés comme étant des marqueurs de ce désert.

La dernière partie, enfin, « Devant la littérature », propose des pistes et des hypothèses sur la littérature québécoise que ce soit en réfléchissant aux avenues prises pour écrire ou apprécier la poésie, en suggérant de « miser moins sur la littérature québécoise en tant que projet collectif et davantage sur les écrivains singuliers » à l’exemple de la Belgique ou en signalant cette « cassure invisible » qui « fait de la littérature française une littérature quasi étrangère au Québec ».



This review “Explorations d’une double solitude” originally appeared in Canadian Literature 216 (Spring 2013): 148.

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